M. l’abbé Mollat qui vient d’éditer, après Mgr Douais, la Practica de Bernard Gui, la décrit ainsi : « Elle est divisée en cinq parties. La première contient 38 formules ayant trait à la citation et à la capture des hérétiques ainsi qu’à la comparution de toutes personnes pouvant intervenir, à quelque titre que ce soit, dans un procès inquisitorial.
« Dans la seconde partie, figurent 56 actes de grâce ou de commutation de peine faits au cours et en dehors des sermons généraux prononcés par les inquisiteurs.
« La troisième partie renferme 47 formules de sentences rendues à l’occasion ou en dehors de ces mêmes sermons.
« La quatrième consiste en une « courte et utile instruction » concernant les pouvoirs des inquisiteurs, leur excellence, leur étendue, leur exercice, leurs fondements. Ce petit traité a été conçu sur le modèle des écrits scolastiques et juridiques du temps, c’est-à-dire qu’il est hérissé de divisions et de subdivisions et que le texte est noyé dans une masse d’extraits d’édits impériaux, de consultations de juristes, de constitutions apostoliques passées ou non dans le Corpus juris canonici.
« La cinquième partie constitue la pièce maîtresse de l’œuvre de Bernard Gui. Elle est intitulée « Méthode, art et procédés à employer pour la recherche et l’interrogatoire des hérétiques, des Croyants et de leurs complices ». On y retrouve un exposé méthodique des doctrines et des rites en honneur chez les Cathares, les Vaudois, les Pseudo-Apôtres, les Béguins et les Béguines ainsi que des exemples d’interrogatoires. L’auteur ne consacre que quelques pages aux Juifs convertis qui retournaient au judaïsme, aux sorciers, aux invocateurs des démons, aux devins. Il donne aussi le texte d’actes de procédure relatifs à ces diverses sortes d’hérétiques. »
Quelques années après Bernard Gui, un nouveau Manuel de l’Inquisition fut écrit par un autre inquisiteur dominicain Nicolas Eymeric. Né en 1320, il était entré à l’âge quatorze ans dans l’ordre des Prêcheurs ; en 1357, il avait succédé comme inquisiteur général d’Aragon à Nicolas Rossel créé cardinal par le pape Innocent VI. Son épitaphe dit qu’il fut « inquisiteur intrépide » et défendit la foi pendant quarante ans. Lorsque, poursuivi par la haine qu’avaient accumulée contre lui ses rigueurs, il se fut retiré à Avignon auprès de Grégoire XI et de Clément VII, il lutta encore contre les hérétiques par ses écrits en montrant comment il fallait les poursuivre. Il composa ainsi deux traités l’un sur « l’action de l’Église et des inquisiteurs contre les infidèles invoquant les démons », l’autre sur « l’action des inquisiteurs contre les infidèles en opposition avec notre sainte foi », enfin le Directorium inquisitorum qui fut composé en 1376.
« Non seulement il provient d’un praticien aussi expérimenté que Bernard Gui, mais écrit à la cour pontificale, dans l’intimité du pape Grégoire XI, dont Eymeric était le chapelain, il semble avoir un caractère encore plus officiel. Il est aussi le plus méthodique et le mieux composé des ouvrages de ce genre. Il comprend trois parties. La première donne un exposé large de la foi catholique et prépare la seconde qui fournit un rapide aperçu des hérésies et spécifie les délits relevant de l’Inquisition. Dans la troisième, sont développées des instructions très précises sur l’office des inquisiteurs, sur les règles de la procédure et la pénalité. Une connaissance profonde du droit éclate dans cette œuvre ; c’est un avantage dont elle jouit sur toute autre[11]. »
[11] Douais. Les sources de l’histoire de l’Inquisition dans le Midi de la France, p. 75.
Nous saisissons enfin sur le vif le fonctionnement des tribunaux de l’Inquisition dans les Actes de l’Inquisition, qui nous donnent, pour un grand nombre de procès, les procès-verbaux officiels des interrogatoires des accusés et des témoins. Dans la préface de sa publication des Documents pour servir à l’histoire de l’Inquisition dans le Midi de la France, Mgr Douais a dressé la liste des Actes concernant cette région qui nous restent du XIIIe siècle, avec l’indication des manuscrits qui nous en donnent l’original ou la copie.
Grâce à l’ensemble de ces documents nous pouvons reconstituer un procès type d’Inquisition.