[24] Douais. Documents sur l’Inquisition, t. II, p. 132, no 29.
Une permission du même genre était donnée, pour cinq semaines, à Guillaume Sabatier de Capendu, à l’occasion de la Pentecôte. Raymond Volguier de Villar-en-Val qui avait eu un congé expirant le 20 mai 1251, le faisait proroger jusqu’au 27. Pagane, veuve de Pons Arnaud de Preixan, fut ainsi en vacances du 15 janvier au 15 avril 1251.
Les congés pour cause de maladie étaient fréquents. L’Inquisition mettait en liberté provisoire les détenus dont les soins étaient utiles à leurs parents et à leurs enfants. C’est ce qu’avaient décidé, en 1244, l’archevêque de Narbonne et ses suffragants d’Elne, Maguelonne, Lodève, Agde, Nîmes, Béziers, l’évêque d’Albi et les abbés de Saint-Gilles, de Saint-Aphrodise de Béziers et de Saint Benoît d’Agde.
Même les inquisiteurs fort sévères, tels que Bernard de Caux, accordaient ces permissions. En 1246, après avoir condamné à la prison perpétuelle un hérétique relaps, Bernard Sabatier, il lui permettait de demeurer auprès de son père, vieux et malade, pour le soigner jusqu’à sa mort, parce que le père du coupable était un bon catholique.
Les détenus malades obtenaient souvent la permission d’aller se faire soigner chez eux. Le 16 avril 1250, Bernard Raymond Clerc, de Conques, quittait sa cellule de Carcassonne, propter infirmitatem. Le 9 août suivant, même permission était donnée à Bernard Mourgues, de Villar-en-Razès, à condition qu’il rentrerait en prison huit jours après sa guérison. Le 17 août suivant, Raine, femme d’Adalbert de Couffoulens, était autorisée à demeurer hors de sa prison, « quousque convaluerit de egretudine sua. » Même permission était donnée, le 5 août 1253, à P. Bonnafous de Canecaude ; le 17 août, à Guillelme Gafière de Villemoustaussou ; le 2 septembre, à P.-G. de Caillavel, de Montréal ; le 15 novembre 1256, à Guillaume, clerc de Labastide ; Esparbairenque ; le 9 septembre, à Ber. Guilabert. Le 18 novembre, c’est une certaine Rixende, femme de Guillem Hualguier, qui obtenait de sortir pour faire ses couches et de ne rentrer qu’un mois après qu’elles auraient eu lieu.
La répétition de ces cas à des intervalles si courts, et parfois le même jour, prouve que nous sommes en présence, non de faits exceptionnels, mais de pratiques fréquentes au XIIIe siècle.
En 1317, le franciscain Bernard Délicieux s’était mis à la tête du mouvement des spirituels à Narbonne et à Béziers. Il fut aussitôt prévenu du crime d’envoûtement contre le pape Benoît XI, de conspiration contre le roi de France pour livrer Carcassonne, Albi et Cordes au roi de Majorque, enfin d’obstruction au libre exercice de l’Inquisition. Il fut jugé par une cour solennelle comprenant l’inquisiteur Jean de Beaune, Jacques Fournier, évêque de Pamiers (en 1332, pape sous le nom de Benoît XII) et Raymond de Mostuejouls, évêque de Saint-Papoul, du sénéchal de Carcassonne et des réformateurs royaux, Méchin, évêque de Troyes, et Jean, comte de Forez. Reconnu coupable de conspiration et d’obstruction à l’Inquisition, il fut condamné à l’emprisonnement perpétuel au pain et à l’eau (murus strictus) et dégradé.
Les procureurs royaux trouvèrent la peine trop faible et firent appel au pape ; l’inquisiteur, au contraire, l’atténua puisque, vu l’âge, et les infirmités de Bernard Délicieux, il le dispensa des chaînes et du jeûne[25].
[25] Vidal. Bullaire de l’Inquisition française, p. 50.
Dans sa Practica, Bernard Gui, signale d’autres cas de ce genre : c’est un mari dont la captivité a réduit sa femme et ses enfants à la mendicité et qui est remis en liberté provisoire ; même faveur est accordée à un père dont les filles ne peuvent pas se marier en son absence (Practica, éd. Douais, 54).