Après avoir couché à Senlis et à Louvres, le roi est au Bourget[74] et s’apprête à entrer à Paris, quand il apprend que les Parisiens, au nombre de 20,000[75], armés d’arbalètes et de maillets, attendent son passage entre Saint-Lazare et Paris. Le connétable de France, le seigneur d’Albret, le sire de Couci, Gui de la Tremoïlle et Jean de Vienne, accompagnés de hérauts d’armes, sont envoyés en avant pour parlementer[76]. P. [74] à [76], [348], [349].
Les Parisiens se défendent de vouloir combattre le roi[77]; ils n’ont d’autre intention que de lui montrer quelle puissance armée ils peuvent mettre à son service, s’il en a besoin. Le connétable leur conseille alors de rentrer paisiblement à Paris et de mettre bas leurs armes, s’ils désirent que le roi entre dans leur ville; ils le promettent.
Le roi entre donc à Paris[78], vient coucher au Louvre. Sur l’ordre du sire de Couci et du maréchal de Sancerre, on se hâte d’enlever les battants des portes de la ville, ainsi que les chaînes qui fermaient les rues[79]. Terrorisés[80], les Parisiens n’osent sortir de chez eux, et sont heureux d’en être quittes en payant des amendes[81] dont le total monte à 400,000 francs[82]. Armures et maillets sont déposés au château de Beauté[83].
On rétablit tous les impôts abolis[84], et la campagne est livrée aux pillards[85]. C’est un exemple pour les autres villes de France. P. [76] à [80], [349], [350].
On ne s’en tient pas là: des arrestations sont faites; des noyades ont lieu. Maître Jean des Marès[86], lui-même, estimé jusque-là comme un sage et honnête serviteur des rois Philippe, Jean et Charles V, est condamné à mort avec quatorze autres bourgeois, dont est Nicolas le Flamand[87]. P. [80], [81], [350].
Les mêmes exécutions se font à Rouen[88], à Reims[89], à Châlons, à Troyes, à Sens, à Orléans[90], partout où il y a eu rébellion contre le roi, et les villes sont condamnées à payer de fortes amendes, tout au profit des ducs de Berri et de Bourgogne. Les gens d’armes, cependant, du connétable et des maréchaux reçoivent leurs gages[91]. Les grands barons ont l’autorisation du roi de lever des impôts sur leurs fiefs pour payer leurs gens, mais la taille royale prime tout le reste[92]; que leur restera-t-il? P. [81], [82], [350], [351].
CHAPITRE XIX.
1383, 17 mai. CROISADE CONTRE LES CLÉMENTINS; L’ÉVÊQUE DE NORWICH DÉBARQUE A CALAIS.—PRISE DE BOURBOURG.—5 juin-10 août. SIÈGE D’YPRES.—1er septembre. LE ROI ENTRE EN FLANDRE.—14 septembre. SOUMISSION DE BOURBOURG.—1384, 26 janvier. TRÈVE DE LEULINGHEM.—30 janvier. MORT DU COMTE DE FLANDRE (§§ [356] à [406]).
Le départ du roi pour la France n’a pas mis fin aux hostilités des Gantois[93]. Pierre de Wintere, Pierre du Bois et François Ackerman lèvent de nouvelles troupes, qui, sous les ordres de ces deux derniers, viennent au nombre de 3,000 hommes assiéger Ardembourg, défendu par les Bretons et les Bourguignons. Ils prennent la ville, la pillent et la brûlent en grande partie; puis dévastent le pays d’Alost et de Termonde, jusqu’à Audenarde. P. [82], [83], [351].
Le comte de Flandre est informé à Lille de ces nouvelles. Il apprend aussi que les Gantois n’ont pas renoncé à l’alliance des Anglais[94], qui pensionnent Ackerman[95], et, par l’intermédiaire de Jean Salomon, leur agent à Bruges, sèment l’argent dans les Flandres[96]. Le comte veut faire arrêter Jean Salomon et deux autres anglais avec lui, mais ils lui échappent; il ne peut que les exiler. Quelques comparses seuls sont emprisonnés et rançonnés. P. [83] à [85], [351], [352].