[219] Auj. château ruiné situé près de Bagneux (Allier, arr. et c. Moulins, sur la rive droite de l’Allier, entre cette rivière et la forêt de Bagnolet), à 15 kilomètres au nord de Moulins. La prise de Belleperche par les Compagnies anglaises, certainement antérieure au 10 novembre 1369 (Arch. Nat., sect. adm., P 13782, no 30982), eut lieu probablement pendant la première quinzaine du mois d’août précédent. Nous inclinons à croire comme M. Chazaud (La chronique du bon duc Loys de Bourbon, Paris, 1876, p. 352) que la duchesse douairière de Bourbon était déjà prisonnière des Compagnies lorsqu’elle adressa, le 18 août 1369, à ses receveurs de Murat, Chantelle et Chaveroche, l’ordre de délivrer à son conseiller Jean Saulnier diverses quantités de seigle et d’avoine jusqu’à concurrence de 530 francs d’or qu’elle lui avait empruntés (P 13782, no 30981).
[220] Indre, arr. la Châtre, sur la rive droite de l’Indre supérieure, près des confins du Berry et de la Marche. Les Compagnies anglaises occupaient encore le château de Sainte-Sévère à la fin de 1371, «lequel tenoient et tiennent encore les Anglois», lit-on dans un acte daté du mois de septembre de cette année. Arch. Nat., JJ 102, no 371.
[221] Le 20 juin 1368, Jean de Mauquenchy, dit Mouton, sire de Blainville (Seine-Inférieure, arr. Rouen, c. Buchy), et Louis de Sancerre furent nommés maréchaux de France, aux gages de 2000 francs d’or par an, le premier en remplacement de Jean le Meingre, dit Boucicaut, mort à Dijon le 15 mars précédent; le second par suite de la démission d’Arnoul, sire d’Audrehem, institué gardien de l’oriflamme (Anselme, Hist. généal. VI, 754 et 756; Gr. Chron. VI, 253).
[222] Le dimanche 15 juillet 1369, Charles V partit de Paris et se rendit en Normandie pour surveiller lui-même ces préparatifs maritimes (Gr. Chron., VI, 317, 318); il passa à Rouen ou dans les environs les mois de juillet, d’août et les 20 premiers jours de septembre de cette année. Nous avons les instructions qui furent données le samedi 14 juillet à Pierre de Soissons, clerc de la présente armée de la mer. Toutes les dépenses étaient à la charge du roi qui se réservait la moitié des prises (Arch. Nat., P 2294, fo 740). L’Aragonais François de Périllos (auj. village des Pyrénées-Orientales, arr. Perpignan, c. Rivesaltes), amiral de la mer depuis le commencement de juin 1368, avait été mis à la tête de l’expédition en vue de laquelle Jean des Portes, dit Benedicite, haubergier du roi, Gilles Evrard, clerc de l’échansonnerie, Étienne Castel, armurier, étaient allés faire de grands achats d’armes, de fers de glaive et de harnois en Flandre, en Allemagne et en Brabant (Arch. Nat., JJ 102, no 240). Ce projet d’une invasion en Angleterre avait peut-être été provoqué par une descente que les ennemis avaient faite dans les premiers jours de juillet à Saint-Denis au Chef de Caux (auj. section de Sainte-Adresse, Seine-Inférieure, arr. et c. le Havre), où, non contents d’avoir saccagé l’église et le cimetière bâtis sur le sommet d’une falaise au bord de la mer, d’avoir violé les tombeaux, enlevé les calices et les autres ornements servant au culte, ils ne s’étaient retirés qu’après avoir fait de cette église un monceau de ruines et avoir passé une partie des habitants au fil de l’épée (JJ 100, no 240). Le débarquement du duc de Lancastre à Calais, dans les premiers jours d’août, fit ajourner ce projet d’une invasion en Angleterre, qui ne fut repris dans de moindres proportions par Owen de Galles qu’au mois de décembre suivant. Toutefois, la flotte que le roi de France avait rassemblée à si grands frais, parut en vue des côtes d’Angleterre, où elle alla brûler Portsmouth au commencement du mois de septembre suivant: «cum dicta villa (de Portsmouth) per inimicos nostros de Francia combusta existat», lit-on dans un mandement d’Édouard III en date du 29 septembre 1369. Rymer, III, 880.
