[190] A ces deux châtellenies, mentionnées par Froissart, il faut ajouter celle d’Orchies (Nord, arr. Douai).

[191] Ce mariage fut en effet célébré à Gand, le 19 juin 1369, en l’abbaye de Saint-Bavon. Charles V et les communes flamandes eurent soin de prendre leurs sûretés. Le 12 septembre 1368, le roi de France se fit remettre une contre-lettre secrète où le duc de Bourgogne son frère s’engageait à restituer les trois châtellenies de Lille, de Douai et d’Orchies, dès que Louis de Male, comte de Flandre, serait mort; et, le 27 mars 1369, Marguerite de Male dut prêter entre les mains de son père le serment solennel de ne jamais consentir, après son entrée en possession de Lille, de Douai et d’Orchies, à l’aliénation de «ces anciennes parties de la Flandre.» Invent. des Archives de Bruges, Bruges, 1873, II, 155 à 157.

[192] Le rédacteur des Grandes Chroniques dit que le roi de Navarre «vint par la mer en Constantin» au mois de septembre 1369 (Gr. Chron., VI, 318). Ce n’est pas tout à fait exact. Charles le Mauvais arriva à Cherbourg dès le 13 août de cette année, ainsi que l’établit l’article de compte suivant: «A messire Jaques Froissart, clerc de monseigneur (le roi de Navarre), par mandement de monseigneur d’Avranches et de Ferrando d’Ayenz, lieutenanz de monseigneur, donné le VI aoust mil CCCLXX pour despens de ses gens et chevaliers, depuis le XIII aoust mil CCCLXIX que monseigneur vint et arriva dans sa ville de Cherebourg jusqu’au XIII avril mil CCCLXXX, VI sous par jour, IX livres par mois, ce qui fait LXXII livres, franc pour XXXVIII sous pièce, valant L frans, I tiers, III sous.» Bibl. Nat., registre des revenus du roi de Navarre en Normandie, ms. fr. no 10367, fo 136.—Aussitôt après son arrivée à Cherbourg, le roi de Navarre entama des négociations avec Édouard III auprès de qui il dépêcha, «l’an LXIX, à la mi aoust», Jaquet de Rue et Pierre du Tertre. Le 29 août 1369, Édouard III octroya des lettres de sauf-conduit à Baudouin de Beaulo, chevalier, à Sanche Lopez, huissier d’armes, à Pierre du Tertre, secrétaire du roi de Navarre, à Guillaume Dordan, bailli du Cotentin pour Charles le Mauvais, envoyés par le dit roi en Angleterre, «pro quibusdam negotiis et tractatibus nos et præfatum regem Navarræ tangentibus.» Rymer, III, 879.—A la mi-juin de l’année suivante, Pierre du Tertre et Guillaume Dordan étaient encore en Angleterre où ils se firent délivrer des passe-ports pour se rendre en Navarre (Rymer, édit. de 1740, III, 170). Mais c’est seulement dans le courant du mois d’août 1370 que Charles le Mauvais passa la mer en personne et reçut l’hospitalité au manoir de Clarendon où résidait alors le roi d’Angleterre (Rymer, III, 899). C’est alors que les deux rois arrêtèrent les bases d’un traité d’alliance en vertu duquel Édouard promettait à Charles la Champagne, la Bourgogne et le Limousin. Le prince de Galles, qui reprit Limoges le 19 septembre suivant, s’étant opposé à la cession de cette dernière province, le traité de Clarendon resta non avenu: ce qui décida le Navarrais à traiter avec Charles V.

[193] Pas-de-Calais, arr. Saint-Omer. Cette bastide d’Ardres était une sorte de poste avancé qui gardait les approches de Calais. Le 1er décembre 1369, une convention ou, pour employer le terme de la chancellerie anglaise, une endenture fut conclue à Calais entre Jean, duc de Lancastre, sénéchal d’Angleterre, lieutenant en ces parties de France, et Jean, sire de Gommegnies. En vertu de cette convention, le seigneur de Gommegnies fut institué capitaine d’Ardres avec une garnison de 100 hommes d’armes, à savoir lui chevalier banneret, 10 chevaliers bacheliers, 89 écuyers et 200 archers (Rymer, III, 882). Ce texte prouve que l’homme d’armes, tel que l’entendaient les Anglais en 1369, comprenait 3 personnes, 1 chevalier ou 1 écuyer et 2 archers. On remarquera aussi la part prise à cette démonstration militaire par Jean de Werchin, le chef du parti français en Hainaut, et par suite l’ennemi personnel du seigneur de Gommegnies, qui, non content de servir Édouard III, faisait de la propagande dans son pays en faveur de l’alliance anglaise.

