—C’est selon, répartit le divin Ulysse (qui n’était point divin, comme on le sait, en ce que toujours il succombait au désir de placer une de ses épigrammes)... Le vers, je te l’ai expliqué, agit sur les muscles et les force à sourire. Tu as vu sourire une femme, Cyclope?

—J’ai vu les cheveux frisés que Galatée coupe droits sur son front soulevés tout d’un coup par la brise. Son visage restait sévère, mais ainsi sourit par sa frange la mer cruelle.

—Le verset, poursuivit Ulysse, gonflant leur cœur, les fait pleurer. As-tu vu pleurer des femmes, Cyclope?

—J’ai vu l’averse sur le visage de Galatée. Elle souriait. Mais de grosses gouttes coulaient sur ses joues.

—Mais l’épigramme, acheva Ulysse, les jette pantelantes à tes pieds. Camarades, chantez au Cyclope l’épigramme que fit Pâris pour Hélène, fille de Léda.

Il dit et les matelots chantèrent:

On dit, femme d’Agamemnon,
Qu’en amour, faux est ton renom
Et que, fasse qu’on ne le croie,
Tu ne sais aller jusqu’à Troie...

—Et que répondit Hélène? demanda le Cyclope exultant...

—Camarades, ordonna Ulysse, dites au Cyclope ce que répondit Hélène. Il est discret; nul ne le saura. Je sais que d’abord elle rougit...

—J’ai vu rougir des femmes! hurla le Cyclope. J’ai vu Galatée endormie et le soleil levant sur ses joues... La seule qui rougisse en dormant!