[295] Jean de Neuville était le neveu d’Arnoul, sire d’Audrehem, et après la prise de son oncle à Poitiers, il exerça par intérim l’office de maréchal de France de 1356 à 1360. Arch. Nat., JJ86, nº 283; JJ90, nos 101 et 232; JJ95, nº 11.
[296] Bailleul, Berguette, Saint-Venant, sont des localités situées dans la même région que Valenciennes, et Froissart a pris soin de mentionner les chevaliers qui portent ces noms, parce qu’ils étaient ses compatriotes.
[297] Les Compagnies touchèrent à Perpignan ce qu’on peut appeler leur solde d’entrée en campagne ou du moins un à-compte sur cette solde; mais il arriva qu’après avoir reçu l’argent, quelques-unes de ces bandes n’eurent rien de plus pressé que de revenir sur leurs pas et de rentrer en France: «... alie certe Societates, que pagamentum, ut dicebatur, ceperant in Perpigniaco, retrocedebant in regno Francie (24 décembre 1365).» Arch. Nat., K49, nº 5, fº 8 vº.
[298] Ces Compagnies s’avançaient vers l’Espagne par bandes isolées et se comportaient partout où elles passaient comme si elles avaient été déjà en pays ennemi. C’est ainsi que Robert Briquet occupa entre le 5 et le 8 novembre le fort de Belesgar près de Montpellier; «Item, a V de novembre, Robert Briquet, capitani d’una autra companha de Bretos, pres lo fort de Belesgar et aqui estet entro a VIII de dezembre.» Thalamus parvus, p. 369.—Quelques jours auparavant, le 1er novembre, c’étaient G. d’Aignay, Aufret de Guébriant et Henri de Dinan qui passaient devant Montpellier à la tête de Compagnies bretonnes; le 13, d’autres Bretons occupaient Aigremont (Gard, arr. Alais, c. Ledignan) et y restaient plusieurs jours; le 18, c’était le Gascon Bras de Fer, lieutenant du bour de Caupène (Gers, arr. Condom, c. Nogaro), qui mettait au pillage les environs de Montpellier (Ibid.); le 3 décembre, c’était le Limousin qui entrait dans cette ville et s’y arrêtait deux jours; le 6 décembre, apparaissait Robert Lescot avec une compagnie d’Anglais (Ibid., p. 370); le 9, c’était le tour du seigneur d’Aubeterre, capitaine d’une bande d’Anglo-gascons; le 18, c’étaient le vicomte de Lomagne et un chevalier d’Auvergne, nommé Jean de la Roche, qui se logeaient à Saint-Martin-de-Londres (Hérault, arr. Montpellier); enfin, du 7 au 10 janvier 1366, l’Anglo-gascon Raynaud de Vignolles et les Bretons Eon Budes et Thibaud du Pont venaient camper entre les Matelles et Montarnaud. Les dernières bandes, composées d’Allemands et de Bretons, dont le chroniqueur de Montpellier nous ait signalé le passage, s’écoulèrent les 18 et 19 février 1366 (Ibid., p. 371).
[299] Pierre IV, roi d’Aragon, contribua aussi bien que le comte de Trastamare au payement de la solde des Compagnies: «Et alèrent jusques à Barsalonne, et par le tresorier du roy Henry furent paiez... Et après eurent un aultre paiement à Sarragosse dont il ne vouldrent partir jusquez à ce que de tout le temps passé eussent esté paiez, et le furent par le roy d’Aragon et messire Bertran.» Arch. Nat., sect. jud., X1a 1475, fº 176.—Par un traité conclu à Monzon le vendredi saint 31 mars 1363, Pierre IV et le comte de Trastamare s’étaient engagés à détrôner don Pèdre à frais communs et à se partager la Castille (Arch. génér. d’Aragon, legajo de Autografos, appendice G). Mérimée, Histoire de don Pèdre Ier, éd. de 1874, p. 346, 545 et 546.—Dans un festin que Pierre IV offrit aux chefs des Compagnies à Barcelone le 1er janvier 1366, du Guesclin s’assit à la droite du roi, qui avait à sa gauche l’infant Raymond Berenger, son oncle (Chronique de Pedro IV rédigée par lui-même en catalan et publiée par Carbonell, Chroniques de Espanya, p. 196). Pour payer les mercenaires français, le roi d’Aragon fut obligé de vendre ses biens patrimoniaux par acte daté de Saragosse le 12 mars 1366 (Archiv. génér. d’Aragon, reg. 1213, p. 42 et suiv.), car il lui fallut ajouter aux 100 000 florins qu’il avait promis aux chefs des Compagnies un supplément de 20 000 florins. Mérimée, Hist. de don Pèdre, p. 411.