[194] Cette prise de Réalville par les Français et la participation du comte de Périgord et de son frère Taleyrand à ce fait de guerre sont rappelées dans un acte, daté de Paris le 27 juillet 1371, par lequel Charles V donne à Pierre de Campagnac, chevalier, frère de maître Bertrand de Campagnac, en considération de services rendus en la compagnie de nos féaux cousins le comte de Périgord et Taleyrand de Périgord, 100 livres tournois de rente confisquées sur Evrard de la Roche, chevalier, assises à Réalville et à nous advenues depuis que «dicta Regalis Villa vi armorum per gentes nostras capta fuitArch. Nat., JJ 102, no 305.—L’occupation de Réalville avait été précédée de la soumission d’une bourgade voisine, de Caussade, en latin Calciata, soumission qui en avril 1369 était un fait accompli (JJ 100, no 768).

[195] Le 24 juin 1369, Thomas de Wetenhale, «se dicens senescallum Ruthenensem», assiégeait la tour de Valady (Aveyron, arr. Rodez, c. Marcillac), sur le sommet de laquelle les habitants, vassaux du vicomte de Murat, avaient arboré une bannière aux armes de France (Arch. Nat., JJ 100, no 830).

[196] Froissart prétend que Thomas de Wetenhale tint Millau plus d’un an et demi et ne rendit cette place qu’à du Guesclin. Lorsqu’à la fin de mai 1370, Millau ouvrit ses portes au duc d’Anjou et au roi de France à la suite de négociations qui duraient depuis le 5 décembre de l’année précédente (Arch. Nat., JJ 100, nos 761, 727 et 797), il y avait plus de huit mois que le sénéchal anglais du Rouergue était mort; il avait succombé aux blessures reçues au combat de Montlaur vers le milieu du mois de septembre 1369. Le chroniqueur de Valenciennes paraît avoir confondu Thomas de Wetenhale, sénéchal du Rouergue, avec Thomas de Walkefare, sénéchal anglais du Quercy, dont un fief, appelé en latin «Naotavernas» et situé près de Cahors, fut confisqué en janvier 1370 (n. st.) au profit de Gauselm de Vayroles, sénéchal français de la même province (Arch. Nat., JJ 108, no 183). Nous ne savons si Thomas de Walkefare contribua à retenir Millau sous la domination anglaise pendant les premiers mois de 1370; le sénéchal anglais du Quercy fut pendu sur un échafaud à Toulouse, au mois de septembre de cette année, par ordre du duc d’Anjou (dom Vaissete, Hist. de Languedoc, IV, 346).

[197] Le lieu fort, appelé par Froissart «Vauclère» et situé en Rouergue, doit certainement être identifié avec la Roque-Valsergue (Aveyron, arr. Millau, c. Campagnac), château qui était au moyen âge le chef-lieu d’une des quatre grandes châtellenies du Rouergue. En 1368, Guillaume Pevret, châtelain anglais de la Roque-Valsergue, avait été tué par un écuyer du pays, nommé Bernard Broissin (Arch. Nat., JJ 100, no 827). Ce fut la première place de cette sénéchaussée dont les Français s’emparèrent dans les premiers jours du mois de janvier 1369, au début de la campagne contre les Anglais. Jean d’Armagnac, fils du comte de Rodez, à qui le duc de Berry, campé en Auvergne, avait confié un détachement de ses troupes, après avoir traversé le Gévaudan, vint mettre le siége devant la Roque-Valsergue, et livra plusieurs assauts à cette forteresse. Au dernier de ces assauts, le capitaine de la garnison anglaise fut tué et la place emportée. Amauri de Narbonne, qui avait pris part à ce fait d’armes, en transmit aussitôt la nouvelle à Rodez. Mais Thomas de Wetenhale, qui se trouvait alors à Villefranche avec Diego Massi, châtelain de Millau, était resté étranger, quoi qu’en dise Froissart, à la courageuse résistance de la garnison de la Roque-Valsergue.

