Les pèlerinages majeurs étaient hors de France ; c’étaient ceux de Rome, de Saint-Jacques de Compostelle en Galice, de Saint-Thomas de Cantorbéry en Angleterre, des Trois Rois Mages à Cologne.
Les pèlerinages mineurs dont la liste est intéressante parce qu’elle nous montre les sanctuaires les plus vénérés du Moyen-Age, dans la France méridionale, étaient Notre-Dame de Rocamadour, Notre-Dame du Puy, Notre-Dame de Vauvert, Notre-Dame de Sérignan, Notre-Dame des Tables à Montpellier, Saint-Guilhem du Désert, Saint-Gilles, Saint-Pierre de Montmajour, Sainte-Marthe de Tarascon, Sainte-Marie-Madeleine de la Sainte-Baume, Saint-Antoine du Viennois, Saint-Martial de Limoges, Saint-Léonard en Limousin, Saint-Seurin de Bordeaux, Notre-Dame de Souillac, Sainte-Foi de Conques, Saint-Paul-Serge de Narbonne, Saint-Vincent de Castres, auxquels s’ajoutaient des pèlerinages à des sanctuaires devenus nationaux : Notre-Dame de Chartres, Notre-Dame de Paris, Saint-Denis en France.
Les pénitents devaient partir pour ces pèlerinages dans un délai fixé par leurs lettres d’absolution, lesquelles leur servaient de sauf-conduits. A leur retour, ils devaient remettre aux inquisiteurs des certificats délivrés au lieu de leur pèlerinage et constatant qu’ils avaient rempli toutes les obligations de leur pieux voyage.
Quelquefois, à ces œuvres de piété s’ajoutaient des pratiques humiliantes. Ils devaient, par exemple, se présenter dans les églises devant une assistance souvent nombreuse dans une tenue de pénitence, en « cotte hardie » de tissu grossier, sans chapeau ou chaperon, nu-pieds, en simples chausses, un cierge à la main. Parfois aussi, ils étaient soumis à la fustigation après avoir présenté eux-mêmes les verges, et l’ayant reçue du prêtre officiant, ils déclaraient publiquement l’avoir méritée.
L’humiliation était plus grave encore parce que plus durable, lorsque l’on imposait à l’hérétique pénitent de porter sur ses vêtements des signes distinctifs, rappelant sa condamnation. C’étaient le plus souvent des croix en nombre variable. Elles étaient très visibles, tranchant par leur couleur rouge ou jaune sur le vêtement sombre. On en portait parfois deux, l’une devant, l’autre derrière, ou toutes deux sur la poitrine. Aux hérétiques Parfaits à qui on avait épargné la prison perpétuelle on ajoutait une troisième croix sur le chapeau ou sur le voile de la femme. On imposait aussi aux pénitents des vêtements de formes et de couleurs spéciales, une mante noire, un capuce orné de croix, enfin quelquefois un chapeau en forme de mitre : Jeanne d’Arc en portait une en allant au bûcher.
Il est curieux de constater que ces pénitences variées que nous décrivent les actes de l’Inquisition du XIIIe siècle et les Manuels du XIVe, Saint Dominique les employa, à la fois, comme délégué d’Arnaud de Citeaux, légat du Saint-Siège. Vers 1208, il donna l’absolution à un hérétique de Tréville, près Castelnaudary, Pons Roger. Il lui imposa la pénitence de la flagellation, « ut tribus dominicis aut festivis diebus ducatur a sacerdote, nudus in femoralibus, ab ingressu villae usque ad ecclesiam verberando » ; l’abstinence perpétuelle, sauf aux fêtes de Pâques, Pentecôte et Noël où il devait manger de la viande pour montrer qu’il n’était pas hérétique, « ut a carnibus, ovis et caseis seu omnibus que sementinam trahunt carnis originem, abstineat omni tempore, excepto die Paschae, die Pentecostes et die Natalis Domini in quibus, ad abnegationem erroris pristini, precipimus ut eis vescatur » ; le jeûne pendant trois Carêmes en un an, « tres quadragesimas faciat in anno, piscibus abstinens, et jejunet » ; mêmes abstinences et jeûne sans vin trois jours par semaine ; port de deux croix cousues sur des vêtements, rappelant par la forme et la couleur ceux des religieux, « religiosis vestibus induatur tum in forma, tum etiam in colore, quibus in directo utriusque papillae singulae cruces parvulae sint assutae » ; messe tous les jours ; messe et vêpres le dimanche, et partout où il serait ; récitation des prières répondant à l’office de nuit et de jour soit sept fois par jour, dix Pater, et à minuit vingt Pater. Tous les mois, Pons Roger devait montrer à son curé ces lettres de réconciliation et de pénitence, et le curé devait surveiller l’accomplissement de tous ces actes[22].
[22] Balme. Cartulaire de Saint Dominique, t. I, pp. 187 et suiv.
Ainsi les conciles de Toulouse et de Béziers et les bulles pontificales réglementant les pénitences du Saint-Office, ne faisaient que s’inspirer de pratiques plus anciennes.
Des condamnations plus sévères frappaient le coupable dans ses biens. On lui imposait des amendes, en ayant soin de ne pas les faire tourner en extorsions d’argent, mais de les assigner à des œuvres religieuses ou à des entreprises d’utilité publique. Les inquisiteurs Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry imposèrent à l’hérétique repenti Pons Grimoardi l’entretien d’un pauvre toute l’année et le paiement de 10 livres.
Nous avons vu plus haut qu’avant l’organisation de l’Inquisition, plusieurs bulles pontificales et des ordonnances de rois et d’empereurs avaient ordonné la confiscation des biens et des seigneuries des hérétiques. Cette peine fut largement appliquée dans le Midi ; les biens des hérétiques ou encours furent mis sous séquestre par l’autorité royale, parfois donnés aux seigneurs du Nord qui avaient pris part à la Croisade, et rarement rendus à leurs anciens possesseurs ou à leurs descendants. C’est ainsi que la Croisade des Albigeois fit passer à des seigneurs du Nord un grand nombre de terres enlevées à des seigneurs du Midi. Ce ne fut pas seulement contre des seigneurs mais aussi contre des personnes de toute condition que l’Inquisition prononça ces sentences de confiscation.