[223] Le débarquement de Jean, duc de Lancastre, à Calais eut lieu dans les premiers jours d’août 1369.
[224] C’est au commencement du mois de juillet 1369 que les Anglais mirent le siége devant la Roche-sur-Yon, et cette forteresse se rendit dans les premiers jours d’août. Le 29 juillet 1369, Charles V avait mandé à Guillaume du Merle, chevalier, d’amener autant de gens d’armes qu’il pourrait à Amauri, sire de Craon, «sur esparance d’aler lever le siege que nos ennemis avoient mis devant la Roche sur Yon; et avant que il y peussent estre, il avoit esté pris par les dis ennemis.» Delisle, Mandements, p. 332 et 333.—Le 16 août suivant, Amauri, sire de Craon, était à Baugé, où il manda à Jean le Mercier, trésorier des guerres, de payer les gages d’un certain nombre de gens d’armes (Pierre de Craon, son oncle, Pierre, sire de Mathefelon, Amauri de Clisson, Gui de Laval, Jean de Kerlouet, Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye), «comme le roy, nostre sire, nous eust mandé que nous assemblissions le plus de gens d’armes que nous pourrions pour aller lever le siege que nos ennemis avoient mis devant le chastel de la Roche sur Yon, et il soit ainsi que, avant que les dites gens d’armes fussent assemblés, le dit chastel s’estoit rendu; et avecques ce nous avoit mandé que, ou cas que nous ne pourrions lever le dit siege, que nous allissions en la compagnie de monseigneur le duc de Bretagne pour combattre les Anglois qui se sont partis de Chastieau Gontier....» Nous voyons par un autre mandement, daté de la Suze-sur-Sarthe, le 8 septembre, que le seigneur de Craon donna la chasse à ces Anglais qui, après leur départ de Château-Gontier, avaient pénétré en Bretagne et les poursuivit jusqu’à Saint-Sauveur-le-Vicomte. Dom Morice, Preuves de l’hist. de Bretagne, 1, 1632 à 1634.
[225] Froissart, en appelant ce chevalier Jean Blondeau, peut-être pour Belonneau, diminutif poitevin et angevin de Belon, a posé une énigme qui est restée jusqu’à présent insoluble pour tous les historiens du Poitou. Un de ces heureux hasards qui consolent l’érudit de l’aridité de ses recherches, nous a mis en mesure de deviner cette énigme. Le traître qui livra pour de l’argent la Roche-sur-Yon aux Anglais, s’appelait en réalité Jean Belon, et il était originaire de l’Anjou, peut-être même d’Angers, où il avait une maison au tertre Saint-Laurent. Par acte daté de Jumiéges, le 24 août 1369, Charles V confisqua cette maison et la donna à un clerc, nommé Jean de la Barre, «comme Jehan Belon, chevalier, n’a gaires capitaine du chastel de la Roche sur Yon, ait vendu et delivré faussement auz ennemis et de nostre royaume le dit chastel, et ait tenu et encore tiengne la partie de noz dis ennemis contre nous et nostre dit royaume.» Arch. Nat., JJ 100, no 298, fo 87 vo.—Le 12 janvier suivant, Jean Belon était prisonnier à Angers, et Charles V chargea, par un mandement rendu à cette date, Pierre d’Avoir, seigneur de Châteaufromont, chevalier, l’un de ses chambellans et des chambellans du duc d’Anjou, de faire assigner sur les biens confisqués du dit Jean, 200 livres de terre ou de rente à son amé huissier d’armes Guyot Mauvoisin, «comme nous aions entendu que Jehan Belon, chevalier, garde n’a gaires et capitaine de la tour ou chastel et de la ville de la Roche sur Yon, laquelle nostre très chier frère le duc d’Anjou li avoit bailliée, confians de sa loyalté et preudommie, a yceulx chastel et ville bailliez et livrez à noz ennemis, pour prouffit qu’il en a receu d’eulz, pour laquelle chose a esté prins et amené prisonnier à Angers et y est encore detenus, et pour ce, s’il est ainsy, ait commis crime de lèse majesté et trahison envers nous.» JJ 102, no 4.