1373, 28 octobre-1374, 8 janvier. RETOUR DU DUC D’ANJOU A TOULOUSE PAR AVIGNON.—1373, juin et juillet. TRAITÉ DE CAPITULATION DE BÉCHEREL. EXPÉDITION DU DUC D’ANJOU EN BIGORRE; REDDITION DE SAINT-SEVER; PRISE DE LOURDES.—1374, commencement d’avril. JOURNÉE DE BATAILLE ASSIGNÉE PRÈS DE MOSSAIC ENTRE LES DUCS D’ANJOU ET DE LANCASTRE; DÉFAUT A CE RENDEZ-VOUS DE LANCASTRE, QUI PART DE BORDEAUX ET RETOURNE EN ANGLETERRE.—21 mai. EXPIRATION DE LA TRÊVE CONCLUE PAR DU GUESCLIN AVEC LE DUC DE LANCASTRE.—Juin et juillet. SOUMISSION DU VICOMTE DE CASTELBON. EXPÉDITION DE DU GUESCLIN ET DU DUC D’ANJOU, D’ABORD DANS LE BAS LANGUEDOC CONTRE LES COMPAGNIES, ENSUITE SUR LES CONFINS DE L’AGENAIS ET DU BORDELAIS CONTRE LES ANGLAIS; SIÈGE ET PRISE DE LA RÉOLE, DE LANGON, DE SAINT-MACAIRE, DE SAINTE-BAZAILLE ET DES PLACES AVOISINANTES.—2 octobre. RETOUR DE DU GUESCLIN A PARIS ET DU DUC D’ANJOU A TOULOUSE.—août et septembre. SIÈGE DE SAINT-SAUVEUR-LE-VICOMTE; REDDITION DE BÉCHEREL, DONT LA GARNISON VA RENFORCER CELLE DE SAINT-SAUVEUR.—1375, premiers mois. DÉFAITE DES FRANÇAIS DANS UNE RENCONTRE ENTRE LIQUES ET TOURNEHEM; CAPTURE DU COMTE DE SAINT-POL, EMMENÉ EN ANGLETERRE.—OUVERTURE DES NÉGOCIATIONS A BRUGES ENTRE LES AMBASSADEURS DE FRANCE ET D’ANGLETERRE.—RETOUR EN FRANCE DU DUC DE BRETAGNE ET DU COMTE DE CAMBRIDGE AVEC UN CORPS D’ARMÉE CONSIDÉRABLE; DÉBARQUEMENT A SAINT-MATHIEU; PRISE DE SAINT-POL DE LÉON; SIÈGE DE SAINT-BRIEUC.—21 mai. TRAITÉ DE CAPITULATION DE SAINT-SAUVEUR.—LEVÉE DU SIÈGE DE SAINT-BRIEUC PAR LES ANGLAIS, ET DU SIÈGE DU NOUVEAU FORT PAR LES FRANÇAIS, QUE LES ANGLAIS ACCOURUS DE SAINT-BRIEUC POURSUIVENT JUSQU’A QUIMPERLÉ OÙ ILS LES ASSIÈGENT.—27 juin. TRÊVE D’UN AN ENTRE LES ROIS DE FRANCE ET D’ANGLETERRE CONCLUE A BRUGES; LEVÉE DU SIÈGE DE QUIMPERLÉ.—3 juillet. REDDITION DE SAINT-SAUVEUR AU ROI DE FRANCE (§§ 749 à 768).

Après cette grande chevauchée, le duc d’Anjou regagne Toulouse[312] en compagnie du connétable de France[313] et donne rendez-vous à ses gens d’armes pour le terme de Pâques de l’année suivante. Les légats du pape continuent de s’entremettre auprès des ducs d’Anjou et de Lancastre pour amener la conclusion d’un traité de paix entre les rois de France et d’Angleterre. Le duc d’Anjou passe tout l’hiver à faire des préparatifs en vue d’une expédition projetée dans la Haute Gascogne, où il veut contraindre tous les possesseurs de fiefs et d’arrière-fiefs à reconnaître la suzeraineté du roi de France dont le comte de Foix prétend que ses hommes ne relèvent en rien non plus que du roi d’Angleterre. P. 171, 172, 317.

