La dame de Pleumartin sollicite et obtient de Bertrand du Guesclin un sauf-conduit pour se rendre à Poitiers auprès du duc de Berry. En l’absence de Guichard d’Angle son mari, prisonnier en Espagne de D. Enrique, roi de Castille, elle prie le duc de la considérer comme une veuve restée sans défense et de ne point lui faire la guerre, promettant que de son côté elle s’abstiendra de tout acte d’hostilité. Le duc accueille favorablement sa supplique et transmet au connétable des ordres en conséquence. Du Guesclin et ses gens vont ensuite assiéger le château de Mortemer[200] que rend la dame du lieu, ainsi que toute sa terre et le château de Dienné[201]. Il ne reste plus en Poitou de garnisons anglaises qu’à Mortagne[202], à Merpins[203] et à la Tour de Broue[204]; la Roche-sur-Yon, que les Anglais occupent encore, est sur les marches et du ressort d’Anjou. P. 115 à 117, 312.

CHAPITRE C

1373, fin d’avril, mai et juin. EXPÉDITION DE LOUIS, DUC DE BOURBON, ET DE BERTRAND DU GUESCLIN EN BRETAGNE; DÉPART DE JEAN DE MONTFORT POUR L’ANGLETERRE; OCCUPATION DE RENNES, DE DINAN, DE SAINT-MALO, DE VANNES ET D’UN CERTAIN NOMBRE DE PLACES DE MOINDRE IMPORTANCE; PRISE D’HENNEBONT; SIÈGES DE LA ROCHE-SUR-YON, DE DERVAL ET DE BREST; OCCUPATION DE NANTES; GRANDS PRÉPARATIFS EN ANGLETERRE DES DUCS DE LANCASTRE ET DE BRETAGNE POUR ENVAHIR LA FRANCE A LA TÊTE D’UNE ARMÉE CONSIDÉRABLE; PRISE DE CONQ PAR L’ARMÉE FRANCO-BRETONNE.—6 juillet. TRAITÉ DE CAPITULATION DE BREST ET LEVÉE DU SIÈGE DE CETTE PLACE PAR LES FRANCO-BRETONS QUI VONT RENFORCER LES GENS D’ARMES CAMPÉS DEVANT DERVAL.—Fin de juillet. DÉBARQUEMENT A CALAIS DE L’ARMÉE RASSEMBLÉE PAR LES DUCS DE LANCASTRE ET DE BRETAGNE.—Du 4 août au 8 septembre. MARCHE ET OPÉRATIONS DE CETTE ARMÉE A TRAVERS L’ARTOIS, LA PICARDIE, LE VERMANDOIS ET LE SOISSONNAIS; COMBAT DE RIBEMONT.—9 septembre. COMBAT D’OULCHY.—29 septembre. EXÉCUTION DEVANT DERVAL PAR LE DUC D’ANJOU DES OTAGES LIVRÉS NAGUÈRE AUX FRANCO-BRETONS EN VERTU DU TRAITÉ DE CAPITULATION DE CETTE PLACE, AUQUEL ROBERT KNOLLES A REFUSÉ DE SOUSCRIRE.—10 septembre. ARRIVÉE A PARIS DU DUC D’ANJOU, DE DU GUESCLIN ET DE CLISSON, QUI ASSISTENT A UN GRAND CONSEIL DE GUERRE TENU PAR CHARLES V ET Y DONNENT LEUR AVIS.—(1375, 16 avril. MORT DU COMTE DE PEMBROKE, PRISONNIER DU ROI DE CASTILLE, LIVRÉ PAR LE DIT ROI A DU GUESCLIN EN PAYMENT D’UNE SOMME DE 120 000 FRANCS DUE POUR LE COMTÉ DE SORIA RACHETÉ PAR D. ENRIQUE DE TRASTAMAR; RACHAT PAR CE MÊME ROI DU COMTÉ D’AGREDA MOYENNANT LA CESSION D’UN AUTRE DE SES PRISONNIERS, GUICHARD D’ANGLE, A OLIVIER DE MAUNY.)—1373, du 11 au 26 septembre. LES ANGLAIS EN CHAMPAGNE; ARRIVÉE DES LÉGATS DU PAPE A TROYES; ÉCHEC SUBI SOUS LES MURS DE CETTE VILLE PAR LES ENVAHISSEURS.—Du 26 septembre au 25 décembre. MARCHE PÉNIBLE ET MEURTRIÈRE DE L’ARMÉE DU DUC DE LANCASTRE A TRAVERS LA BOURGOGNE, LE NIVERNAIS, LE BOURBONNAIS, L’AUVERGNE, LE LIMOUSIN ET LE PÉRIGORD; ARRIVÉE A BORDEAUX (§§ 723 à 748).

