Par acte daté de Poitiers le 7 août 1372, le jour même de la reddition, Jean, duc de Berry et d’Auvergne, donna à son bien amé Alain de Taillecol, dit l’Abbé de Malepaye, écuyer d’écurie du roi, «pour services rendus en la présente conqueste du pays de Guyenne», les biens sis au pays de Poitou, qui avaient été confisqués sur Thomelin Hautebourne, Wille Loing et Wille Halle, de la nation d’Angleterre, non obstant que le dit duc eût déjà concédé au dit Alain, à titre de rente viagère, 500 livres de rente annuelle confisquées sur Guichard d’Angle, chevalier, et en toute propriété, 500 livrées de terre à Dompierre en Aunis (auj. Dompierre-sur-Mer, arr. et c. la Rochelle), confisquées sur messire Jean de Luddan, prêtre anglais, ainsi qu’un hôtel sis à la Rochelle pourvu d’un mobilier évalué à 200 livres (Arch. Nat., JJ 104, no 131, fo 61). Par un autre acte daté, comme le précédent, de Poitiers le dimanche 8 août 1372, le même duc de Berry donna à Jean le Page et à Guillaume Regnaut, secrétaires de son très cher et bien amé Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, «pour services rendus en la conqueste des pays de Guyenne, Poitou et Saintonge», certains manoirs et hébergements, estimés valoir 250 livres de rente annuelle, qui avaient appartenu à feu Robert de Grantonne, en son vivant prêtre, receveur de Poitou pour le prince d’Aquitaine et de Galles, ou que le dit feu messire Robert avait achetés au nom de Guillaume Yves son neveu, fils de sa sœur (Ibid., no 33, fo 14). Nous possédons également deux actes de Bertrand du Guesclin, duc de Molina et connétable de France, datés de Poitiers le lundi 9 août 1372, le premier de ces actes portant donation en faveur de Pierre de la Rocherousse, écuyer de Bretagne, de biens sis en la vicomté de Limoges confisqués sur feu Jean et Aimeri de Bonneval, frères, tous les deux morts, et sur Rouffaut de Bonneval, frère de Jean et d’Aimeri, lesquels, après être rentrés sous l’obéissance du roi de France, «pour lors que nous venismes d’Espaigne», avaient embrassé de nouveau le parti anglais (Ibid., no 34, fo 14 vo); le second acte gratifiant un autre écuyer breton, Alain Saisy, seigneur de Mortemart, de tous les biens «que souloit tenir Aimeri de Rochechouart, chevalier, tant en Poitou, Limosin comme en la duchié de Guyenne», biens confisqués à cause de la rébellion du dit Aimeri, partisan du prince de Galles (Ibid., no 38, fo 16). Sans parler de la date de la donation faite à Alain de Taillecol, une autre circonstance qui semble bien indiquer que la reddition de la ville de Poitiers dut avoir lieu le 7 août, c’est que ce fut le lendemain 8 que Jean, duc de Berry, fit partir pour Paris le messager chargé d’en apporter la nouvelle à Charles V: «A Mahiet de Cheri, hussier de sale Monseigneur (le duc de Berry), pour faire ses frais et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par Monseigneur au roy, contenant que la ville de Poitiers s’estoit rendue en l’obeissance de Monseigneur. Yci, par son mandement donné le huitiesme jour du dit moys (août 1372)» (Arch. Nat., KK 251, fo 89 vo).

[120] D. Rui Diaz de Rojas.

[121] Ce détail doit être exact, puisque nous lisons dans le Compte des recettes et dépenses de l’expédition navale des frères Jacques et Morelet de Montmor que les Espagnols prétendirent qu’ils avaient pris part à la capture du captal de Buch, «pour obvier au debat des Espaignolz qui à la prise du dit captal vouloient participer et reclamer droit» (Arch. Nat., J 475, no 1001). D’après l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois, dont le récit paraît émaner d’un témoin oculaire, des Espagnols de la compagnie d’Owen de Galles figurèrent avec honneur parmi les combattants: «Et moult bien se portèrent les Espaingnolz qui en la compaignie de Yvain estoient.» Chronique des quatre premiers Valois, p. 240.

[122] Le bourg jadis fortifié de Soubise (Charente-Inférieure, arr. Marennes, c. Saint-Agnant) est situé sur la rive gauche de la Charente, à peu de distance de l’embouchure de ce fleuve, entre Rochefort et la mer.

[123] Nous possédons aux Archives Nationales le compte détaillé des dépenses de Jacques de Montmor, chevalier, et de Morelet de Montmor, écuyer, frère de Jacques, depuis le 2 juillet jusqu’au 16 décembre 1372: «C’est le compte et parties des sommes de deniers que messire Jacques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, son frère, demandent, requierent et supplient au roy nostre sire estre à eulz paiées et satisfiées et es quelles sommes ilz dient et moustrent le dit seigneur estre tenu à eulz, tant pour cause des gaiges d’eulz et de certaine quantité de gens d’armes, arbalestriers, mariniers et autres, desserviz es guerres du roy nostre dit seigneur, par mer et par terre, comme deniers par eulz pour cellui seigneur frayez, mis, despendus et paiez de leur comptant pour faire en plusieurs manières et pour plusieurs causes le plaisir, service, volonté et commandement du dit seigneur et de son connestable de France, et meesmement par vertu de leurs lettres, c’est assavoir depuis le deuxiesme jour de juillet trois cent soixante et douze, que les dessus diz frères ou l’un d’eulz commencèrent à servir le dit seigneur pour les causes dessus dites, jusques au seiziesme jour de décembre en suivant» (Arch. Nat., J 475, no 1001).