Peu après Pâques, le duc d’Anjou réunit à Périgueux[314] une armée composée de dix mille hommes d’armes, dont mille étaient des Bretons, et de trente mille fantassins, dont quinze cents étaient des arbalétriers génois. Noms des principaux seigneurs enrôlés dans les rangs de cette armée. Le duc d’Anjou et le connétable de France inaugurent la campagne en mettant le siège devant l’abbaye de Saint-Sever[315]. L’abbé s’empresse de faire sa soumission et de livrer des otages que l’on envoie à Périgueux. Après quinze jours de siège, les Français emportent d’assaut le château de Lourdes[316], et Pierre Arnaud de Béarn, capitaine de cette place pour le comte de Foix, se fait tuer en défendant la forteresse confiée à sa garde. La ville est livrée au pillage et les bonshommes que l’on y trouve sont massacrés ou mis à rançon. P. 172, 174, 317.

Après la prise de Lourdes, les gens d’armes du duc d’Anjou ravagent les terres du vicomte de Castelbon[317], des seigneurs de Castelnau[318] et de Lescun[319], et mettent le siège devant le fort château de Sault[320], défendu par un homme d’armes du comté de Foix nommé Guillonet de Pau. Le comte de Foix prend l’engagement, par l’entremise de l’abbé de Saint-Sever et du seigneur de Marsan, tant en son nom qu’au nom de ses feudataires, de reconnaître soit la suzeraineté du roi de France, soit celle du roi d’Angleterre, selon que l’un ou l’autre des deux rois sera vainqueur à la journée assignée à la mi-août[321] devant Moissac. Sur les instances de l’archevêque de Ravenne et de l’évêque de Carpentras, légats[322] du pape Grégoire XI, le duc de Lancastre, qui se tient alors à Bordeaux avec le duc de Bretagne, envoie quatre de ses chevaliers à Périgueux vers le duc d’Anjou et le connétable de France. Tous ces pourparlers aboutissent à la conclusion d’une trêve[323] qui doit durer jusqu’au dernier jour du mois d’août. P. 174 à 176, 317.

Aussitôt après la conclusion de cette trêve, le duc de Lancastre[324] fait voile pour l’Angleterre en compagnie du duc de Bretagne, auquel il tarde de réunir une armée pour repasser dans son duché et faire lever le siège de Bécherel. Avant de quitter Bordeaux, le duc de Lancastre institue Thomas de Felton[325] grand sénéchal de cette ville et du Bordelais, en enjoignant aux barons de Gascogne d’obéir pendant son absence au dit Thomas comme à son lieutenant. Assiégés et bloqués depuis plus d’un an par les Français, Jean Appert et Jean de Cornouaille, capitaines de la garnison anglaise de Bécherel, lassés d’attendre en vain du secours et craignant de manquer de vivres, font proposer par un héraut de livrer cette forteresse s’ils ne reçoivent pas, dans le délai de la Toussaint, des renforts suffisants pour combattre les Français. Mouton de Blainville et Louis de Sancerre, maréchaux de France, qui commandent les assiégeants, après en avoir référé au roi de France, acceptent les ouvertures des assiégés, signent une trêve[326] qui doit durer jusqu’à la Toussaint et se font livrer des otages. Les capitaines de Bécherel profitent de cette trêve pour solliciter du roi d’Angleterre et du duc de Bretagne un envoi immédiat de secours. P. 176 à 178, 317, 318.

Trois jours avant la mi-août[327], Charles V et le duc d’Anjou réunissent à Moissac une armée de quinze mille hommes d’armes et de trente mille fantassins. Au jour fixé, aucun Anglais ne se présente pour tenir la journée contre les Français. Thomas de Felton vient trouver le duc d’Anjou après la mi-août et prétend que les ducs de Lancastre et de Bretagne ont toujours considéré la trêve comme devant s’appliquer à la journée de Moissac[328]. Quoi qu’il en soit, suivant l’engagement pris, le comte de Foix[329], les prélats, les barons et autres feudataires de son comté prêtent serment de foi et hommage au roi de France entre les mains du duc d’Anjou, qui renvoie au dit comte les otages gardés à Périgueux et retourne à Toulouse après avoir pris possession des ville et château de Moissac[330]. P. 178 à 180, 318.

