[156] Froissart a commis une erreur en donnant dès cette époque à Arnoul d’Audrehem le titre de maréchal de France. Le sire d’Audrehem prit en effet, comme le dit notre chroniqueur, une part active à la campagne des Français en Saintonge pendant la première moitié de 1351, mais il n’était alors que capitaine du comté d’Angoulême pour Charles d’Espagne. Nous avons des lettres données à Angoulême le 5 janvier 1350 par Arnoul d’Audrehem, chevalier du roi et capitaine souverain deputé ou comté d’Angoulesme (JJ78, p. 87), et le 24 avril 1351 par le même Arnoul d’Audrehem, capitaine et gouverneur du comté d’Angoulesme pour Charles d’Espagne (JJ84, p. 224). Fait prisonnier au combat de Saintes, Arnoul d’Audrehem fut nommé maréchal de France après la mort d’Édouard de Beaujeu, entre le 21 et le 30 juin 1351. Il avait été mis en liberté et se trouvait à Paris dès le 25 mai, jour où dans l’hôtel des hoirs feu Vincent du Castel, près la porte Saint-Honoré, lui et Jeanne de Hamelincourt sa femme se firent une donation entre vifs de tous leurs biens meubles et immeubles; il n’est encore qualifié dans cet acte que noble homme et puissant Mgr Arnoul d’Odeneham, chevalier, seigneur du dit lieu, et dans la confirmation, en date du 21 juin suivant, de la dite donation, on l’appelle simplement dilectum et fidelem militem et consiliarium nostrum (JJ80, p. 495). Mais dans une donation que le roi Jean lui fit à Saint-Ouen au mois de juin 1351 de la ville et du château de Wassigny (Aisne, ar. Vervins), on donne déjà à Arnoul d’Audrehem le titre de maréchal de France (JJ81, p. 110). Le P. Anselme s’est donc trompé en faisant dater la promotion d’Arnoul d’Audrehem comme maréchal de France du mois d’août 1351. V. Hist. généal., t. VI, p. 751 et 752.
[157] D’après Robert de Avesbury, les forces anglo-gasconnes, envoyées au secours de Saint-Jean-d’Angély, étaient commandées par le sire d’Albret. Hist. Ed. III, p. 186.
[158] L’historien du règne d’Édouard III, qui tend à diminuer l’effectif des forces anglaises, toutes les fois qu’il s’agit d’une affaire où elles ont donné, ne prête que six cents hommes d’armes au sire d’Albret. Ibid.
[159] Nous avons des lettres de Gui de Nesle, sire de Mello, maréchal de France, lieutenant du roi en Poitou, Limousin, Saintonge, Angoumois et Périgord par deçà Dordogne, datées de Niort le 4 novembre 1349 (JJ78, p. 87), le 18 décembre 1350 (JJ80, 577), de Chizé (Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux) le 19 février 1351 (JJ81, p. 118). Par acte daté de Paris le 16 mars 1351 «presente domino constabulario» (Charles d’Espagne), le roi Jean donne à son amé et féal cher et cer Gui de Nesle, maréchal de France, mille livres tournois de rente annuelle sur les forfaitures qui viendront à échoir (JJ83, p. 344).
[160] D’après Robert d’Avesbury, ce combat se livra près de Saintes, le 8 avril 1351, et trois cents chevaliers français y furent faits prisonniers (Hist. Ed. III, p. 186 et 187). D’après les Grandes Chroniques de France (v. p. 401 de ce volume), cette affaire eut lieu le 1er avril 1351; et Gui de Nesle, maréchal de France, Guillaume son frère, Arnoul d’Audrehem tombèrent au pouvoir des Anglais. Ce qui est certain, c’est que le combat de Saintes eut lieu avant le mois de juin 1351, puisque Gui de Nesle avait déjà recouvré sa liberté, sous caution ou autrement, à cette date, comme on le voit par des lettres du roi Jean données à Paris en juin 1351, presente Guidone de Nigella marescallo Francie (JJ80, p. 552). On lit dans d’autres lettres datées du Val Coquatrix le 15 juillet 1351 que le roi Jean donne à Gui de Beaumont, pour l’aider à payer sa rançon, trente huit arpents de bois dans la forêt de Halate «cum prædictus miles nuper cum dilecto et fideli milite et marescallo nostro Guidone de Nigella, cujus dictus Guido de Bellomonte marescallus erat, in nostro servicio in partibus Xantonensibus per regni nostri inimicos captus fuerit et adhuc eorum prisonarius existat» (JJ80, p. 719). D’un autre côté, ce combat se livra, comme le dit Robert d’Avesbury, près de Saintes, car nous lisons dans des lettres de rémission accordées par Gui de Nesle le 24 septembre 1351 à Renoul de Saint-Pardoulf, écuyer, que le dit Renoul avait été pris darrainement en la bataille de Sainctes (JJ81, p. 62). Sismondi, M. H. Martin et tous les historiens contemporains se trompent donc à la suite de Froissart en plaçant l’affaire de Saintes à l’époque où le roi Jean vint en Poitou et en Saintonge pour renforcer le siége de Saint-Jean-d’Angély, c’est-à-dire au mois d’août 1351. V. Sismondi, t. X, p. 392 et 393, et M. H. Martin, éd. de 1839, t. V, p. 450.