Un corps d’armée d’environ dix mille hommes à la solde du roi de France met le siège devant la forteresse de Bécherel[205] où les Anglais tiennent garnison. Noms des principaux seigneurs de Normandie et de Bretagne qui composent ce corps d’armée. Du Guesclin ayant reconquis presque entièrement le Poitou, va rejoindre à Poitiers les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon; il donne congé à ses gens d’armes dont la plupart, surtout les Bretons et les Normands, vont renforcer le siège de Bécherel. La garnison de cette place a pour capitaines deux chevaliers anglais, Jean Appert et Jean de Cornouaille. Les Anglais tiennent également la forteresse de Saint-Sauveur-le-Vicomte, en basse Normandie, dont le capitaine est, depuis la mort de Jean Chandos[206], Alain de Buxhull. Celui-ci a pour lieutenant Thomas de Catterton. Les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, quittent le Poitou et retournent à Paris, où le roi Charles V et le duc d’Anjou son frère les accueillent avec de grandes démonstrations de joie. Par l’entremise de Guillaume de Dormans et du comte de Saarbruck, une paix[207] est conclue entre Charles V et Charles, roi de Navarre, qui se tient alors à Cherbourg. Le connétable de France se rend à Caen au-devant du roi de Navarre et lui fait escorte jusqu’à Paris; Louis, duc d’Anjou, qui ne veut pas se rencontrer avec le Navarrais, va visiter sa terre de Guise en Thiérache. Charles le Mauvais passe une douzaine de jours à la cour du roi de France, qui comble son beau-frère d’attentions et de cadeaux. Le roi de Navarre consent à laisser auprès de Charles V ses deux fils Charles et Pierre[208], qui doivent partager l’éducation du dauphin Charles, fils aîné du roi de France, et de Charles d’Albret, et l’on verra qu’il eut lieu de se repentir par la suite de cette résolution. P. 117 à 120, 312.

Le roi de Navarre, après avoir visité le château, les tours et les hautes murailles que Charles V fait construire au bois de Vincennes, prend congé du roi de France et se dirige vers Montpellier[209] dont la baronnie lui appartient.—Sur ces entrefaites, David Bruce, roi d’Écosse, meurt dans une abbaye située près d’Édimbourg, et on l’enterre auprès du roi Robert son père à l’abbaye de Dunfermline[210]; il a pour successeur son neveu Robert Bruce, auparavant sénéchal d’Écosse. Robert manque de bravoure personnelle, mais il a onze beaux-fils, tous bons hommes d’armes; Guillaume, comte de Douglas, et Archibald Douglas, que David Bruce avait poursuivis de sa haine, rentrent en grâce auprès du nouveau roi. Les trêves, conclues entre les deux royaumes d’Angleterre et d’Écosse, doivent encore durer quatre ans; les chevaliers et les écuyers des deux pays observent ces trêves, mais les vilains de la frontière se font un jeu de les violer et ne cessent de se combattre, de se piller les uns les autres. P. 120 à 121, 312.

