Sur la procédure inquisitoriale on ne saurait se dispenser de consulter l’ouvrage de M. Tanon, sur l’Histoire des tribunaux de l’Inquisition en France et les études de M. Charles Molinus sur l’Inquisition toulousaine ; mais il faut les compléter et parfois les corriger par l’étude de Mgr Douais sur l’Inquisition et encore plus par les Documents qui ont été publiés par ce savant prélat dans la Collection de la Société de l’Histoire de France, pour servir à l’Histoire de l’Inquisition dans le Languedoc.

Ce dernier ouvrage nous a été particulièrement utile, parce que, publiant des sentences d’inquisiteurs, il évoquait à nos yeux leur procédure, non pas celle qui était édictée par les textes législatifs, mais celle qu’ils suivaient dans la pratique, et qui souvent différait de la première. Le Bullaire de l’Inquisition en France au XIVe siècle, réuni et commenté par M. Vidal, nous a rendu les mêmes services, parce qu’il nous a fait assister à la marche de plus d’un procès inquisitorial.

En même temps que l’Inquisition, nous avons étudié les hérétiques qu’elle poursuivait, avec leurs doctrines, leurs pratiques, et leur organisation.

Au XIIIe siècle, elle a surtout lutté contre les Cathares néo-manichéens, non seulement en Languedoc, mais encore dans le reste de la France, en Italie, dans la péninsule ibérique et en Allemagne. Pour faire connaître les Cathares du Midi de la France, plus connus sous le nom d’Albigeois, j’ai tout simplement résumé la longue étude que j’ai publiée moi-même, il y a une quinzaine d’années sur l’Albigéisme languedocien au XIIe siècle.

M’appuyant sur les Manuels des inquisiteurs et dépouillant les Registres de l’Inquisition qui pour la plupart ont disparu mais dont la collection Doat conserve des copies authentiques, je me suis efforcé, d’après les déclarations mêmes des hérétiques, de reconstituer les doctrines métaphysiques, théologiques, morales et sociales des Albigeois, leur organisation, leurs pratiques et leurs rites, et la place considérable qu’ils occupaient, avant l’établissement de l’Inquisition dans toutes les classes de la société et à tous les degrés de la hiérarchie sociale.

En d’autres pays, des études originales ou des collections de documents nous ont fait connaître, de la même manière, les Cathares et leurs adhérents : tel par exemple la publication du savant professeur de la Faculté de théologie de Munich qui devint, après 1870, l’un des chefs des Vieux-Catholiques, Dœllinger, publication qui a pour titre Beitraege zur Sektengeschichte des Mittelalters[1].

[1] J’ai donné des bibliographies détaillées du Catharisme à la fin de mon étude sur l’Albigéisme languedocien au XIIe siècle, p. CCCXLII et dans mes articles sur l’Inquisition et les Albigeois parus le premier dans le Dictionnaire d’apologétique de la foi catholique, le second dans le Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastiques.

Quoique beaucoup d’hérétiques aient été arrêtés sous la double inculpation de catharisme et de vaudoisie, ces deux doctrines sont distinctes, comme le démontrait déjà en 1834 une thèse présentée devant l’Université de Leyde sous ce titre : Disputatio academica de Valdensium secta ab Albigensibus bene distinguenda par Jas. Cette distinction était marquée, dès le XIIIe et le XIVe siècle par les Manuels des Inquisiteurs, en particulier ceux de Moneta et de Bernard Gui ; et c’est sur leur témoignage autorisé que la secte vaudoise nous a été décrite par M. Comba dans son Histoire des Vaudois et plus récemment, par M. Marx dans son étude sur l’Inquisition en Dauphiné.

Au XIVe siècle et au XVe le Saint-Office poursuivit avec une persévérance inlassable tous les hérétiques Spirituels, Fraticelli, Bizocchi et Béguins qui voulurent imposer au peuple chrétien tout entier la pratique de la stricte pauvreté et annonçaient le prochain avènement de l’Esprit-Saint, venant compléter, en l’absorbant, l’œuvre du Christ. Ces doctrines ayant inspiré un grand nombre de controverses, au sein de l’ordre franciscain, d’une part, et de l’autre, entre catholiques et hérétiques, la bibliographie de ce sujet serait tellement considérable qu’elle réclamerait à elle seule un volume. Nous signalons à ceux qui s’intéresseraient particulièrement à cette question les études qui ont été consacrées aux défenseurs et aux propagateurs de ces doctrines, celles de M. Édouard Jordan sur Joachim de Flore dans le Dictionnaire de théologie catholique, du P. Callaey sur Ubertin de Casal, de Hauréau sur Bernard Délicieux et l’Inquisition albigeoise, les nombreux travaux d’ensemble qui ont été publiés sur l’ordre franciscain et les controverses qui le divisèrent si profondément au XIIIe siècle et dont le plus récent et l’un des meilleurs est le volume du P. Gratien sur l’Histoire de la fondation et de l’évolution de l’Ordre des Frères Mineurs au XIIIe siècle. Le cardinal Ehrle a consacré de nombreuses études aux Spirituels et aux Fraticelli. Signalons enfin l’ouvrage d’ensemble de Tocco sur l’hérésie au Moyen-Age (l’eresia nel medio evo) et la collection de textes sur les hérésies que publia, au XVIIIe siècle, du Plessis d’Argentré sous le titre de Collectio judiciorum de novis erroribus et qui mérite toujours d’être consultée.

Nous nous en sommes servis pour résumer les doctrines de Wicklef et de son disciple Jean Huss.