[124] D’après l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois comme d’après Froissart, le gentilhomme auquel se rendit Jean de Grailly, captal de Buch, s’appelait Pierre d’Auvilliers ou d’Auvillers. Il appartenait à une famille plutôt normande que picarde, ainsi du reste que la plupart des hommes d’armes enrôlés dans l’expédition navale d’Owen de Galles, de Jacques et de Morelet de Montmor: «Morelet de Mommor et les Normans, lit-on dans la Chronique des quatre premiers Valois (p. 240), avoient forcloz les Anglois et tenoient le bout d’une rue.» On avait attaqué les Anglais au cri de: Claquin! Notre Dame! Claquin! La chronique que nous venons d’indiquer rapporte textuellement les paroles qui furent échangées entre Jean de Grailly et Pierre d’Auvilliers avant la reddition du captal. Il ne faut pas oublier qu’en sa qualité de comte de Longueville Bertrand du Guesclin était à la tête de la chevalerie normande.

[125] Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, fut pris en effet par un Gallois, mais ce Gallois ne portait pas le nom indiqué par Froissart; il s’appelait en réalité Honvel Flinc. Par acte daté du château du Louvre le 10 janvier 1373 (n. st.), Thomas de Percy, chevalier d’Angleterre, reconnut qu’il était «prisonnier à Honvel Flinc, de Gales, lequel nous avoit pris en la bataille qui a esté ceste presente année où nous sommes (la pièce est datée de 1372 ancien style) devant la ville de Soubise, ou pais de Guienne, en laquelle bataille fut aussi pris par les gens de très noble et très puissant prince Charles, par la grâce de Dieu roy de France, monseigneur Jehan de Gresly, appellé le captal de Buch» (Arch. Nat., J 362, no 2).

[126] D’après une pièce de comptabilité rédigée au lendemain même de l’affaire de Soubise, Jean de Grailly, captal de Buch, et Thomas de Percy, sénéchal de Poitou, auraient été défaits et pris le lundi 23 août 1372: «... Depuis le XXIIe jour d’avril CCCLXXII après Pasques qu’il reçut par monstre les dictes gens à Harefleu jusques au XXIIIe jour d’aoust ensuivant qu’ilz furent arrivez en l’isle d’Oleron et que ce jour le captal de Buch, le seneschal de Poitou et le sire de Mareul (Renaud, seigneur de Mareuil, neveu de Raymond de Mareuil) furent pris et les gens estans en leurs routes desconffiz en la besoingne qui lors fu...» (Arch. Nat., J 475, no 1001). Le surlendemain 25 août, la nouvelle de la prise du captal était parvenue à Poitiers, et le duc de Berry, qui depuis la reddition avait établi sa résidence dans cette ville, donna l’ordre de payer six livres tournois à Simon Champion, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à Paris en le chargeant d’apporter cette nouvelle au roi son frère: «A Symon Champion, chevaucheur monseigneur, pour faire ses fraiz et despens, en alent de Poitiers à Paris porter lettres de par monseigneur au roy contenant que le captal et plusieurs autres capitaines anglois ont esté desconffis.» (Arch. Nat., KK 251, fo 90 vo). Le jeudi 26 août, Philippe, duc de Bourgogne, reçut l’heureuse nouvelle à Chinon, où il donna à cette occasion un grand dîner au comte d’Eu ainsi qu’aux principaux chevaliers du petit corps d’armée qu’il conduisait lui-même en Poitou (Bibl. Nat., Collect. de Bourgogne, t. XXI, fo 8 vo). Le dimanche 29 août, six jours seulement après l’affaire de Soubise, Charles V dépêcha un religieux augustin nommé Frère Jean de Montmor vers Jacques et Morelet, frères du dit Jean, pour les inviter à remettre entre les mains du roi le captal de Buch leur prisonnier. Ce religieux était porteur d’une lettre missive revêtue de la signature du royal expéditeur: Charles, datée du bois de Vincennes et adressée «à noz amez et feaulz Jaques de Monmor, chevalier, et Morelet de Monmor, escuier, frères» (Arch. Nat., J 475, no 1006).

[127] Ce détail est parfaitement exact et prouve que Froissart devait tenir d’un témoin oculaire le récit qu’il nous a transmis de l’affaire de Soubise. En effet, pendant le mois d’août 1372, il y eut nouvelle lune le 3, premier quartier le 9, pleine lune le 16 et dernier quartier le 24 de ce mois. J. P. Escoffier, Calendrier perpétuel, Périgueux, 1880, p. 25 et 351.—L’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois rapporte l’affaire de Soubise à la nuit du samedi 21 au dimanche 22 août: «Et de là alèrent à Soubise, une forte ville, et s’appareillèrent pour l’assaillir, et estoit jour de samedi.... Et lors estoit plus minuyt.» Chron. des quatre premiers Valois, p. 238, 239.—Owen de Galles et les frères de Montmor vinrent attaquer Soubise le samedi 21; mais Jean de Grailly, captal de Buch, capitaine de Saint-Jean-d’Angely, informé immédiatement de l’attaque des Français, n’a pu accourir au secours des assiégés que dans l’après-midi du dimanche 22. Le combat de Soubise a donc dû se livrer, comme le porte la pièce de comptabilité indiquée plus haut, dans la nuit du 22 au 23 août 1372.

[128] Une querelle très vive ayant surgi entre les Français et les Espagnols à l’occasion de la capture de Jean de Grailly, les frères de Montmor firent embarquer le captal de Buch et les autres prisonniers sur une galiote montée par un équipage de 80 mariniers et défendue par 20 arbalétriers et les transportèrent, dès le 23 août, en pleine mer, dans les eaux de l’île d’Oléron, dont les dits frères venaient d’être nommés gouverneurs (Arch. Nat., J 400, no 67).