—Tu dis?

—Je dis que tu mens, tu ne lui as pas écrit.

Il rabaisse les yeux sur ses bottines avec un air de suprême dédain. C’est un Choiseul-Gouffier, par les femmes.

—A ton aise, fait-il. Je ne lui ai pas écrit. J’ai écrit au pape.

Il n’en sera pas quitte ainsi.

—Pourquoi mens-tu toujours, Etienne? Pourquoi mens-tu avec cette obstination... Pose ce vase en attendant. Il faut que tu touches toujours à quelque objet et que tu le casses. J’aime voir mes affaires en place.

—Maniaque!

Il ne se doute pas de ce qui se prépare.

—Je te demande pourquoi tu mens? Pourquoi racontes-tu que Madame de Saint-Pourçain divorce à cause de toi, alors que son mari la battait? Pourquoi m’annonces-tu avec solennité que tu viendras prendre demain le thé chez moi avec Fabienne et me laisses-tu acheter mes gâteaux? Tu ne lui en as jamais parlé. Je viens de la rencontrer, elle n’est pas libre. Pourquoi recules-tu devant tes rendez-vous, comme devant les trains à prendre, comme devant toutes les obligations? Un jour, nous en aurons tous assez.

Il saisit un journal et le froisse violemment. Son geste était sans doute naturel, mais il ne parut point l’être. J’ai déjà remarqué qu’Etienne n’était pas à l’aise dans toute circonstance et dans tout état d’esprit qui exclue la plaisanterie. Il ne sait pas être triste; il ne sait pas être sérieux; avec un savant, il est gêné comme un enfant; avec un savant en deuil, il ne saurait où se réfugier: il ne sait pas se mettre en colère.