[129] Angoulême se rendit vers le 8 septembre à Geoffroi de la Roche et à Raymond de Mareuil auxquels l’Anglais Robin Sely livra l’une des tours de la ville (Arch. Nat., JJ 104, no 2). Jean, duc de Berry, emprunta quatre livres tournois à Jacquet d’Ableiges, son secrétaire, le futur compilateur du Grand coutumier, pour en faire cadeau à un habitant d’Angoulême qui avait apporté au duc cette heureuse nouvelle. «A Jaquet d’Ableiges, secretaire de monseigneur (le duc de Berry), qu’il avoit presté à mon dit seigneur pour baillier à un des habitans d’Angoulesme, lequel avoit apporté novelles que les habitans d’icelle ville se rendoient à monseigneur, pour faire ses despens en soy retournant; yci, par quittance du dit secretaire donnée le XXVIIe jour du dit mois (octobre 1372) rendue à court: IIII livres tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo 91). Jean Prevost du Pellegrain, d’Angoulême, receveur de cette ville et du pays d’Angoumois, gardien du château de «Thouré», s’étant efficacement entremis pour faire ouvrir les portes d’Angoulême aux Français, obtint de Charles V des lettres de quittance générale datées de Paris le 27 mars 1374 (Arch. Nat., JJ 105, no 224, fo 125 vo). Deux ordonnances, la première accordant à Angoulême une commune semblable à celle de Saint-Jean-d’Angely (Ordonn., V, 581 et 582), la seconde octroyant des lettres de sauvegarde à l’abbaye de Saint-Cibar, située dans les faubourgs d’Angoulême (Ibid., 591 et 592), sont datées du mois de janvier 1373 et sont postérieures d’environ quatre mois à la reddition de cette ville au roi de France.
[130] Saint-Jean-d’Angely ne se rendit aux Français que le lundi 20 septembre, jour où Jean, duc de Berry, par lettres datées «de nostre ville de Saint Jehan d’Angeli», donna à Jean Ysoré, seigneur de la Varenne, et à Regnaut Chevin, seigneur de Mauzé, chevaliers, les terres confisquées sur Guichard d’Angle, partisan des Anglais, dans les sénéchaussées de Poitou, Saintonge et Angoumois (Arch. Nat., JJ 104, no 331, fo 137). Philippe, duc de Bourgogne, Bertrand du Guesclin, Olivier, seigneur de Clisson, se trouvaient devant cette ville au moment de la reddition. «A monseigneur (le duc de Bourgogne), tant pour faire sa volenté comme pour lui esbattre au jeu des dés, tant au Bourgneuf lez la Rochelle comme à Saint Jehan d’Angely, en la compaignie du seigneur de Clisson, du connestable du Guesclin et autres.» (Arch. de la Côte-d’Or, B 1438, fo 19). Voyez la brochure intitulée Campagne de Philippe le Hardi en 1372, par Ernest Petit, p. 10.
[131] Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Saint-Savinien. Par acte daté de Saintes le 24 septembre 1372, Jean, duc de Berry, donna à Louis Larchevêque, seigneur de Taillebourg, les terres sises depuis le pont de Taillebourg, «ainsi comme le cours de l’ayve de la Charante emporte en alant envers Xaintes», jusqu’à un fossé près de Bussac (Arch. Nat., JJ 104, no 56, fo 26 vo).
[132] Le prélat, qui occupait alors le siège de Saintes, s’appelait Bernard du Sault (Gallia Christiana, II, col. 1078).
[133] Saintes ouvrit ses portes aux Français le vendredi 24 septembre, puisque la donation, faite par Jean, duc de Berry, à Louis Larchevesque, dont nous venons de donner l’analyse, est datée de «nostre ville de Xantes, le XXIIIIe jour de septembre l’an mil trois cens soixante et douze». Le jour même de la reddition, par un autre acte dressé à Saintes à la même date que la donation susdite, Simon Burleigh, chevalier anglais, se reconnut redevable envers Louis, duc de Bourbon, d’une somme de 1000 francs qu’il s’engagea sur la foi de son corps à payer à Tours à la mi-carême suivante (Arch. Nat., P. 13582, no 567; Inventaire des titres de Bourbon, I, 567). Cette somme était peut-être, comme nous l’avons supposé naguères (voyez le tome VII de cette édition, sommaire, p. XCV, note 286note 286 et XCVI), une avance faite par le duc de Bourbon à Simon Burleigh comme à-compte sur la rançon de la duchesse sa mère, tenue prisonnière dans la Tour de Broue (Charente-Inférieure, arr. et c. de Marennes, commune de Saint-Sornin), rançon qui avait été réglée deux mois auparavant par un traité intervenu le 23 juillet 1372, mais en réservant le cas où la dite duchesse serait délivrée «par force d’armes». Or, ce cas que l’on avait ainsi prévu se produisit, comme l’atteste expressément l’auteur de la Chronique des quatre premiers Valois (p. 244). A une date que l’on ne saurait fixer avec une précision absolue, mais certainement entre le 7 août, date de la reddition de Poitiers, et le 22 du même mois, jour où le captal de Buch fut battu et fait prisonnier devant Soubise, Louis, duc de Bourbon, puissamment secondé par Bertrand du Guesclin, réussit à emporter d’assaut la Tour de Broue et délivra ainsi, sans bourse délier, la duchesse douairière sa mère.—Au lendemain même de la reddition de Saintes, dès le samedi 25 septembre au matin, Philippe, duc de Bourgogne, partit de cette ville et s’avança dans la direction de Cognac (E. Petit, Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 11); mais Jean, duc de Berry, prolongea son séjour dans la capitale de la Saintonge au moins jusqu’au mardi 28: «A Pelerin, messaigier de madame (la duchesse de Berry) envoié de Xaintes à Saint Jehan d’Angeli pourter lettres de monseigneur (le duc de Berry) à Ymbaut du Peschin; yci, le dit XXVIIIe jour (de septembre 1372), XX sols tournois.» (Arch. Nat., KK 251, fo 91).
