De France ki l’en fist octroi[32].

[32] Dom Bouquet. Recueil des historiens de France, XXII, p. 55.

Le Coutumier connu sous le nom d’Établissements de Saint Louis constate le même accord : « Quand le juge (ecclésiastique) aurait examiné (l’accusé), s’il trouvait qu’il fût bougre (hérétique), si le devait envoier à la justice laïque, et la justice laïque le doit faire ardoir (brûler). » Ce que répète un autre texte juridique important, les Coutumes du Beauvaisis de Beaumanoir : « En tel cas, doit aider la laïque justice à Sainte Église ; car quand quelqu’un est condamné comme bougre par l’extermination de Sainte Église, Sainte Église le doit abandonner à la laïque justice et la justice laïque le doit ardoir parce que la justice spirituelle ne doit nul mettre à mort. »

A la fin du XIIe siècle et pendant la Croisade des Albigeois, les souverains d’Aragon avaient été sinon les adeptes, du moins les protecteurs de l’hérésie dans le Midi de la France. Ils étaient apparentés aux seigneurs de Foix, de Carcassonne et de Béziers et aux comtes de Toulouse dont nous avons montré les perpétuelles collusions avec les Cathares et lorsque Simon de Montfort marcha contre eux, le roi Pierre d’Aragon vint à leur secours et même mourut en combattant contre les croisés à la bataille de Muret (1213).

Est-ce pour cette raison qu’oubliant les édits promulgués contre eux, en 1198, par ce même roi d’Aragon Pierre, les hérétiques de Languedoc cherchèrent, après leur défaite, un asile de l’autre côté des Pyrénées ? Vers 1226, leur nombre effraya les évêques aragonais et leur roi Jayme. Pour arrêter cette invasion de l’hérésie, ce dernier remit en vigueur les édits de 1198 contre « les hérétiques, leurs hôtes, leurs fauteurs et défenseurs ». Quelques années plus tard, il établit l’Inquisition dans son royaume.

Sur les conseils de son confesseur, le dominicain Raymond de Pennafort, il demanda à Grégoire IX de lui envoyer des inquisiteurs et par une bulle du 26 mai 1232, le pape chargea l’archevêque de Tarragone de faire, avec l’aide des Prêcheurs, une inquisition générale en Aragon et en Catalogne. L’année suivante, Jayme publia contre l’hérésie un code de répression reproduisant celui que le cardinal Romain de Saint-Ange avait promulgué à Toulouse, au lendemain du traité de Paris. Enfin en 1235, Grégoire IX lui envoya tout un traité de procédure inquisitoriale qu’avait rédigé Raymond de Pennafort, devenu pénitencier et canoniste du Saint-Siège. Dès lors, l’Inquisition était établie en Aragon, aux mains des dominicains et des franciscains et son action s’étendait sur la Navarre.

En même temps, le roi saint Ferdinand de Castille, cousin de saint Louis, l’organisait dans ses états. Le Fuero real promulgué par son successeur Alphonse X le Sage, en 1255, et les Siete partidas de 1265 reproduisaient les prescriptions qu’avait édictées Grégoire IX contre l’hérésie et que le pape Boniface VIII devait plus tard inscrire dans sa collection canonique, le Sexte.

Dès le XIe siècle, la Lombardie avait été un actif foyer d’hérésie. Vers 1040, un certain Girard prêchait aux habitants de Monteforte, près de Milan, des doctrines qui se rapprochaient du manichéisme par leur condamnation radicale du mariage et de la famille. L’archevêque de Milan, Héribert ayant fait aux gens de Monteforte une guerre victorieuse, emmena Girard prisonnier ainsi que plusieurs de ses adeptes. Il aurait voulu leur sauver la vie pour les amener ensuite à se convertir ; mais le peuple ne l’entendit pas ainsi. Il éleva un bûcher en face d’une croix, imposant aux hérétiques de choisir entre la mort par le bûcher ou l’abjuration devant la croix. N’ayant pas voulu abjurer, ils furent tous brûlés malgré l’archevêque.

Le feu ne consuma pas l’hérésie ; au XIIe siècle, elle avait fait des progrès considérables ; sous le nom de Patarins, les néo-manichéens étaient nombreux dans toute l’Italie du Nord. Vers le même temps, les prédications d’un caractère à la fois politique et théologique d’Arnaud de Brescia déchaînaient la révolution à Rome et des troubles dans une grande partie de l’Italie. « Les clercs qui ont des propriétés, les évêques qui tiennent des régales, les moines qui possèdent des biens ne sauraient être sauvés. Tous ces biens appartiennent au prince et le prince n’en peut disposer qu’en faveur des laïques. » En parlant ainsi, Arnaud appelait les princes à la curée des biens ecclésiastiques et à la révolte tous les sujets de seigneuries ecclésiastiques, à commencer par celle du pape. A Brescia même, l’évêque fut dépouillé de ses biens et chassé par les Arnaldistes ; et en 1146, le peuple romain, s’insurgeant à l’appel d’Arnaud, chassa Eugène III et proclama la République sous la suprématie de l’empereur allemand.

Attirée par les doctrines politiques de cet agitateur, dans la plupart des villes italiennes, la bourgeoisie gibeline, anti-papale et impérialiste favorisa Patarins et Cathares, comme le faisaient en Languedoc les seigneurs, et en se développant de plus en plus, l’hérésie devint un grave danger social. Un auteur du XIIIe siècle, Étienne de Bourbon, déclare que, de son temps, il y avait à Milan au moins dix-sept sectes hérétiques. Vers le milieu du XIIIe siècle, l’un des militants de l’orthodoxie catholique énumérait les différentes églises cathares des Marches et de la Lombardie.