[300] Ce Fernand de Castro était le frère de la célèbre Inez de Castro, surnommée Port du Héron, dont les tragiques aventures, racontées avec une naïveté pleine de saveur par l’excellent chroniqueur portugais Fernan Lopes, sont devenues de bonne heure une sorte de légende romanesque où les poëtes de tous les pays, à l’exemple de Camoëns, ont aimé à puiser des inspirations. Quelques-unes des plus belles pages de la chronique de Fernan Lopes ont été traduites par M. Ferdinand Denis (Chroniques chevaleresques de l’Espagne et du Portugal, Paris, 1839, in-8, I, 107 à 165). Quoiqu’en dise Froissart, don Fernand de Castro n’accompagna pas don Pèdre dans sa retraite sur Séville; il se trouvait alors en Galice dont il était gouverneur pour le roi de Castille.
[301] Ce titre de femme ne peut s’appliquer ni à Blanche de Bourbon, épouse légitime de don Pèdre, morte en 1361, ni à la fameuse doña Maria de Padilla, la principale concubine du roi de Castille. Dans son testament écrit à Séville pendant l’hiver de 1362, don Pèdre désigne, il est vrai, doña Maria comme sa femme, mais on sait que l’heureuse rivale de Blanche de Bourbon n’avait survécu que quelques mois à cette infortunée princesse. Lorsqu’il rédigea son testament, don Pèdre entretenait quatre maîtresses, Mari Ortiz, Mari Alfon de Fermosilla, Juana Garcia de Sotomayor et Urraca Alfon Carrillo; il fit à la première un legs de 2000 doubles castillanes, aux trois autres un legs de 1000 doubles seulement, à la condition qu’elles entreraient en religion toutes les quatre après la mort de leur bienfaiteur, jaloux jusque dans la mort. Si don Pèdre n’emmena qu’une femme avec lui en 1366 dans sa retraite sur Séville, ce fut sans doute Mari Ortiz qui paraît avoir été une sorte de sultane favorite.
[302] Constance devait épouser plus tard Jean de Gand, duc de Lancastre, fils d’Édouard III.
[303] Isabelle fut mariée dans la suite à Edmond, duc d’Yorck, frère du duc de Lancastre.
[304] Le 28 mars 1366, veille du dimanche des Rameaux, don Pèdre, qui se trouvait alors à Burgos, avait fait charger ce qu’il avait de plus précieux sur des mules et s’était sauvé précipitamment avec les infantes ses filles, n’ayant pour toute escorte que les six cents cavaliers maures qui composaient sa garde. Il avait gagné Tolède, d’où il n’avait pas tardé à reculer jusqu’à Séville. Ayant fait venir dans cette ville tout l’or et l’argent monnayés qu’il gardait dans le château d’Almodovar del Rio, il l’avait fait embarquer sur une galère et avait chargé Martin Yanez de se rendre avec ce trésor à Tavira, en Portugal; mais le propre amiral de don Pèdre, le Génois Boccanegra, s’étant mis à la poursuite de Martin Yanez, captura le trésor, qu’il s’empressa de livrer à don Henri, pour se concilier les bonnes grâces de son nouveau maître. Ce trésor s’élevait à trente-six quintaux d’or, sans compter une quantité considérable de pierreries. Boccanegra reçut comme salaire de sa trahison la riche seigneurie d’Otiel. Salazar, Casa de Lara, t. II, lib. XII. Mérimée, Hist. de don Pèdre, p. 486.