Pendant la première quinzaine de septembre 1374, Louis, duc d’Anjou, part de Toulouse[331] avec un corps d’armée pour faire une chevauchée du côté de la Réole et d’Auberoche. L’abbé de Saint-Sever, le vicomte de Castelbon, les seigneurs de Castelnau, de Lescun et de Marsan font partie de cette expédition. La Réole[332], Langon[333], Saint-Macaire[334], «Condon[335]», Sainte-Bazeille[336], «Prudaire[337]», «Mautlion[338]», «Dion[339]», «Sebillach[340]», Auberoche[341] et une quarantaine de villes fermées ou de forts châteaux se rendent aux Français. Pendant ce temps, les deux légats du Saint-Siège, l’archevêque de Ravenne et l’évêque de Carpentras, de retour à Saint-Omer, ne cessent de s’entremettre et d’envoyer messages sur messages tant en France qu’en Angleterre pour faire accepter une trêve par les belligérants. Édouard III, qui voit ses possessions au delà du détroit lui échapper les unes après les autres et qui éprouve une peine profonde de n’avoir pu secourir plus efficacement le duc de Bretagne chassé de ses États à cause de son attachement au parti anglais et menacé de perdre son héritage, se montre tout disposé à accueillir favorablement les ouvertures des deux prélats; il décide en conséquence que son fils le duc de Lancastre passera la mer et viendra à Calais pour s’aboucher avec les ambassadeurs du roi de France. Celui-ci, de son côté, finit par consentir à envoyer à Saint-Omer son frère Louis, duc d’Anjou, en lui donnant pour instructions de se laisser gouverner et conduire par les deux légats, et l’on arrête une entrevue pour la Toussaint suivante entre le duc de Lancastre, débarqué à Calais, et le duc d’Anjou, qui ne doit pas tarder à se rendre à Saint-Omer. Les barons de Bretagne, en particulier, se préoccupent vivement de ce qui doit être décidé dans cette entrevue au sujet de l’affaire de Bécherel. Pour se conformer aux ordres de Charles V, Louis, duc d’Anjou, Bertrand du Guesclin, connétable de France, et Olivier, seigneur de Clisson, s’éloignent du Rouergue[342], licencient leurs gens, ne retiennent à leur service que les Bretons et, sans retourner à Toulouse[343], reviennent en France. P. 180 à 182, 318.

Les places françaises des marches de Picardie sont alors pourvues de bonnes garnisons. La garnison d’Abbeville, entre autres, a pour capitaine Hue de Châtillon[344], maître des arbalétriers de France, débarqué récemment de Boulogne et ne respirant que le désir de la vengeance; car, pris en embuscade aux alentours d’Abbeville par Nicole de Louvain qui avait refusé de le prendre à rançon, il avait été réduit à se faire enlever sur les marches du Northumberland, où on le tenait en captivité, par un marinier de l’Écluse, qui l’avait ramené en Flandre. Rétabli dans son office de maître des arbalétriers aussitôt après son retour en France, il commande la garnison d’Abbeville, d’où il fait des chevauchées aux environs. Du côté des Français, Henri des Iles[345], Jean de Longvillers[346], Guillaume de Nesle, le Châtelain de Beauvais, capitaines de Dieppe, de Boulogne, de Montreuil-sur-Mer et de Rue, sont opposés à Jean de Burleigh, à Jean de Harleston, à Jean, seigneur de Gommegnies, capitaines anglais de Calais, de Guines et d’Ardres. A Calais, le lieutenant du capitaine est Walter Devereux. Un jour, Walter Devereux, Jean de Harleston et le seigneur de Gommegnies rassemblent de très grand matin environ cent soixante lances dans la bastille d’Ardres et partent en expédition du côté de Boulogne. Ce même jour, Jean de Longvillers, à la tête d’environ soixante lances, fait route en sens contraire dans la direction de Calais. A deux lieues de Boulogne, il rencontre la petite troupe conduite par le seigneur de Gommegnies. Les Anglais attaquent les Français et font quatorze prisonniers. Le reste se sauve et rentre à Boulogne. Sitôt qu’ils sont revenus de cette poursuite, les vainqueurs se disposent à regagner Ardres en ligne directe par le beau chemin vert, dit de Leulinghe, qui traverse le pays d’Alequine. Ce même jour aussi, Hue de Châtillon ou monseigneur le Maître, comme on a coutume de l’appeler, s’est mis en campagne, de son côté, à la tête de quatre cents lances. Chemin faisant, il est rejoint par le jeune comte de Saint-Pol, Waleran de Luxembourg, qui, revenu depuis quelques jours seulement de ses possessions de Lorraine à Saint-Pol, s’est remis en route pour aller en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne. Hue et Waleran, une fois réunis, ne sachant rien de la chevauchée des Anglais, et les croyant toujours enfermés dans Ardres, vont courir jusque sous les fortifications de cette place et, après avoir fait une démonstration devant les barrières, rebroussent chemin et se dirigent vers Licques et vers Tournehem. P. 182 à 184, 318.

