[139] «Charles V ordonna qu’il ne seroit fait ni poursuite ni recherche de ceux qui avoient rasé le château aussitôt après l’expulsion des Anglois: ce qui prouve que la démolition de ce château ne fut point un des articles stipulés, comme nos écrivains modernes l’assurent d’après Froissart.» P. Arcère, Hist. de la Rochelle, I, 260.

[140] Les habitants de la Rochelle obtinrent en effet, dans les quatre ou cinq mois qui suivirent la reddition de cette ville, la plupart des avantages énumérés ici par Froissart, à savoir, le 25 novembre 1372, la création ou plutôt le rétablissement de leur hôtel des monnaies (Ordonn., V, 543) et le 8 janvier suivant, la confirmation de tous leurs anciens privilèges et en outre l’octroi de la noblesse aux maire, échevins et conseillers en même temps que la remise des droits de franc fief aux non-nobles (Ibid., 571 à 576).

[141] Par acte daté du mois d’avril 1373, Charles V institua Bernard Gautier, bourgeois de la Rochelle, ouvrier du serment de France au nouvel hôtel des monnaies qu’il venait d’établir dans cette ville, pour le récompenser des services qu’il avait rendus «à aidier à bouter hors de nostre chastel du dit lieu les Anglois» (Arch. Nat., JJ 104, no 156, fo 70).

[142] D’après la Chronique des quatre premiers Valois, plusieurs des hommes d’armes qui avaient l’habitude de combattre sous la bannière personnelle de Bertrand du Guesclin prirent part au combat de Soubise, où l’on attaqua les Anglo-Gascons en poussant le fameux cri de guerre du connétable: «Claquin! Notre Dame! Claquin!» D’un autre côté, Cabaret d’Orville, dans sa Chronique du bon duc Loys de Bourbon, après avoir raconté que Bertrand aida le duc de Bourbon à emporter d’assaut la Tour de Broue où l’on retenait prisonnière la duchesse douairière de Bourbon, mère du duc Louis, ajoute que cette prise de la Tour de Broue précéda immédiatement l’affaire de Soubise: «Quant la Tour de Brou fut rendue, les gens du duc de Bourbon s’en allèrent courre devant Sebise» (édit. Chazaud, 1876, p. 92). La forteresse de Soubise et la Tour de Brou ou de Broue, située à seize kilomètres au sud de Soubise, commandaient le cours inférieur de la Charente et par suite les communications par terre entre la Rochelle et Bordeaux. Une fois maître de ces deux points stratégiques, Bertrand du Guesclin, après avoir assuré ainsi ses derrières, put procéder en toute sécurité à l’investissement de la Rochelle par terre en même temps que la flotte des frères de Montmor, de Jean de Rye, d’Owen de Galles et des Espagnols, ancrée entre les îles de Ré, d’Aix, d’Oléron et le continent, bloquait étroitement cette ville par mer (Ordonn., V, 567). Ce blocus, mis ou du moins resserré et complété après l’occupation de Soubise qui eut lieu le 23 août, dura jusqu’à la reddition de la Rochelle, c’est-à-dire jusqu’au 8 septembre suivant. Ce fut pendant cet intervalle que les Rochellais, s’il en faut croire un de leurs historiens, consentirent à payer au connétable une somme de cinquante mille livres tournois, à la condition qu’on épargnerait leurs maisons et leurs terres (P. Arcère, d’après Barbot, Hist. de la Rochelle, I, 253). Le rôle actif joué par Du Guesclin dans les préliminaires de la reddition de la Rochelle est attesté par plusieurs actes, notamment par une donation datée du 5 septembre 1372, antérieure par conséquent de trois jours à l’entrée des Français dans la capitale de l’Aunis. Cette donation de deux maisons, l’une sise à la Rochelle, l’autre à Dompierre en Aunis, fut faite par Charles V à un Breton nommé Yvon le Corric, qui avait servi le roi «en la compaignie de son amé et feal connestable, pour la bonne diligence qu’il a mis à faire venir et tourner la ville de la Rochelle en nostre obeissance» (Arch. Nat., JJ 103, no 287, fo 136). Par un autre acte délivré à la Rochelle sous son sceau le 8 septembre, précisément le jour où Jean, duc de Berry, prit possession de cette ville au nom du roi de France, Du Guesclin lui-même fit don d’une maison sise dans la rue de la Blatrie à un bourgeois de la Rochelle appelé Jamet du Chesne, originaire de Bretagne, en remuneracion des services faiz par le dit Jamet, en pourchaçant à faire venir et retourner de nouvel la ville de la Rochelle en l’obeissance du roy (JJ 104, no 36, fo 15).

