[9] Mansi. Conciliorum amplissima Collectio, XXIII, p. 191-198.
Tel fut le premier règlement de l’Inquisition pour le Midi de la France ; plusieurs autres vinrent les préciser et les compléter. Comme il s’y était engagé, Raymond VII leur donna force de loi dans ses terres par une ordonnance du 18 février 1232 qui répétait mot à mot le règlement : le pape Grégoire IX confirma l’acte de son légat et félicita le comte du zèle avec lequel il le faisait observer.
Bientôt une bulle pontificale apporta une nouvelle assise à l’institution de l’Inquisition en lui fournissant un personnel stable investi de l’autorité papale. Le 20 avril 1233, Grégoire IX donnait mandat au provincial des Frères Prêcheurs de Provence, de désigner les religieux qui feraient, dans le Midi, une praedicatio generalis contre l’hérésie et auxquels serait confiée l’« affaire de la foi ».
Cette bulle ne donnait pas précisément aux dominicains le monopole de l’Inquisition, puisque les évêques conservaient toujours le pouvoir de l’exercer en vertu de leurs pouvoirs ordinaires ; mais en leur confiant d’une manière spéciale « l’affaire de la foi », Grégoire IX ouvrait la voie au rôle considérable que les Prêcheurs ont joué dans l’Inquisition dont la conduite générale par-dessus les évêques leur était confiée ; et voilà pourquoi l’un des plus célèbres inquisiteurs dominicains, Bernard Gui, voyait dans cette lettre le premier titre de son ordre à exercer l’Inquisition « in partibus Tolosanis, Albigensibus et Carcassonensibus atque Agennensibus. »
Presque en même temps, Grégoire IX associa l’ordre des Mineurs à celui des Prêcheurs dans cette affaire de la foi, non seulement dans le Midi de la France, mais dans la chrétienté tout entière. Le premier franciscain qui exerça l’Inquisition semble avoir été le frère Étienne de Saint-Thibéry de 1235 à 1242 et, d’après Frédéricq, la première bulle attribuant le pouvoir inquisitorial à l’ensemble de l’ordre de saint François fut celle d’Innocent IV du 13 janvier 1246.
Réunis en conciles provinciaux, les évêques précisèrent la procédure des tribunaux inquisitoriaux, et leur jurisprudence. En 1235, par exemple, celui de Narbonne exigea qu’une condamnation ne fût portée que sur un aveu formel de l’accusé ou sur des preuves décisives ; car il valait mieux, disaient les prélats, relâcher un coupable que condamner un innocent. A Béziers, en 1246, les évêques de la province de Narbonne, réunis sous la présidence de leur métropolitain Guillaume de la Broue, rédigèrent 37 articles sur la procédure : « qualiter sit in inquisitione procedendum contra haereticos. » Il en fut de même de plusieurs autres conciles qui se tinrent, au XIIIe et au XIVe siècle, en France, en Espagne et en d’autres pays du monde chrétien.
Enfin, les inquisiteurs eux-mêmes voulurent faire profiter leurs auxiliaires et leurs successeurs de leur expérience, et dans des manuels pratiques ou Directoires, ils précisèrent comment il fallait réprimer l’hérésie en rappelant la législation, la jurisprudence et aussi les moyens empiriques qui leur avaient réussi à eux-mêmes pour découvrir les hérétiques et obtenir leurs aveux. L’un des plus anciens de ces Manuels fut rédigé entre 1244 et 1254 par quatre dominicains qui, pendant ces dix ans, exercèrent les fonctions d’inquisiteurs en Languedoc, Guillaume Raymond, Pierre Durand, Bernard de Caux et Jean de Saint-Pierre. « Il contient des formules de lettres de citations collectives ou individuelles, d’abjuration avant l’interrogatoire, de réconciliation et de pénitence pour les convertis, de sentences livrant l’hérétique au bras séculier, de sentences posthumes contre ceux qui étaient morts dans l’hérésie. Le tout se termine par un avertissement sur la nature de preuves admises et la conduite à tenir par les juges qui entendent ne s’écarter en rien de la ligne tracée par les constitutions apostoliques[10]. »
[10] Douais. L’Inquisition dans le Midi de la France, p. CCXXXIV.
En Aragon, un travail du même genre fut préparé dans une conférence que présida à Barcelone, l’archevêque Pierre de Albalat, archevêque de Tarragone, et rédigé par le dominicain Saint Raymond de Pennafort, pénitencier du pape Grégoire IX et l’un des canonistes qui codifièrent les Décrétales.
Le plus connu de ces Manuels est la Practica Inquisitionis haereticae pravitatis que rédigea, dans le premier quart du XIVe siècle, Bernard Gui. Né dans le Limousin, à Royère, vers 1261, ce religieux avait fait profession dans l’ordre des Prêcheurs le 16 septembre 1280 et exercé les fonctions inquisitoriales dans le Toulousain à partir du 16 janvier 1307. Chargé de missions en Italie et en Flandre par la confiance de Jean XXII, évêque de Tuy en Galice en 1323, il demeura inquisiteur jusqu’en 1324. Transféré alors sur le siège de Lodève, il mourut au château de Lauroux le 30 décembre 1331.