[170] Sur les préparatifs de guerre et les menées hostiles du roi de Navarre en 1363, voyez notre Histoire de du Guesclin, p. 409 à 414.
[171] Aucun acte ne constate la présence du roi Jean à Paris depuis la seconde quinzaine d’août 1363 jusqu’au départ de ce prince pour l’Angleterre. Par conséquent, les deux rois de France et de Chypre n’ont pu se trouver ensemble dans cette ville qu’à la fin de juillet ou pendant la première quinzaine d’août de cette année.
[172] Jean de Venette rapporte ce voyage du roi de Chypre à Rouen au mois de septembre 1363: «Et ivit dominus rex Cypri usque Rothomagum atque Cadomum, ubi fuit in mense septembri hujus anni (1363) receptus solemniter per ducem Normaniæ, scilicet dominum Karolum, primogenitum regis Franciæ, et per nobiles et burgenses.» (Contin. chron. G. de Nangiaco, II, 330 et 331.)—L’itinéraire du dauphin Charles s’accorde parfaitement avec la version du second continuateur de Nangis: ce prince fit sa résidence principale, pour ne pas dire unique, à Rouen, entre le 13 août et le 11 septembre 1363 (JJ92, nos 298, 299, 237, 238, 290, 239 à 241, 305). L’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois (p. 128) dit en effet que le roi de Chypre passa bien un mois avec le duc de Normandie.
[173] Ce voyage de Pierre Ier à Cherbourg est d’autant plus douteux, que l’auteur de la Chronique des Valois, loin de le mentionner, raconte que le roi de Chypre, après avoir résidé à Rouen, alla voir le duc de Bretagne. D’ailleurs, Charles le Mauvais ne mit pas le pied à Cherbourg ni en Normandie dans le courant de 1363; il passa toute cette année dans son royaume de Navarre. De plus, Philippe de Navarre, frère de Charles et son lieutenant en Normandie, ne nourrissait alors aucun sentiment hostile contre le royaume; il était en si bons termes avec le roi Jean que celui-ci venait de le mettre à la tête de la croisade projetée contre les Sarrasins (Chron. des Valois, p. 128 et 129).
[174] Nous avons l’acte par lequel Louis, duc d’Anjou et comte du Maine, avait fait serment de ne pas partir de Calais et de retourner en Angleterre en cas de non exécution du traité de novembre 1362 (Bibl. Nat., ms. lat. nº 6049, fº 89), et M. Kervyn de Lettenhove en a publié un fragment (Chroniques de Froissart, VI, 506 à 508). D’après une chronique latine conservée aujourd’hui dans la bibliothèque de la ville de Berne, le duc d’Anjou, pendant son internement à Calais, aurait demandé la permission de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne, en jurant de revenir. Il aurait trouvé à Boulogne sa jeune et charmante femme, fille de Charles de Blois, et au retour de son pèlerinage, au lieu de regagner Calais, il se serait laissé attendrir par les larmes de la duchesse d’Anjou et se serait dirigé vers le château de Guise, que Marie de Bretagne lui avait apporté en dot. Le duc de Normandie, envoyé par son père à Saint-Quentin vers le fugitif, n’aurait pu le décider à se remettre entre les mains des Anglais. Quoi qu’il en soit, le dauphin Charles ne semble pas avoir gardé longtemps rancune à Louis, car les deux frères échangèrent des étrennes au premier de l’an 1364. Le duc d’Anjou donna au duc de Normandie «une petite croix d’or à pierres de voirre à mettre en l’oratoire Monseigneur», et reçut du dauphin «un gobelet d’or fait à manière d’un cuvier à une rose au fond.» Bibl. Nat., ms. fr. 21447, fos 3 vº et 7.—Par un acte daté de Westminster le 20 novembre 1364, Édouard III somma le duc d’Anjou de comparaître à Londres par-devant lui dans 20 jours, l’accusant d’avoir enfraint «garde and avez parti hors de nostre puissance, sans demander ne avoir sur ce nostre congié par noz lettres ne autrement...; parmi ce vous avez moult blemi l’onur de vous et de tout vostre lignage.» Rymer, III, 756.—Ce même jour, le monarque anglais requit le roi et les pairs de France de forcer le duc d’Anjou à revenir se constituer prisonnier à Londres. Rymer, III, 755 à 757.