Édouard ne tarde pas à apprendre que le Poitou, la Saintonge et le pays de la Rochelle sont perdus pour lui; il sait en outre que les Français sont maîtres de la mer et que leur flotte, composée de cent vingt gros vaisseaux[211] et placée sous les ordres d’Owen de Galles[212], de Radigo le Roux[213] amiral de D. Enrique, roi de Castille, de Jean de Rye[214] et de Jean de Vienne[215], menace les côtes d’Angleterre. Il se décide alors à envoyer en France un corps d’armée de deux mille hommes d’armes et de deux mille archers, dont il donne le commandement au comte de Salisbury[216], à Guillaume de Nevill[217] et à Philippe de Courtenay[218]. Ce corps d’armée s’embarque en Cornouaille et se dirige vers la Bretagne, dont le roi d’Angleterre veut attirer les barons dans son alliance. Les Anglais débarquent à Saint-Malo de l’Ile, où ils trouvent à l’ancre sept navires marchands de Castille[219]; ils brûlent ces navires, massacrent les équipages et prennent possession de la ville de Saint-Malo, dont ils ravagent et pillent les environs. Le bruit se répand aussitôt en Bretagne que ces Anglais ont été attirés par le duc et par Robert Knolles, et puisque Jean V livre ainsi son pays à des étrangers, beaucoup d’habitants du duché estiment qu’il a encouru la peine de déchéance. Aussi, chacun se met-il de lui-même en bon état de défense, et l’on garnit d’artillerie ainsi que de provisions les cités, les villes et les châteaux. Le duc de Bretagne se tient alors à Vannes, où sa présence inquiète plus qu’elle ne rassure les habitants de la cité et du bourg. Quant à Robert Knolles, après avoir entassé dans son château de Derval toute sorte de provisions et d’artillerie, il en confie la garde à Hue Browe et va renforcer la garnison du château de Brest, un des plus forts du monde, que commande le seigneur de Nevill[220], d’Angleterre, débarqué à Saint-Mathieu l’année précédente. P. 121 à 123, 312, 313.

Les barons et les seigneurs de Bretagne invitent Charles V à envoyer un corps d’armée prendre possession du duché et à le confisquer pour crime de forfaiture avant que les Anglais aient eu le temps d’établir partout des garnisons. Le roi de France s’empresse de répondre à l’appel de ses partisans et charge Bertrand du Guesclin de diriger l’expédition. Le connétable réunit à Angers[221] un corps d’armée de quatre mille lances et de dix mille gens de pied[222] et chevauche vers la Bretagne. Louis, duc de Bourbon, Pierre, comte d’Alençon, Robert d’Alençon, comte du Perche, Béraud, comte dauphin d’Auvergne, Jean, comte de Boulogne, Bernard, comte de Ventadour, Bouchard, comte de Vendôme, Olivier, seigneur de Clisson, Jean, vicomte de Rohan, Jean, seigneur de Beaumanoir, Gui, seigneur de Rochefort, tous les barons de Bretagne en général font partie de ce corps d’armée. A la nouvelle de l’approche des Français, le duc de Bretagne, se voyant abandonné par ses propres sujets, quitte précipitamment Vannes et se rend au château d’Auray, où il passe six jours. Puis, laissant dans ce château la duchesse sa femme sous la garde d’un chevalier nommé Jean Austin[223], il gagne la forteresse de Saint-Mathieu dont la garnison refuse l’entrée au duc fugitif. Jean V, ne trouvant plus dans son duché un seul asile sûr, s’embarque à Conq[224] et cingle vers l’Angleterre. Débarqué en Cornouaille, il se rend à Windsor à la cour d’Édouard III. Il reçoit le meilleur accueil de ce prince, qui s’engage à ne conclure aucune paix avec son adversaire de France tant que Jean V n’aura point été réintégré dans son duché. Pendant son séjour en Angleterre, le duc institue Robert Knolles son lieutenant en Bretagne. P. 123 à 126, 313.