[161] L’affaire de Saintes eut lieu, comme nous venons de le voir, dans les premiers jours d’avril 1351, et le roi Jean n’était pas alors à Poitiers. Il est même fort douteux que le siége fût déjà mis devant Saint-Jean-d’Angély à cette date. La noblesse de la sénéchaussée de Beaucaire, placée sous les ordres de Guillaume Rolland, sénéchal de ce pays, ne servit en Poitou, sous Charles d’Espagne, connétable de France, que de la mi-juillet à la mi-septembre 1351 (dom Vaissette, Hist. du Languedoc, t. IV, p. 274). Nous avons des lettres de Charles d’Espagne, connétable de France, lieutenant du roi entre Loire et Dordogne, datées de ses tentes devant Saint-Jean-d’Angély, le 26 juillet 1351 (JJ81, p. 575), du siége devant Saint-Jean-d’Angély, le 30 août 1351 (JJ82, p. 202).
[162] La dernière pièce, citée dans la note précédente, prouve que la reddition de Saint-Jean-d’Angély n’a pu avoir lieu le 7 août, puisque Charles d’Espagne assiégeait encore cette ville le 30 août 1351. Dans tous les cas, cette reddition n’aurait pu être faite au roi Jean, qui était encore à Chanteloup (auj. hameau de Saint-Germain-lès-Arpajon, Seine-et-Oise, ar. Corbeil, c. Arpajon) le 10 août 1351 (JJ81, p. 160). Le roi de France ne dut arriver devant Saint-Jean-d’Angély qu’à la fin d’août; il délivra des lettres de rémission le 29 août 1351 à Jean de Pontallier, chevallier, in tentis nostris ante Sanctum Johannem Angeliacensem (JJ81, p. 917). D’après les Grandes Chroniques (v. p. 401 de ce volume), Saint-Jean-d’Angély se rendit au mois de septembre. La reddition de cette ville dut avoir lieu entre le 29 août et le 5 septembre; à cette dernière date, le roi de France avait déjà repris le chemin de Paris, comme on le voit par des lettres datées de Niort le 5 septembre 1351, auxquelles Jean fit apposer le sceau de son cousin Charles d’Espagne in nostrorum magni et secreti absencia (JJ81, p. 145). Jean était de retour à Paris au plus tard le 17 septembre (JJ81, p. 935).
[163] Jean de Beauchamp était capitaine du château de Calais dès le 19 juillet 1348 (Rymer, vol. III, p. 165). Fait prisonnier à l’affaire d’Ardres, au commencement de juin 1351, il fut remplacé le 20 de ce mois par Robert de Herle (Ibid., p. 222).
[164] Édouard, sire de Beaujeu, maréchal de France depuis 1347 par la démission de Charles, sire de Montmorency, ne fut pas envoyé à Saint-Omer après la reddition de Saint-Jean-d’Angély, puisque, comme nous le verrons, il était certainement mort avant le 30 juin 1351.
[165] Ce combat passe pour s’être livré le 27 mars, quatrième dimanche de carême 1351, sur le territoire de la commune de la Croix-Helléan (Morbihan, ar. Ploërmel, c. Josselin, à 10 kil. de Ploërmel). Une pyramide de granit a été élevée en 1823 en remplacement du Chêne de Mivoie, à 150 mètres environ de l’endroit où se livra le combat. Une croix, reconstruite après la Révolution avec les débris d’une croix plus ancienne, porte une vieille inscription commémorative de ce fait d’armes (art. de M. Rosenzweig dans le Dictionnaire de la France de M. A. Joanne). Le combat des Trente a donné lieu à un curieux poëme, publié en 1819 par Fréminville, en 1827 par Crapelet, et enfin par Buchon. V. l’ouvrage intitulé: Le Combat de trente Bretons contre trente Anglais, d’après les documents originaux des quatorzième et quinzième siècles, suivi de la biographie et des armes des combattants, par Pol de Courcy. Saint-Brieuc, 1857, impr. Prud’homme, in-4º, 76 p., 3 pl.