Après s’être reposés quatre jours à Poitiers, les seigneurs de France vont mettre le siège devant Thouars[157] avec trois mille lances, chevaliers et écuyers, et quatre mille fantassins y compris les Génois. La place est trop forte et trop bien défendue pour être prise d’assaut; aussi, les assiégeants se contentent de la bloquer, espérant en avoir raison par la famine. Les principaux défenseurs de Thouars sont Louis de Harcourt[158], le seigneur de Parthenay[159], le seigneur de Thors[160], Hugues de Vivonne, Aimeri de Rochechouart, Perceval de Coulonges, Regnault de Thouars, le seigneur de Roussillon[161], Guillaume de «Crupegnach[162]», Geoffroi d’Argenton, Jacques de Surgères, Jean d’Angle, Guillaume de Montendre et Mauburni de Lignières. D’après le conseil de Perceval de Coulonges, les assiégés concluent, après quinze jours de pourparlers, une trêve avec les assiégeants. En vertu de cette trêve qui doit durer jusqu’au jour Saint-Michel[163] suivant, les défenseurs de Thouars s’engagent à rendre cette place et à se mettre en l’obéissance du roi de France si Édouard III ou l’un de ses fils ne vient pas dans l’intervalle contraindre les Français à lever le siège. En prévision de cette éventualité, Charles V profite de la trêve pour envoyer des renforts considérables aux assiégeants. P. 89 à 93, 310.

Les seigneurs poitevins enfermés dans Thouars dépêchent des messagers en Angleterre pour solliciter l’envoi d’une armée de secours. Édouard III s’empresse de réunir cette armée[164] dont Édouard, prince de Galles, veut faire partie malgré le mauvais état de sa santé, et qui s’élève à quatre mille hommes d’armes et à dix mille archers. Le roi anglais, prévoyant le cas où il viendrait à mourir pendant le cours de l’expédition, institue son héritier Richard[165], fils aîné du prince de Galles, et fait jurer à ses trois fils, Jean, duc de Lancastre[166], Edmond[167] et Thomas[168], de le reconnaître comme tel. Il s’embarque à Southampton[169], où il a réuni une flotte de quatre cents vaisseaux pour le transport de ses troupes, et cingle vers les côtes de Poitou; mais des vents contraires le retiennent sur mer pendant neuf semaines[170] et soufflent avec une telle violence qu’il ne peut aborder ni en Poitou, ni en Rochellois[171], ni en Saintonge. Le terme de Saint-Michel fixé pour l’expiration de la trêve[172] vient à échoir sur ces entrefaites, et force est à Édouard III de regagner les côtes d’Angleterre sans avoir porté le moindre secours à ses gens d’armes assiégés dans Thouars[173]. A peine les Anglais sont-ils descendus de leurs vaisseaux qu’un vent favorable commence à souffler[174] et permet à deux cents navires qui vont charger des vins en Guyenne d’entrer dans le havre de Bordeaux, et l’on en conclut que Dieu favorise le roi de France. P. 93 à 96, 310.

Informé des conditions de la trêve et du message transmis au roi son maître par les Poitevins assiégés dans Thouars, Thomas de Felton, sénéchal de Bordeaux[175], s’empresse de réunir, de son côté, un petit corps d’armée pour leur porter secours. En passant par Niort, ce corps d’armée se grossit d’une partie des hommes d’armes de la garnison de cette place et aussi de quelques seigneurs tels que Aimeri de Rochechouart, Geoffroi d’Argenton, Mauburni de Lignières et Guillaume de Montendre, qui ont mieux aimé quitter Thouars que de signer la trêve conclue avec les assiégeants. Thomas de Felton se trouve ainsi à la tête de douze cents lances et n’attend que l’arrivée d’Édouard III pour joindre ses forces à celles du roi d’Angleterre. Charles V, qui n’ignore pas les préparatifs des Anglais, a mis sur pied, pour tenir tête à ses adversaires, une armée considérable où l’on ne compte pas moins de quinze mille hommes d’armes et de trente mille fantassins[176]. Il n’en éprouve pas moins la joie la plus vive lorsqu’il apprend que le terme de la Saint-Michel est échu et la trêve expirée sans que l’on ait eu des nouvelles du roi d’Angleterre. P. 96 à 98, 310, 311.

Les douze cents Anglais et Anglo-Gascons, rassemblés à Niort, voyant approcher le terme de Saint-Michel sans qu’il arrive aucun renfort du roi d’Angleterre ou de l’un de ses fils, proposent aux gentilshommes assiégés dans Thouars de faire une sortie pour se joindre à eux et offrir la bataille aux Français. Le seigneur de Parthenay est d’avis d’accepter cette proposition et déclare que son intention est de rester attaché, quoi qu’il arrive, au parti anglais; mais les seigneurs de Poyanne et de Tonnay-Boutonne parviennent à le convaincre que l’on ne peut accepter l’offre transmise par les messagers envoyés de Niort et que l’honneur commande aux assiégés de tenir les engagements pris avec les Français. C’est pourquoi, au terme fixé, les seigneurs poitevins de la garnison de Thouars invitent les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon ainsi que le connétable de France à venir prendre possession de la forteresse qu’ils occupent et se remettent sous l’obéissance du roi de France[177]. P. 98 à 101, 311.

