[403] Le pape Grégoire XI partit d’Avignon le samedi 20 septembre 1376, laissant pour vicaires dans le Comtat les cardinaux de Sainte-Sabine et de Saint-Vital. Il se rendit à Marseille où il s’embarqua le jeudi 2 octobre. Débarqué à Corvetto le vendredi 5 décembre, il en partit le 16 du mois suivant, arriva le même jour à Ostie et fit son entrée à Rome le samedi 17 janvier 1377, jour de la fête Saint-Antoine (Thalamus parvus, p. 395). Le rédacteur de la chronique romane de Montpellier, d’après laquelle nous venons de résumer les principaux incidents du retour de Grégoire XI dans les États romains, a noté avec soin cette coïncidence de l’entrée du pape à Rome avec la fête de Saint-Antoine, parce que ce saint passait au moyen âge et passe encore aujourd’hui, du moins dans l’opinion de quelques dévots, pour faire retrouver les objets perdus.

[404] Froissart n’a pu écrire cette phrase et n’a rédigé sans doute la fin de son premier livre, où on la trouve, que plusieurs années après 1377, au moment des premiers grands troubles occasionnés par le schisme d’Avignon.

[405] Le 20 janvier 1377 (n. st.), Charles V avait chargé Richard Frogier de se rendre du port de Harfleur en Castille, où le dit Frogier avait mission de remettre à leurs destinataires trois paires de lettres closes, les unes adressées au roi d’Espagne, les autres à l’évêque de Léon, les troisièmes enfin à D. Pierre de Valesque (D. Pero Ferrandez de Velasco), grand chambellan de Castille. Étienne du Moustier, huissier d’armes du roi, vice-amiral de la mer, fit payer une somme de 70 francs à cet envoyé du roi (Bibl. Nat., Quittances, XXII, no 1847).

[406] Dès la première quinzaine de mars 1377, le Conseil du roi d’Angleterre avait prescrit des mesures pour la mise en état de défense de l’île de Wight (Rymer, III, 1073) et de la principauté de Galles (Ibid., 1075). Le 16 de ce mois, il fut enjoint à tous les vicomtes des régions maritimes du royaume d’obliger tous les possesseurs de fiefs situés sur le rivage de la mer à résider en armes sur ces fiefs à la tête de tous leurs gens et de leurs vassaux également armés, afin d’être prêts à repousser les Français qui faisaient alors des rassemblements formidables d’hommes, de munitions et de vaisseaux pour opérer à bref délai des descentes en Angleterre, pour anéantir et extirper la race anglaise tout entière: «regnum nostrum et totam linguam anglicanam destruere et delere» (Ibid.). Le 14 mai, on adressa la même injonction aux abbés, aux prieurs, aux châtelains des environs de Darmouth et de Plymouth auxquels on prescrivit de se tenir sur leurs gardes et que l’on somma de se préparer à la résistance (Ibid., 1078). Le 30 de ce même mois, quelques semaines avant la mort d’Édouard III, on prit toutes les dispositions pour mettre l’île de Wight, que l’on supposait particulièrement menacée, à l’abri d’un coup de main (Ibid., 1079).

[407] Froissart et le rédacteur des Grandes Chroniques (VI, 348) fixent par erreur la mort d’Édouard III à la veille de la Saint-Jean, c’est-à-dire au mardi 23 juin 1377. En réalité, ce prince rendit le dernier soupir au manoir de Sheen le dimanche 21 juin, dans la soirée, comme on le voit par un article du compte de Richard de Beverley, gardien de la garderobe du roi d’Angleterre, où on lit ces mots: «a vigesimo quinto die novembris, anno regis Edwardi tertii, avi regis hujus Ricardi, quinquagesimo finiente.... usque ad vigesimum primum diem junii proxime sequentem quo pie idem avus obiit» (Fragment de compte signalé par M. Joseph Stevenson et publié par M. Kervyn de Lettenhove dans Œuvres de Froissart, VIII, 423). C’est également la date donnée par Thomas Walsingham (Hist. anglicana, p. 329) et par un acte authentique dont Rymer a publié le texte (III, pars III et IV, p. 60).

[408] Après une messe de Requiem célébrée à l’église cathédrale de Saint-Paul de Londres, le 4 juillet, en présence de Simon Sudbury, archevêque de Canterbury, et d’Edmond, comte de Cambridge, les restes mortels d’Édouard III, embaumés par Robert Chaundeler, bourgeois de Londres, auquel on paya 21 livres pour cette opération, furent inhumés le lendemain 5 dans l’église abbatiale de Saint-Pierre de Westminster. Au-dessus du catafalque, le roi défunt était représenté en cire, de grandeur naturelle, avec un sceptre, un globe et un crucifix d’argent doré. Étienne Hadle, l’artiste qui avait façonné cette image, reçut 22 livres 4 sous 11 deniers pour son travail. Lorsque l’on transporta le cercueil de Sheen à Westminster, 1700 torches pour la confection desquelles on avait employé 7511 livres de cire et qui étaient portées par un égal nombre de pauvres mendiants vêtus de noir, 15 grands cierges et 12 mortiers allumés éclairaient sur tout le parcours la marche du cortège funèbre; et le jour de l’inhumation, trois cents grosses torches, du poids de 1800 livres, brûlèrent pendant toute la durée de la cérémonie autour du sarcophage, protégé par une espèce de grille en forme de herse qui avait coûté 59 livres 16 sous 8 deniers. En résumé, un devis dressé à Westminster le 28 juin 1377, fixa les frais des funérailles d’Édouard III à la somme, considérable pour le temps, de 1447 livres.