[198] Vienne, arr. Châtellerault, c. Pleumartin. La Roche-Posay est sur la rive gauche de la Creuse, au confluent de cette rivière avec la Gartempe, à la limite du Poitou au sud-ouest, du Berry au sud-est et de la Touraine au nord. Cette forteresse commandait la route, ancienne voie romaine, qui mettait en communication, de temps immémorial, Poitiers et Tours. Occupée, peu après 1356, par le Basquin du Poncet, elle avait servi de base d’opérations à ce chef de bande dans toutes ses entreprises contre la Touraine, dans ses pointes sur Cormery et sur Véretz. Témoin vénérable de cette période de luttes, l’église actuelle, dont la construction remonte au quatorzième siècle, a conservé des restes de fortifications. A la date du 11 mai 1369, la Roche-Posay était encore au pouvoir des Anglais, ce dont Charles V se plaignait en ces termes dans une sorte de memorandum diplomatique adressé à Édouard III, et où le roi de France énumère tous ses griefs contre son adversaire d’Angleterre: «Item, que aucunes des forteresses ne furent oncques delivrées; ainsois ont toujours esté occupées et encores sont par le dit roy d’Angleterre ou par ses subgiés ou aliés, c’est assavoir la Roche de PosayGr. Chron., VI, 296 et 297.—D’un autre côté, Charles V, par acte daté de Paris en août 1369, donna les biens confisqués de Jean de Surgères, chevalier, seigneur d’Azay-sur-Cher, et de Guillaume du Plessis, chevalier, partisans des Anglais, à Jean de Besdon, «qui nous a servi en noz guerres, et par especial à prendre la Roche de Posay où il est continuelment.» Arch. Nat., JJ 100, no 91.—D’où l’on peut conclure que la prise de la Roche-Posay par les Français eut lieu entre le 11 mai et le mois d’août 1369, vers le milieu de cette année.

[199] Dès le 12 septembre 1369, par acte daté de Sainte-Catherine sur Rouen, Charles V assigna à son amé et féal huissier d’armes Jean de Kerlouet 4500 francs d’or à payer chaque année en quatre termes pour la garde des châteaux et ville de la Roche-Posay, et il confirma cette donation à Paris le 18 septembre (Hay du Chastelet, Hist. de B. du Guesclin, p. 434). Les environs de la Roche-Posay eurent beaucoup à souffrir du voisinage de la garnison de cette forteresse, comme le prouvent des lettres de rémission délivrées en mars 1379 (n. st.) à Jean Faugereux, de Saint-Savin en Poitou (auj. Saint-Savin-sur-Gartempe, Vienne, arr. Montmorillon), «comme pour le temps que feu Karalouet tenoit le fort de la Roche de Ponzay, ouquel temps le prince de Galles nostre ennemi occupoit le pays de Poitou, pour lequel fort advitailler et garder, comme il feust assiz en frontière d’ennemis, il estoit de necessité le dit suppliant et ses compaignons, pour la garnison du dit fort, aler et chevauchier en fourrage, querir et avoir des vivres en plusieurs et divers lieux loing du dit fort, mesmement que le dit pays de Poitou environ ycellui fort estoit lors gasté et destruit et comme tout desimé de vivres et autres biens par le fait et occasion de noz guerres. Et, en chevauchant par le dit pays de Poitou querant des diz vivres, prindrent douze beufs lesquelz leur furent ostez en la ville d’Escuillé en Touraine (auj. Écueillé, Indre, arr. Châteauroux). En laquelle ville, pour cause des diz beufs à eulz ainsi ostez il prindrent par manière de marque douze personnes, que hommes, que femmes, et par force les menèrent ou dit fort et les firent composer à eulz à la somme de cent francs d’or. Et avecques ce chevauchèrent par plusieurs foiz en la terre du seigneur de Prully (auj. Preuilly, Indre-et-Loire, arr. Loches) et de plusieurs autres noz subgiez ou dit pays et environ, en prenant toutes manières de vivres....» Arch. Nat., JJ 114, no 204.