Toutes les places du Poitou reconnaissent l’autorité du roi de France, sauf Niort, Chizé[178], Mortagne[179], Mortemer[180], Lusignan[181], Château-Larcher[182], la Roche-sur-Yon, Gençay[183], la Tour de Broue[184], Merpins[185], Dienné[186]. Après la prise de possession de Thouars, les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon se dirigent vers Paris, et le connétable de France retourne à Poitiers[187]. Quant à Olivier, seigneur de Clisson, il va mettre le siège devant Mortagne[188] avec tous les hommes d’armes bretons de sa compagnie. Un écuyer anglais nommé Jacques Clerch, capitaine de la garnison de Mortagne, envoie demander du secours aux Anglais et aux Anglo-Gascons qui tiennent garnison à Niort. Ceux-ci répondent à l’appel de Jacques par l’envoi d’un détachement de cinq cents lances; mais Olivier, averti à temps par un de ses espions, lève précipitamment le siège et regagne Poitiers, laissant entre les mains de l’ennemi son matériel de campement et ses provisions qui servent à ravitailler la garnison de Mortagne. P. 101 à 103, 311.

Aux approches de l’hiver, les Anglais ou Anglo-Gascons qui étaient venus à Niort pour essayer de faire lever le siège de Thouars, prennent le parti de retourner à Bordeaux; chemin faisant, ils mettent au pillage les possessions du seigneur de Parthenay. Jean Devereux, chevalier anglais, Jean Cressewell et Daghori Seys continuent de tenir garnison à Niort,—Robert Grenacre, chevalier anglais, à la Roche-sur-Yon,—Thomas de Saint-Quentin, à Lusignan,—la dame de Mortemer, à Mortemer,—Jacques Taylor, écuyer anglais, à Gençay,—Robert Morton et Martin Scott à Chizé. Ces capitaines font des courses de côté et d’autre et rançonnent tellement le plat pays qu’ils font place nette partout où ils passent. Bertrand du Guesclin, qui se tient à Poitiers pendant tout cet hiver, n’attend que le retour de la belle saison pour faire rendre gorge aux Anglais et les expulser des places qui leur restent. P. 104, 311.

Jean de Montfort, duc de Bretagne, fait de vains efforts pour attirer les prélats, les barons et les bonnes villes de son duché dans le parti du roi d’Angleterre[189]; celui-ci envoie quatre cents hommes d’armes et quatre cents archers tenir garnison à Saint-Mathieu[190] en Bretagne. P. 104 à 107, 311.

Au retour de la belle saison, Bertrand du Guesclin[191] met le siège devant Chizé[192]. Robert Morton et Martin Scott, chefs des assiégés, appellent à leur secours les Anglais de Niort. Devereux[193], Daghori Seys et Cressewell qui commandent ces Anglais, renforcés par les garnisons de Lusignan et de Gençay[194], réunissent sous leurs ordres sept cents hommes d’armes et marchent contre le connétable de France; mais au moment où les assiégés, qui ne sont que soixante armures de fer, vont recevoir ce secours, ils font une sortie et sont écrasés par les Français. P. 107 à 110, 311.

Robert Morton et Martin Scott sont faits prisonniers. Trois cents pillards, Bretons et Poitevins, que les Anglais ont lancés en avant pour attirer les Français hors de leurs retranchements, passent dans les rangs de ces derniers. Du Guesclin fait scier à ras de terre les palissades qui entourent son camp et attaque les Anglais après avoir formé trois corps de bataille; il commande celui du milieu et met ses deux ailes sous les ordres d’Alain de Beaumont et de Geoffroi de Kerimel; chacun des trois corps ne compte pas moins de trois cents hommes d’armes. Geoffroi Richou, Éven de Lacouet, Thibaud du Pont, Silvestre Budes et Alain de Saint-Pol font dans cette journée des prodiges de valeur. Les Anglais, de leur côté, déploient une grande bravoure et remportent quelque temps l’avantage; mais enfin la victoire reste aux Bretons, qui font trois cents prisonniers. P. 111 à 114, 312.

Cette défaite achève de ruiner la domination anglaise en Poitou; elle est suivie de la reddition immédiate de la ville et du château de Chizé[195]. Bertrand du Guesclin se rend ensuite à Niort[196], dont il prend possession au nom du roi de France et où il fait reposer ses troupes pendant quatre jours. Puis, il chevauche vers le beau château de Lusignan[197] d’où la garnison anglaise qui l’occupait a décampé aussitôt qu’elle a appris que son capitaine Robert Grenacre avait été fait prisonnier à Chizé. Le connétable de France confie la garde de ce château à un certain nombre de gens d’armes placés sous les ordres d’un châtelain et se dirige vers Château-Larcher[198], défendu par la dame de Pleumartin[199], mariée à Guichard d’Angle. Arrivé sur ces entrefaites à Poitiers, le duc de Berry y reçoit avec une grande joie la nouvelle de la victoire de Chizé. P. 114, 115, 312.