[30] Monumenta Germaniae historica, VI, p. 449.

Les chroniqueurs de la fin du XIIe siècle nous montrent, sous le règne de Philippe-Auguste, le Centre de la France mis à feu et à sang par des hérétiques que l’on appelait Cataphryges, Arriens, Patarins et qui ressemblaient aux Cathares et aux Albigeois du Midi. Ils saccageaient et brûlaient les églises, infligeaient aux prêtres des traitements cruels et sacrilèges, foulaient aux pieds les objets sacrés et les saintes hosties. A l’appel des populations du Berry et du Limousin, Philippe-Auguste dut diriger contre eux une expédition qui en extermina, à Dun, plus de 7.000.

La chronique de Saint-Marien d’Auxerre marque, en 1200, dans la province de Sens, des progrès considérables de l’hérésie néo-manichéenne, haeresis populicana, qu’elle déclare la plus « puante » de toutes, omnium haereseon fetulentissima. L’abbé de Saint-Martin et le doyen de la cathédrale de Nevers qui y avaient adhéré furent déposés par le concile de Sens. « Le cardinal Pierre de Saint-Marcel fut envoyé dans ces pays pour la combattre ; il convoqua à Paris un concile devant lequel il cita le chevalier Evrard qui gouvernait le comté de Nevers comme dans le Midi l’hérétique seigneur de Saissac administrait les terres de son pupille le comte de Carcassonne et Béziers. Reconnu coupable par le légat, Evrard fut livré au bras séculier et brûlé à Nevers. A Paris, la place des Champeaux, près du Louvre, fut réservée, vers 1209, pour le supplice des hérétiques.

Cette poursuite de l’hérésie, ces procès aboutissant à des condamnations et même à des exécutions et conduits par un légat du pape, prouvent que l’Inquisition fonctionnait déjà dans le Nord de la France avant même qu’elle n’eût pris dans le Midi sa forme définitive.

Elle l’avait vers l’an 1232. Cette année-là, Grégoire IX nommait le prieur des dominicains de Besançon, Gautier et son compagnon Robert inquisiteurs du comté de Bourgogne (Franche-Comté). L’année suivante, le 13 avril 1233, il chargeait les Prêcheurs de la poursuite de l’hérésie dans tout le royaume de France « parce que les soucis de leurs multiples occupations permettaient à peine aux évêques de respirer. » Enfin, le 21 août 1235, il nommait inquisiteur général, per universum regnum Franciae, frère Robert, surnommé le Bougre, parce que, avant d’entrer dans l’ordre de Saint-Dominique, il avait été l’un de ces hérétiques Cathares que le peuple appelait Bulgari en latin et Bougres en langue vulgaire[31].

[31] Frédéricq. Robert le Bougre, premier inquisiteur général de France, p. 13.

Saint-Louis assura à l’Inquisition son concours le plus absolu. Dans sa Chronique rimée, Philippe Mousket affirme que l’inquisiteur Robert le Bougre agissait au nom du pape (l’apostole) et du pouvoir spirituel (estole) comme au nom du roi.

Par le commant de l’apostole,

Qui li enjoint par estole,

Et par la volonté dou roi