Pour montrer qu’à partir de Philippe le Bel l’Inquisition subit de plus en plus l’influence du pouvoir civil, en France et hors de France, nous avons donné un rapide aperçu de plusieurs procès inquisitoriaux qui furent inspirés et conduits plus par la politique que par le souci de l’orthodoxie, par exemple ceux de Templiers et de Jeanne d’Arc.

Pour le premier on peut se reporter aux actes mêmes du procès qui furent édités par Michelet puis plusieurs fois réédités, et on lira avec intérêt les biographies qui ont été consacrées dans l’Histoire littéraire de la France aux trois personnages qui en prirent la direction, au nom de Philippe le Bel, celle de Guillaume de Nogaret par Renan, celle du cardinal Bérenger Frédol et celle de l’inquisiteur de France Guillaume de Paris, par Lajard.

Quant au procès de Jeanne d’Arc, ses procès-verbaux ont été plusieurs fois édités et encore dans ces derniers temps par M. Pierre Champion et il a été longuement étudié par les auteurs de ces éditions et les nombreuses Histoires de Jeanne d’Arc qui ont été écrites dans ces cinquante dernières années.

Dans les pages qui vont suivre, dépourvues à dessein de tout apparat critique pouvant en gêner la lecture, on reconnaîtra facilement les textes et les livres que l’auteur a mis à contribution.

CHAPITRE PREMIER
LE CATHARISME AU XIIe SIÈCLE

Sommaire. — Le dualisme cathare. — Christologie cathare. — Morale individuelle et sociale. — Nirvana des Parfaits. — Horreur de la famille. — Doctrines anarchistes. — Répression par les gouvernements païens et chrétiens antérieure à l’Inquisition. — Le catharisme tout puissant dans le Midi de la France. — Ses moyens d’action. — Parfaits et Croyants. — Faiblesse du catholicisme persécuté.

Le XIIe siècle vit s’épanouir en plusieurs pays, mais plus particulièrement dans le Midi de la France, une hérésie qui, par ses doctrines et le nombre de ses adhérents, devait constituer un grand danger pour l’Église catholique. Partant d’un pessimisme absolu, elle ne voyait en ce monde que mal et corruption, et dès lors, elle ne pouvait pas admettre qu’il fût l’œuvre d’un Dieu bon. La nature visible ne pouvait être que la création d’un être puissant sans doute mais essentiellement mauvais ; et cet être c’était Satan.

Mais au-dessus de ce monde, ces hérétiques en concevaient un autre, formé d’esprits incorruptibles et bienheureux, qui étaient les créatures d’un être essentiellement bon et infiniment puissant, Dieu.

Ainsi se dressaient l’un contre l’autre, à la tête de deux mondes opposés dont ils étaient les auteurs, deux principes contraires en conflit permanent : Satan prince de la terre et de la nature, Dieu, souverain des esprits et du ciel.

Étaient-ils également puissants et leur action devait-elle se combattre à jamais ? ou bien l’un d’eux, le principe mauvais, était-il inférieur à l’autre, le principe bon, et destiné à succomber sous les coups de sa puissance victorieuse, lorsque les temps seraient révolus ? Sur ce point essentiel comme sur les conclusions qui en découlaient, ces hérétiques se divisaient.