[154] C’est ici qu’aurait dû trouver place le récit des opérations qui aboutirent à la reddition de Saint-Jean-d’Angely (20 septembre), de Saintes (24 septembre), à une halte devant Cognac (26 septembre), à l’occupation d’Aulnay-de-Saintonge (2 octobre), enfin à une halte devant Niort, du 6 au 8 octobre (Campagne de Philippe le Hardi en 1372, p. 10 et 11). Comme nous l’avons déjà fait remarquer, Froissart ou bien n’a pas connu quelques-unes des opérations que nous venons d’indiquer, ou bien assigne une date inexacte à celles qu’il mentionne, telles que la reddition de Saint-Jean-d’Angely et celle de Saintes, qu’il a racontées avant la soumission de la Rochelle, tandis qu’en réalité elles sont postérieures d’un certain nombre de jours à ce dernier événement.

[155] Le samedi 9 octobre, Philippe, duc de Bourgogne, venant de son campement en vue de Niort, mit le siège devant Fontenay-le-Comte. Le jour même de son arrivée, les habitants de la ville proprement dite capitulèrent, mais le château résista et ne fut enlevé de vive force que le lendemain dimanche (Ibid., p. 11). En l’absence de Jean Harpedenne, sénéchal de Saintonge, châtelain et capitaine de Fontenay-le-Comte, l’homme d’armes anglais qui dirigea surtout la résistance du château s’appelait Henri Abbot. Abbot était marié depuis environ neuf ans à une Française nommée Agnès Forgète, originaire de la Ferté-Milon et veuve d’un habitant de Fontenay nommé Mercereau, dont il avait eu un fils alors âgé de huit ans. Dès la fin de novembre 1372, un mois à peine après la reddition de Fontenay-le-Comte, Agnès se fit délivrer à la chancellerie royale des lettres de rémission et obtint que ses biens dotaux seraient exceptés de la confiscation des meubles et immeubles ayant appartenu à Henri Abbot son second mari. Dans ces lettres de rémission, il est fait mention d’un acte par lequel Jean, duc de Berry, comte de Poitou, «a donné à nostre amé et feal connestable de France la dicte ville et chastellerie de Fontenay, et aussi a donné à ses gens et autres tous les biens, meubles et heritages que tenoient les Anglois et leurs femmes qui demouroient en ycelle ville de Fontenay» (Arch. Nat., JJ 103, no 254, fo 128 vo).

[156] Cet homme d’armes nous est inconnu. Peut-être faut-il lire, au lieu de Renaud «de Lazi», Renaud de Larçay (Indre-et-Loire, arr. et c. Tours) ou Regnault de Lassay. Le 15 octobre 1372, le duc de Berry, qui se trouvait alors aux Herbiers (Vendée, arr. la Roche-sur-Yon), fit donner 20 sous tournois à Symonnet, l’un de ses chevaucheurs, qu’il envoyait à Fontenay-le-Comte porter un message à Jean, comte de Sancerre, l’un de ses conseillers (Arch. Nat., KK 251, fo 91).

[157] Deux-Sèvres, arr. Bressuire.

[158] Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault.

[159] Guillaume VII Larchevêque (voyez Histoire de la ville de Parthenay, par Bélisaire Ledain. Paris, 1858, p. 193).

[160] Regnault de Vivonne, seigneur de Thors, fils de Savari de Vivonne et de Marie Chasteignier, marié à Catherine d’Ancenis. Thors fait partie aujourd’hui de la Charente-Inférieure, arr. Saint-Jean-d’Angely, c. Matha.

[161] Ce seigneur de Roussillon, auquel Froissart donne le prénom de Geoffroi dans son récit de la bataille de Cocherel, est toujours désigné par le chroniqueur comme un chevalier poitevin. Un ancien fief de Roussillon, aujourd’hui hameau d’une centaine d’habitants, fait partie du territoire de la commune de Vaux-en-Couhé (Vienne, arr. Civray, c. Couhé). Roussillon est aussi un hameau de Charmé (Charente, arr. Ruffec, c. Aigre).

[162] Guillaume de «Crupegnac» paraît être une mauvaise leçon pour Guillaume de Rouffignac (Charente-Inférieure, arr. Jonzac, c. Montendre).

[163] Froissart se trompe ici très gravement et a entraîné dans son erreur la plupart des auteurs d’histoires générales ou locales. Ce chroniqueur se trompe sur deux points principaux: 1o La trêve à laquelle il fait ici allusion ne fut pas signée devant Thouars; 2o cette trêve ne devait pas prendre fin le jour Saint-Michel, c’est-à-dire le 29 septembre 1372. Cette dernière erreur a conduit les érudits, qui se sont fourvoyés sur cette question à la suite de Froissart, à assigner une date inexacte à la conclusion de la trêve et partant au siège même de Thouars. Comme la clause la plus importante de cette trêve prévoit l’éventualité d’une armée de secours amenée devant la place assiégée par Édouard III ou par le prince de Galles avant l’expiration fixée par erreur au 29 septembre, trois mois n’étant pas de trop pour informer le roi d’Angleterre et lui donner le temps de réunir des forces suffisantes, de les transporter sur le continent et de les amener au lieu convenu, on en avait conclu qu’un traité portant une stipulation de ce genre n’avait pu être signé que dans le courant du mois de juin précédent; en conséquence, on avait reculé de trois mois la date du siège mis par les Français devant Thouars. En réalité, la convention dont il s’agit fut signée devant Surgères le samedi 18 septembre, la veille même de la reddition de cette place. Aux termes de cet acte qu’il suffira de résumer ici pour en faire comprendre la haute importance, une trêve qui devait durer jusqu’à la Saint-André, c’est-à-dire jusqu’au 30 novembre 1372, était conclue entre Jean, duc de Berry et d’Auvergne, comte de Poitou et de Mâconnais, d’Angoulême et de Saintonge, lieutenant du roi de France ès dits pays, les sujets, soumis et alliés du dit roi, d’une part, deux prélats et un certain nombre de nobles traitant au nom de tous les habitants du Poitou, sujets du roi d’Angleterre, d’autre part. L’article principal de cette convention portait que si, le jour Saint-André ou le 30 novembre suivant, le roi d’Angleterre ou son fils le prince de Galles ne se trouvait pas devant Thouars à la tête de forces assez considérables pour obliger les Français à lever le siège de cette place, les signataires de la convention, leurs sujets, alliés, hoirs et successeurs feraient leur soumission dès le lendemain et rentreraient en l’obéissance du roi de France (Voy. le texte du traité de Surgères, no I de l’Appendice, [p. CLV] à [CLIX]; Grandes Chroniques, éd. P. Paris, VI, 336, 337). «Au jour emprins et accordé vindrent à toute puissance devant Touars, de par le roy de France, les ducs de Berry et de Bourgoigne ses frères, qui la journée se tindrent sur les champs en bataille ordennée et à banieres desploiées jusques au vespres. A laquelle heure vint pardevers nos seigneurs la vicomtesse (Pernelle, vicontesse de Thouars), acompaignée de nobles barons et dames, qui en l’obeissance du roy et d’eulx mist sa seigneurie. Et au giste vint avec eulx à Lodun, auquel lieu elle fist hommage lige de sa viconté, avec serement de loyauté au duc de Berri duquel est tenue la dicte viconté à cause de sa conté de Poitou. Et ainsi fut la conté acquise sur les Anglois par leur orgueil et desloyauté.» (Chron. publiée par Secousse, Recueil de pièces sur Charles II, roy de Navarre, p. 651.)