[409] En 1377, la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui se célèbre le 29 juin, tomba un lundi. Par conséquent, d’après Froissart, la descente à Rye aurait eu lieu le dimanche 28 juin. D’après Thomas Walsingham (Ypodigma Neustriæ, ed. Riley, London, 1876, p. 327) et d’après la chronique du religieux de Saint-Albans (Chronicon Angliæ (1328-1388), ed. Edward Maunde Thompson, London, 1874, p. 151), cette descente des Français se fit le jour même de la fête Saint-Pierre et Saint-Paul, c’est-à-dire le lundi 29 juin, au point du jour, «in festo apostolorum Petri et Pauli, in aurora». La flotte française se composait, d’après le religieux de Saint-Albans, de 50 navires grands et petits montés par 5000 hommes. Ce religieux flétrit la lâcheté des paysans des environs de Rye qui s’étaient enfermés dans cette ville avec leurs biens meubles et qui, malgré l’intérêt personnel qu’ils y avaient, ne surent défendre contre l’attaque de l’ennemi ni la place où ils s’étaient réfugiés ni les richesses entassées derrière ses remparts. Comme la trêve avec l’Angleterre expira le 24 juin 1377, la flotte française ancrée à Harfleur dut mettre à la voile et cingler vers les côtes d’Angleterre ce jour-là même. Composée selon toute apparence d’une cinquantaine de galées, 35 appartenant au roi de France (Grandes Chroniques, VI, 347), 8 au roi de Castille et 5 au roi de Portugal, cette flotte était commandée par les deux amiraux de France et de Castille, Jean de Vienne et D. Ferrand Sanchez de Tomar, ayant sous leurs ordres le Génois Renier Grimaldi et un certain nombre d’hommes d’armes picards et normands, tels que Colard, seigneur de Torcy (Seine-Inférieure, arr. Dieppe, c. Longueville), Jean, seigneur de la Ferté (la Ferté-Fresnel, Orne, arr. Argentan), maréchal de Normandie, Guillaume dit le Châtelain de Beauvais, Guillaume et Jean le Bigot; il y faut joindre un chevalier du comté de Bourgogne, compatriote et compagnon d’armes habituel de Jean de Vienne, Jean de Rye (Jura, arr. Dôle, c. Chaumergy), dont un érudit contemporain, originaire lui aussi de Franche-Comté, M. le marquis Terrier de Loray, a défiguré le nom en l’appelant Jean de Roye (Jean de Vienne, amiral de France, Paris, 1878, p. 105). Après la prise de Rye par les Français, une altercation très violente surgit entre l’amiral Jean de Vienne, qui donna l’ordre de mettre le feu à cette place, et le seigneur de Torcy, qui aurait voulu que l’on essayât de s’y maintenir et d’y tenir garnison pour le roi de France (Chronique des quatre premiers Valois, p. 263). Les pièces relatives à l’armement de la flotte qui fit campagne en juillet 1377 ont été publiées par M. de Loray (Jean de Vienne, p. XXII à XXXI).

[410] Rye est une petite ville, non du comté d’Essex vers les marches du comté de Kent, comme on le lit dans Froissart, mais du comté de Sussex, l’un des Cinq Ports, à 13 kil. au N.-E. de Winchelsea, à l’embouchure d’une petite rivière appelée la Rother. La plupart des habitants de Rye sont, de nos jours comme au temps de Froissart, des mariniers qui se livrent surtout à la pêche du hareng.

[411] Le couronnement de Richard II à Westminster n’eut pas lieu le 8, comme le dit Froissart, mais le jeudi 16 juillet. Thomas Walsingham a raconté avec le plus grand détail le cérémonial qui fut déployé à cette occasion (Historia anglicana, p. 332 à 338).

[412] Thomas de Woodstock, sixième fils d’Édouard III et de Philippa de Hainaut; il devint plus tard duc de Gloucester. En 1377, il était après Jean de Gand, duc de Lancastre, et Edmond, comte de Cambridge, plus tard duc d’York, le troisième par ordre de primogéniture des oncles survivants de Richard II. Celui-ci assigna en outre au plus jeune de ses oncles une rente annuelle de mille marcs sur le trésor royal. Jean, duc de Lancastre, avait le titre de sénéchal, Thomas, comte de Buckingham, celui de connétable, Henri Percy, comte de Northumberland, celui de maréchal d’Angleterre. Thomas avait été institué connétable le 22 juin le lendemain même de la mort d’Édouard III.