[143] Ces Espagnols, qui depuis l’affaire de Soubise ne cessaient de réclamer le captal de Buch comme leur prisonnier, eurent un jour une rixe sanglante avec un certain nombre d’habitants de la Rochelle «ou temps que nostre dicte ville (de la Rochelle) vint derrenierement en nostre obeissance, lit-on dans une lettre de rémission datée de mai 1373, une très grant noize et tumulte soursist entre les gens du navire d’Espaigne et aucuns des habitans de nostre dicte ville, et y eut de part et d’autre grant quantité de gens armés tant que aussi comme tous les habitans de nostre dicte ville en furent commeuz.» Cette rixe éclata peut-être à l’occasion du transfert à la Rochelle du captal de Buch et des autres prisonniers revendiqués par les Espagnols.

[144] Le 8 septembre, le captal et les autres personnages de marque faits prisonniers à l’affaire de Soubise, que l’on avait gardés jusqu’alors à bord d’un navire ancré en vue de l’île d’Oléron, furent transférés par l’ordre de Du Guesclin à la Rochelle où ils restèrent jusqu’au 6 octobre sous la garde de Morelet de Montmor et de 16 autres hommes d’armes; ensuite, on les interna dans l’abbaye de Saint-Maixent, où ils séjournèrent pendant le reste du mois d’octobre et pendant tout le mois de novembre. Au commencement de décembre, ils prirent place dans le cortège des ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, lorsque ces trois ducs quittèrent le Poitou, en compagnie de Bertrand du Guesclin, pour se diriger vers Paris, où ils arrivèrent le 11 de ce mois (Arch. Nat., J 475, no 1001 à 7). «Ce jour de samedi xie jour de décembre (1372) retournèrent de la conqueste de Poitou, Xantonge et Angoloisme et la Rochelle et entrèrent à Paris noz seigneurs les duz de Berry, Bourgoigne et Bourbon et plusieurs autres barons et seigneurs en leur compaignie et aussi le connestable de France. Et lors Pierret d’Auvillier, escuier, amena le captal de Buch, messire Guillaume (lisez: Thomas) de Percy et le sire de Mareuil et autres prisonniers gascoins et anglois. Le dit Pierret avoit pris en bataille le dit captal, etc.» (Arch. Nat., sect. jud., X 1470, fo 6).

[145] Les ducs de Berry, de Bourgogne, de Bourbon et Bertrand du Guesclin n’arrivaient pas de Poitiers lorsqu’ils mirent le siège devant le château de Benon; ils venaient de prendre possession de la Rochelle.

[146] Le château de Benon (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. Courçon) commandait la route de la Rochelle à Niort par Nuaillé. Les trois ducs et le connétable de France, qui arrivaient de la Rochelle ou plutôt du Bourgneuf près de la Rochelle, où ils s’étaient tenus avec leurs gens d’armes du 5 au 11 septembre, vinrent camper «aux champs devant le chastel de Benoin» dans la journée du dimanche 12. Le château fut pris le mercredi 15 après trois jours de siège (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10). Le duc de Berry a daté de Benon en septembre 1372 (par conséquent du 12 au 15 de ce mois) un acte par lequel il transféra le marché de Bourgneuf en Aunis (Charente-Inférieure, arr. la Rochelle, c. la Jarrie) du dimanche au samedi, en même temps qu’il établit au dit lieu deux foires annuelles fixées au 30 août et à la Sainte-Catherine (25 novembre), à la supplication de Guillaume Arnaud, commandeur de la maison du Bourgneuf de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, «pour consideracion que pour cause des presentes guerres pour la première venue que noz amez et feaulx le connestable de France et le sire de Cliçon, qui ou grant nombre de gens d’armes et autres en leurs compaignies furent ou dit lieu de Bourgneuf, pour lesquelles choses il dit les biens et facultez de la dite maison estre grandement diminués» (Arch. Nat., JJ 104, no 104, fo 37 vo; Ordonn., V, 606).—Le passage que nous avons souligné indique clairement que Bertrand du Guesclin et Olivier, seigneur de Clisson, étaient venus camper au Bourgneuf et avaient commencé le blocus par terre de la Rochelle avant l’arrivée du duc de Bourgogne au même lieu le 5 septembre et des ducs de Berry et de Bourbon qui ne rejoignirent Philippe le Hardi, avec lequel ils dînèrent, que le lendemain 6 (Campagne de Philippe le Hardi, p. 9).

[147] Le prénom de cet homme d’armes est tantôt Guillonet, tantôt Gui, tantôt Guillaume, car il y a des exemples de ces trois formes dans les manuscrits. Le nom même varie et on le trouve écrit ici Pans, là Paus. Comme Froissart donne à ce chef de compagnies le titre d’écuyer du comte de Foix, la forme de Paus, qui semble indiquer que cet aventurier avait pris le nom de la capitale du Béarn, d’où il était sans doute originaire, nous a paru mériter la préférence. Ernauton de Pau ou de Paus, autre chef de Compagnies, devait appartenir à la même famille que Guillonet, quoiqu’il eût embrassé le parti adverse en se mettant au service du duc d’Anjou. Cuvelier désigne comme capitaine de Benon, non point Guillonet de Pau, mais un Anglais nommé Davy:

Cappitain y avoit c’on appeloit Davi.