Le connétable de France et ses gens d’armes ne prennent point le chemin de Nantes, mais celui de la bonne cité de Rennes[225] et de la Bretagne bretonnante qui a toujours été plus attachée au parti du comte de Montfort que la douce Bretagne. Ils occupent successivement Rennes, Dinan[226] et Vannes, qui ouvrent leurs portes sans résistance. Après s’être reposé quatre jours dans cette dernière ville, Du Guesclin va assiéger le château de Sucinio[227], défendu par des Anglais à la solde du duc de Bretagne. Ce château est emporté d’assaut après quatre jours de siège. Le connétable fait passer la garnison au fil de l’épée et confie la garde de Sucinio à l’un de ses écuyers nommé Éven de Mailly. Il soumet à l’obéissance du roi de France Jugon[228], Coët-la-Forêt[229], la Roche-Derrien[230], Ploërmel, Josselin[231], le Faouet[232], Guingamp, Saint-Mathieu[233], Guérande[234], Quimperlé et Quimper-Corentin. Effrayés par ces succès et craignant que les flottes réunies de France et d’Espagne ne les attaquent par mer, le comte de Salisbury, Guillaume de Nevill et Philippe de Courtenay, qui se tiennent à Saint-Malo, abandonnent cette place après l’avoir brûlée et livrée au pillage, pour aller se mettre en sûreté dans le château de Brest, défendu par le seigneur de Nevill et Robert Knolles. Dans le trajet de Saint-Malo à Brest, ils mouillent pendant un jour à Hennebont[235] et jettent l’ancre dans le havre de Brest au moment où Bertrand du Guesclin, qui croit les surprendre, arrive devant Saint-Malo dont il prend possession au nom du roi de France. Furieux d’avoir ainsi laissé échapper ses adversaires, le connétable va mettre le siège devant les château et ville d’Hennebont, où le comte de Salisbury vient de laisser en passant une garnison de cent vingt Anglais sous les ordres d’un écuyer nommé Thomelin West[236]. P. 126 à 129, 313.

L’armée assiégeante est forte de vingt mille combattants. Avant de monter à l’assaut, Du Guesclin s’avance jusqu’aux barrières et prévient les habitants d’Hennebont qu’ils seront tous massacrés jusqu’au dernier si un seul d’entre eux est trouvé les armes à la main dans les rangs des combattants. Se voyant réduits à eux-mêmes et se jugeant incapables de résister à des forces aussi considérables, les Anglais de la garnison sollicitent un sauf-conduit pour venir jusqu’aux barrières parlementer avec les assiégeants. A la faveur de ce sauf-conduit, Thomelin West et quatre de ses compagnons ont une entrevue avec les chefs de l’armée assiégeante et s’engagent à livrer la ville et le château d’Hennebont moyennant qu’ils auront la vie sauve et pourront se retirer à Brest avec armes et bagages. Ce fut ainsi que, sans recourir à la force des armes, le connétable réussit à s’emparer par ruse d’une place dont il n’aurait pas échangé la possession contre une somme de cent mille francs. P. 129 à 131, 313.

Du Guesclin met une garnison dans le château d’Hennebont et se dirige vers Nantes et les bords de la Loire, réduisant sous l’obéissance du roi de France tous les endroits par où il passe. En même temps, Louis, duc d’Anjou[237], rassemble toutes ses forces en vue d’une expédition projetée contre la forteresse de la Roche-sur-Yon[238], située sur les marches de son duché et occupée par les Anglais. En apprenant ces nouvelles, le comte de Salisbury et les autres Anglais qui ont quitté Saint-Malo pour venir s’enfermer dans le château de Brest, laissant ce château sous la garde de Robert Knolles, se rembarquent sur leur flotte et cinglent vers Redon et Guérande. Dans le trajet d’Hennebont à Nantes, le connétable de France met le siège devant le château de Derval[239], appartenant à Robert Knolles, qui en a confié la garde à deux frères, ses cousins, Hue et Renier Browe[240]. A ce moment, mille hommes d’armes et quatre mille archers, sous les ordres de Jean de Beuil, de Guillaume des Bordes, de Louis de Saint-Julien et d’Éven Charuel, se détachent du corps d’armée de Du Guesclin pour aller rejoindre le duc d’Anjou devant la Roche-sur-Yon. Un autre détachement, composé de mille lances et commandé par Olivier, seigneur de Clisson, Jean, vicomte de Rohan, les seigneurs de Léon, de Beaumanoir, de Rais, de Rieux, d’Avaugour, de Malestroit, du Pont et de Rochefort, va mettre le siège devant Brest[241] afin d’empêcher Robert Knolles de venir au secours de sa forteresse de Derval. C’est ainsi que les partisans du roi de France assiègent à la fois quatre places, les Normands Bécherel, les Bretons Brest et Derval, les Poitevins et les Angevins la Roche-sur-Yon. P. 131 à 134, 313.