[134] Jean Cot et Philippot Manssel étaient les deux principaux hommes d’armes de la garnison anglaise de la Rochelle. A la date du 12 septembre 1372, après la reddition de cette ville et la prise du château, Cot et Manssel étaient les prisonniers du duc de Berry, qui fit acheter deux roncins pour les monter. «A Naudon de Figac et Geffroy Narron pour deux roussins pris et achatés d’eulx, du commandement monseigneur (le duc de Berry), pour monter Jehan Cot et Philippot Manssel, Anglois, prisonniers de mon dit seigneur (Arch. Nat., KK 251, fo 98).
[135] En 1372, le maire de la Rochelle était non pas Jean Chauderier, mais Pierre de Boudré. Au commencement du mois d’octobre de cette année, «honorable homme et sage sire Pierre de Boudré, maire de la Rochelle», prêta aux frères Jacques et Morelet de Montmor une somme de 969 francs d’or destinée à l’achat d’un certain nombre de chevaux pour amener à Paris le captal de Buch, laquelle somme fut remboursée le 16 novembre suivant à Jean Kaint, facteur du dit maire (Arch. Nat., J 475, no 1002).
[136] Froissart se trompe grossièrement lorsqu’il affirme que les trois ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon s’étaient tenus «moult longuement» sur les marches de l’Auvergne et du Limousin. Le duc de Berry, qui avait fait son entrée à Poitiers dès le 7 août, le jour même de la reddition, attendit dans cette ville, avant de se remettre en campagne, l’arrivée du corps d’armée que lui amenait son frère cadet, Philippe, duc de Bourgogne. Parti de Nevers le mercredi 18 août, celui-ci, après un trajet de dix jours à travers le Berry et la Touraine, n’arriva dans la capitale du Poitou que le samedi 28 au matin, le même jour qu’Olivier, seigneur de Clisson, et que Charles d’Artois, comte d’Eu. Pendant ce temps, Bertrand du Guesclin et Louis, duc de Bourbon, paraissent avoir dirigé les opérations en Saintonge, opérations dont les deux principaux résultats furent la délivrance de la duchesse de Bourbon et la prise du captal de Buch.
[137] Deux-Sèvres, arr. Niort, entre cette ville et Poitiers. On voit par les comptes de Philippe le Hardi, qui sont heureusement parvenus jusqu’à nous, que le duc de Bourgogne partit de Poitiers le 30 août au matin, dîna et gîta le soir à Sanxay, fit halte le 31 à la Mothe-Sainte-Heraye (Deux-Sèvres, arr. Melle) et arriva le mercredi 1er septembre devant le château de Saint-Maixent. Après avoir assisté à la messe dans l’église du lieu à laquelle il fit une offrande, le duc attaqua le château, qui ne fut emporté que le samedi 4 après quatre jours de siège (E. Petit, Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 9). Saint-Maixent possédait une antique abbaye dont les religieux avaient mis beaucoup d’empressement à faire leur soumission. Pour les récompenser, Charles V confirma leurs privilèges par acte en date du 26 novembre 1372 (Ordonn., V, 545, 546); et dans un autre acte octroyé en leur faveur le 27 juillet de l’année suivante pour les placer dans le ressort de Chinon substitué à celui de Loudun, il est fait mention des services signalés rendus à la Couronne de France par Guillaume de Vezençay, qui fut abbé de Saint-Maixent de 1363 à 1380 (Ibid., 625, 626).
[138] On a vu par ce qui précède que, des trois ducs désignés ici par Froissart, le seul qui semble avoir fait un assez long séjour à Poitiers avant la reddition de la Rochelle, à savoir du 7 au 29 août, est Jean, duc de Berry.