—O Félicité, criaient les compagnons d’Ulysse. Aucun de nos maîtres ne fut jamais si généreux! Vous rappelez-vous le mois que nous fûmes les images des Ciconiens, et nous n’avions que du pain et de l’eau? Ou la semaine où nous étions les images des filles de Mélados, et elles nous voulaient tous les matins rasés de frais!
Le Cyclope enfin n’y tint plus...
—O Étranger, supplia-t-il, délivre-moi!
—Délivre-nous, Cyclope, répondit Ulysse, et tu es libre.
—Jamais, cria Polyphème! Ou bien vous restez mes images, je vous soigne et vous garde. Ou vous ne l’êtes plus et je vous dévore.
—A ton aise, dit Ulysse. Camarades, chantez au Cyclope l’hymne appelé:
Aspect lamentable de la vie du Cyclope.
Ils se levèrent et chantèrent l’hymne effarant:
Ainsi que l’oiseau égaré dans un nuage, je ne sais plus où est le ciel, où est la terre, où sont les flots. Du cœur de Galatée, me séparent le vide, l’infini et le néant. Des yeux de Galatée me séparent l’éther, les prismes trompeurs, l’espace que rien ne comble. De la pensée de Galatée me séparent l’éternité, l’inconnu, et le brouillard principe. Les trois mains du temps le présent, le passé et l’avenir, jouent à la main chaude avec la main de Galatée. Des lèvres de Gala...
—Arrêtez! Arrêtez! cria le Cyclope. Je jure de ne pas vous tuer, mais au moins donnez-moi un remède!