Un Anglais de la garnison d’Ardres sort de cette forteresse et va à la dérobée prévenir le seigneur de Gommegnies, Walter Devereux et Jean de Harleston de la présence des Français dans ces parages. Les trois chevaliers anglais marchent aussitôt à la rencontre de leurs adversaires qu’on leur dit être arrivés entre Licques et Tournehem. Ceux-ci, de leur côté, sitôt qu’ils sont avisés de la marche des Anglais, mettent trois cents lances en embuscade dans un petit bois près de Licques sous les ordres de Hue de Châtillon, tandis que le comte de Saint-Pol continue de s’avancer avec cent lances à la rencontre de l’ennemi. L’avant-garde anglaise ne se compose que d’une quinzaine de lances, et Jean de Harleston, qui commande cette avant-garde, a reçu l’ordre de faire semblant de fuir, aussitôt qu’il se trouvera en présence des Français, et de regagner le plus vite possible la haie derrière laquelle se tient le gros des forces anglaises. La feinte réussit, et l’avant-garde française donne la chasse aux Anglais jusqu’à cette haie où le combat s’engage. Le comte de Saint-Pol et ses gens ne tardent pas à avoir le dessous. Le comte est fait prisonnier[347] par un écuyer du duché de Gueldre ainsi que soixante autres, tant chevaliers qu’écuyers, entre autres les seigneurs de Poix[348], de Clary[349], Guillaume de Nesle, Charles de Châtillon, Lionel d’Airaines, Jean, seigneur de Chepoix[350], Guillaume, châtelain de Beauvais, les frères Henri et Jean des Isles et Gauvinet de Bailleul[351]. P. 184 à 187, 318.

Hue de Châtillon et les trois cents lances, qui se tenaient en embuscade, surviennent au moment où le combat dure encore; mais, au lieu de se porter au secours de leurs compagnons d’armes, le seigneur de Châtillon et ses gens donnent de l’éperon à leurs chevaux et s’éloignent précipitamment du champ de bataille. Embarrassés du grand nombre de prisonniers qu’ils ont faits, les Anglais ne s’acharnent point à la poursuite des fuyards et rentrent le soir même à Ardres. Après souper, Jean, seigneur de Gommegnies, achète le comte de Saint-Pol à l’écuyer qui l’avait fait prisonnier au prix de dix mille francs. Le lendemain, Jean de Harleston retourne à Guines et Walter Devereux à Calais. A la nouvelle de ce succès, Édouard III, roi d’Angleterre, fait venir auprès de lui au château de Windsor, où il se trouve alors, le seigneur de Gommegnies, capitaine d’Ardres, qui amène le comte de Saint-Pol son prisonnier et le donne au monarque anglais. Le roi est bien aise de se faire livrer ce prisonnier pour deux raisons: d’abord, parce qu’il garde rancune au comte Gui de Luxembourg, père de Valeran, de ce qu’il s’était évadé d’Angleterre sans congé et n’avait rien négligé pour rallumer la guerre entre ce pays et la France; ensuite, parce qu’il espère pouvoir échanger le comte de Saint-Pol contre le captal de Buch détenu dans la tour du Temple à Paris. En retour de la cession du comte, le seigneur de Gommegnies reçoit du roi d’Angleterre un présent de vingt mille francs. Le prisonnier est traité avec courtoisie. On le laisse aller et venir dans l’intérieur du château de Windsor, mais il ne peut franchir le seuil de la porte de ce château sans le congé de ses gardiens. De retour à Ardres, le seigneur de Gommegnies gratifie de nouvelles sommes d’argent l’écuyer de Gueldre qui avait pris Valeran de Luxembourg, seigneur de Ligny et comte de Saint-Pol. P. 187 à 192, 319.