—Un Gascon, nommé Philippot Loubat, qui commandait la garnison anglaise de Talmont (Vendée, arr. les Sables), avait pris sans doute une part importante à la reddition de la Roche-sur-Yon, car James d’Audeley lui fit payer, à cette occasion, 100 livres dans les premiers jours d’août 1369 (voyez la note suivante). L’assertion du chroniqueur, relative à l’exécution de Jean Belon, est aussi confirmée par l’article de compte suivant: «Des hoirs feu Pierre Guedon, par composicion à eulx faite par Jehan Chaperon, escuier, de la voulenté de monseigneur le duc, pour pluseurs biens prins par le dit feu Pierre sur et des biens feu messire Jehan Belon, chevalier, en soy enfuyant de la Roche sur Yon, qui par ses demerites fut après executé, lesquiex biens ainsi prins par le dit Pierre furent estimez à la somme de VIIxx frans. Pour ce par la main de Jehan Chapperon, escuier, cappitaine de Diex Aye, le XXe jour de mars MCCCLXXV.» Arch. Nat., KK 242, fo 4 vo. Cf. fo 19.
[226] Il est établi par des actes authentiques que Thomas Percy était déjà sénéchal du Poitou, le samedi 3 mars 1369 (Bibl. Nat., fonds latin, no 17147, fo 113 vo), et Jean Harpedenne, sénéchal de Saintonge, le 27 novembre de la même année (B. Fillon, Jean Chandos, Fontenay, 1856, p. 30, 31); et l’on voit par un autre acte que ces deux chevaliers remplissaient encore les mêmes fonctions le 25 septembre 1371 (Fillon, Ibid., p. 33, 34). Il est vrai, comme nous le dirons tout à l’heure, que Jean Chandos fut incontestablement sénéchal du Poitou pendant la seconde moitié de 1369; mais, sauf cette interruption, les actes de la première moitié de cette année, et aussi de la fin de 1370, nous montrent Thomas Percy investi de ces fonctions. Thomas est mentionné comme sénéchal du Poitou lorsqu’il assiste, à Poitiers, vers le milieu du mois de novembre 1370, en compagnie de Nicol Dagworth, de Guichard d’Angle et du sire de Parthenay, à un duel qui se livre dans cette ville entre le bour de Caumont et le breton Yves de Launay, de Plounévez-Lochrist en Léon (Bibl. Nat., fonds latin, no 5381, t. II, fo 56). Froissart s’est trompé par conséquent en prêtant à James d’Audeley, en 1369, le titre de sénéchal du Poitou. Après avoir fait appel, pour éclairer et rectifier sur ce point le récit de Froissart, aux érudits qui ont étudié le plus à fond les sources de l’histoire du Poitou, nous avons trouvé, sans le chercher, un acte authentique qui donne la solution du problème. L’acte dont il s’agit est une quittance, en date du 7 août 1369, par laquelle Philippot Loubat, capitaine de Talmont, reconnaît avoir reçu de Regnaut de Vivonne, 100 livres à lui octroyées pour le fait de la Roche-sur-Yon, «par le commandement de James d’Audelee, seigneur d’Oleron, lieutenant en Poitou et Limousin de monseigneur le prince d’Aquitaine et de Galles.» Bibl. Nat., fonds Doat, 197, fo 51.—D’après James, auteur d’une histoire du Prince Noir, qui a adopté une opinion déjà exprimée par le savant généalogiste Dugdale, Froissart se serait trompé grossièrement en rapportant à l’année 1369 la mort de James ou Jacques d’Audeley. Ce chevalier aurait simplement quitté le Poitou à cette date, pour retourner en Angleterre, où Édouard III l’aurait fait comte d’Audeley l’année suivante, et il ne serait mort que le 1er avril 1386. Quoique Froissart, après la mort de Philippa de Hainaut sa bienfaitrice et son retour sur le continent, en 1369, n’ait plus entretenu de relations directes et suivies avec la chevalerie anglaise, le James ou Jacques d’Audeley, mort en 1386, qui institua son légataire un de ses oncles et laissa un héritier, âgé de seize ans seulement, ne serait-il pas le fils de celui dont parle le chroniqueur, et qui fut remplacé, comme chevalier de la Jarretière, par Thomas de Grantson, mort lui-même en 1376? Suivant M. l’abbé Auber, à qui nous sommes redevables d’une monographie consacrée à la cathédrale de Poitiers, le tombeau de James d’Audeley, qui ornait cette cathédrale, aurait été détruit par les protestants en 1562.
