Les Anglais, déjà mécontents de la victoire de Roosebeke, saisissent cette occasion de se plaindre du comte de Flandre, qui chasse ainsi de son pays les nationaux anglais; ils menacent d’intervenir. P. [85], [86], [352].

Pendant ce temps, le pape Urbain, établi à Gênes, fait prêcher en Angleterre une croisade contre les nations clémentines, principalement contre la France. C’est d’abord l’absolution des péchés, puis la dîme sur les biens des églises qu’il concède au roi d’Angleterre et à ses barons. La croisade sera commandée par l’évêque de Norwich, Henri le Dépensier[97].

Une partie de la dîme anglaise sera réservée au duc de Lancastre, pour entreprendre une nouvelle campagne en Castille[98], soutenu par le roi de Portugal[99], qui lui aussi aura droit à la dîme ecclésiastique levée dans son pays.

Durant l’hiver et le carême, on prêche cette croisade: le produit des aumônes et des dîmes monte à la somme de 2,500,000 francs. P. [86] à [88], [352], [353].

C’est suffisant pour faire les deux expéditions de France et d’Espagne. Cette dernière, qui comptera 2,000 lances et 4,000 archers, sera commandée par le duc de Lancastre, auquel on adjoint, pour lui conserver son caractère religieux, l’évêque de Londres, Guillaume[100] de Courtney. On semble avoir peu de confiance dans le duc de Lancastre; en tout cas, il ne s’embarquera pas avant le départ de l’évêque de Norwich.

Celui-ci, dont l’armée se compose des meilleurs chevaliers anglais, parmi eux Hugues de Calverley, Thomas Trivet et Guillaume Elmham, est à la tête de 600 lances et de 1,500 autres combattants[101], sans parler d’un grand nombre de prêtres qui l’accompagnent[102]. P. [88] à [90], [353], [354].

On se hâte de tout préparer[103], et après avoir juré au roi de ne pas combattre contre quiconque reconnaîtrait Urbain comme pape, l’évêque de Norwich et ses gens s’embarquent à Douvres et arrivent à Calais le 23 avril[104]. Ils ont pour instructions d’y rester un mois durant, se contentant de harceler les Français sur la frontière, et d’attendre la venue de Guillaume de Beauchamp, qui, arrivant d’Écosse à cette époque, amènera des renforts d’hommes d’armes et d’archers. P. [90], [91], [354].

Bien reçu à Calais par Jean d’Évreux, l’évêque de Norwich y attend jusqu’au 4 mai[105] Guillaume de Beauchamp. Il se décide alors, d’accord avec Thomas Trivet et Guillaume Elmham à faire une chevauchée en Flandre, dont le comte a si mal traité les marchands anglais. P. [91], [92], [354].

Malgré l’avis de Hugues de Calverley, qui conseille d’attendre encore Guillaume de Beauchamp et de chevaucher, non pas en Flandre, dont les habitants sont partisans du pape Urbain, mais en France, dans le pays d’Aire ou de Montreuil-sur-Mer, la décision de l’évêque prévaut. P. [92] à [95], [354], [355].

Le lendemain, la petite armée, forte de 3,000 hommes, quitte Calais et se dirige sur Gravelines. La ville est prise au grand effroi des populations voisines. Le comte de Flandre envoie alors deux chevaliers, Jean Vilain[106] et Jean du Moulin, demander des explications à l’évêque de Norwich; ils devront ensuite, avec un sauf-conduit, se rendre en Angleterre auprès du roi et de ses oncles. P. [95] à [97], [355], [356].