[175] Pierre Ier arriva à Londres le lundi 6 novembre 1363. Il amenait avec lui deux rois ou princes païens, l’un qui était prisonnier et qu’une chronique latine contemporaine appelle le roi «de Lecto», l’autre, non prisonnier, dit «le seigneur de Jérusalem» qui se convertit à Londres à la foi chrétienne et qui reçut du roi d’Angleterre son parrain le nom d’Édouard.
[176] David Bruce vint à la cour de Westminster le lundi qui suivit l’arrivée du roi de Chypre, c’est-à-dire le lundi 13 novembre. Un chroniqueur anglais fait remarquer à cette occasion avec un certain orgueil que cinq rois se trouvèrent alors en même temps à Londres, et il ajoute, en homme nourri des légendes de la Table Ronde, que cela ne s’était pas vu depuis le temps d’Arthur qui eut un jour six rois tributaires pour commensaux à une grande fête donnée en son palais de Kaerleon. Eulogium historiarum, III, 233.
[177] Froissart insinue ici, sans l’oser dire expressément, que la crainte de la dépense fut la principale raison qui empêcha le roi de Chypre de profiter du cadeau d’Édouard III et d’équiper la Catherine. On reconnaît dans ce langage respectueux et circonspect l’habitué de la cour de Westminster et de Windsor, le digne secrétaire de la reine Philippe de Hainaut. L’histoire est tenue à moins de réticences. Au moment même de son séjour en Angleterre, Pierre Ier dut se trouver dans une véritable gêne, parce qu’il ne put toucher, au moins immédiatement, une somme de 7000 florins que sa femme, la reine de Chypre, lui avait envoyée pendant la seconde moitié de 1363. Aussi, par acte daté d’Albi le 24 décembre de cette année, le maréchal de France Arnoul, sire d’Audrehem, alors lieutenant du roi Jean ès parties de Languedoc, manda au viguier de Narbonne de contraindre par la saisie et au besoin par la vente de leurs biens les héritiers de feu Raymond Sarralhan, en son vivant bourgeois de Montpellier, patron d’un navire de Provence, qui refusaient de délivrer au roi de Chypre une somme de 7000 florins naguère confiée par la reine de Chypre audit Raymond, à titre de commande ou de dépôt ou par manière de change, pour la porter ès parties de France et la remettre à première réquisition au roi Pierre Ier dont elle était destinée à défrayer les dépenses (Bibl. Nat., ms. lat. nº 10002, fº 45). Le 14 janvier suivant, le roi de Chypre n’était pas encore parvenu à se faire payer, car, par un mandement en date de ce jour, le lieutenant du roi en Languedoc enjoignit à deux sergents de saisir les personnes et de vendre aux enchères les biens des héritiers de Raymond Sarralhan (Ibid., fº 47).
[178] Arrivé vers la Toussaint en Angleterre où des joutes furent données en son honneur à Smithfield (Londres, archives de la garderobe à Carlton Ride, rouleaux 37 et 38), le roi de Chypre était encore le 24 novembre à Londres d’où il a daté plusieurs lettres (Archives générales de Venise, Commemoriali, VII, fº 27 vº, d’après M. de Mas-Latrie). Pierre Ier revint en France pendant la première quinzaine de décembre.
[179] Quoi qu’en dise Froissart, le roi de Chypre n’alla pas en Aquitaine immédiatement après son retour d’Angleterre. Nous savons par Jean de Venette (Contin. chron. Guill. de Nangiaco, II, 332) que Pierre Ier vint peu après Noël, en compagnie du dauphin régent, à Paris. A l’occasion du premier de l’an 1364, le duc de Normandie donna comme étrenne à son hôte «une aiguière et un gobelet d’or qui ne sont en nul inventaire» Bibl. Nat., ms. fr. nº 21447, fº 7.—Le 29 février suivant, le roi de Chypre assista à la séance solennelle du Parlement où fut jugé le différend entre Bertrand du Guesclin et Guillaume de Felton (X2a7, fº 143; Hist. de du Guesclin, p. 405, note 2). Jean de Venette constate la présence de ce prince aux obsèques du roi Jean dans les derniers jours d’avril (Cont. Guill. de Nangiaco, II, 339); et l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois (p. 144) nomme Pierre de Lusignan parmi les grands personnages qui accompagnèrent Charles V à Reims lors de son couronnement le 19 mai suivant. Le voyage du roi de Chypre en Aquitaine, à moins qu’il n’ait eu lieu en janvier et pendant les trois premières semaines de février 1364, ne peut être que postérieur à ces événements.