[227] Dans un mandement de Jean Harpedenne, chevalier, sénéchal de Saintonge, châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, daté de Niort, le 27 novembre 1369, Jean Chandos est mentionné comme «connestable d’Acquytayne et seneschal de Poitou.» Fillon, Jean Chandos, p. 30, 31.—Chandos avait dû quitter Montauban avant le 15 juin 1369, date de la soumission de cette ville au duc d’Anjou (Arch. Nat., JJ 100, nos 500, 811). D’un autre côté, c’est après la prise de la Roche-Posay par Jean de Kerlouet, c’est-à-dire vers le mois de juillet de cette année, que les Français commencèrent à menacer sérieusement les frontières du Poitou, et que le prince d’Aquitaine dut éprouver le besoin de leur opposer dans cette région le plus renommé de ses capitaines. On est ainsi amené à placer, avec assez de vraisemblance, l’arrivée de Jean Chandos à Poitiers, et sa nomination comme sénéchal du Poitou, vers le milieu de 1369. Le 1er octobre de cette année, Édouard III confia au célèbre homme de guerre la garde des châteaux de Melle, de Chizé (Deux-Sèvres, arr. Melle, c. Brioux) et de Civray (Carte, Rôles gascons, p. 157). Dès le 3 août précédent, Charles V, qui se trouvait alors à Rouen, avait confisqué le fief le Roi, sis à Corbon (Calvados, arr. Pont-l’Évêque, c. Cambremer), dans la vicomté du Neubourg et le bailliage de Beaumont-en-Auge, que tenait de lui Chandos, «nostre ennemi et rebelle,» et l’avait donné à Regnault, seigneur de Maulevrier et d’Avoir (Arch. Nat., JJ 100, no 248). Le mois suivant, par acte passé à l’abbaye de Sainte-Catherine-lez-Rouen, le roi de France avait aussi confisqué la terre de Romilly, lez le Pont-Saint-Pierre (auj. Romilly-sur-Andelle, Eure, arr. les Andelys, c. Écouis), ainsi qu’une rente de 70 livres tournois sur les paroisses de Cressenville et de Crestot, appartenant à «Jehan de Chandos, chevalier anglois, nostre ennemi et rebelle,» et en avait disposé en faveur d’Aude Martel, sa commère, dame de «Presegny» et châtelaine de son château du Pont-de-l’Arche, veuve de Jean de Giencourt, chevalier, et mère de feu Charles de Giencourt, son filleul (JJ 100, no 205).
[228] Froissart semble désigner ici la rivière, dite d’Hem ou de Hem, qui, après avoir passé à Audrehem, à Tournehem, à Nordausque, se sépare en deux bras, dont l’un se jette dans l’Aa, près de Holque, et dont l’autre va alimenter le canal de Calais à Saint-Omer.