L’évêque de Paris exécuta les ordres du pape qui le félicitait de son zèle, le 28 février 1330, à l’occasion du procès d’un autre Fraticello nommé Conrad. Ce franciscain ayant accusé le pape d’hérésie, l’officialité de Paris l’avait arrêté et emprisonné. Son procès fut instruit par l’inquisiteur de France, Aubert de Châlons et l’évêque de Paris, d’après les prescriptions du Concile de Vienne. Les pièces de l’instruction et les moyens de défense de l’accusé furent transmis au pape qui les retourna à l’évêque et à l’official, en louant leur zèle et en les exhortant à poursuivre l’affaire (28 février 1330), selon l’avis qu’avaient émis les cardinaux Jacques Fournier et Pierre de Mortemart. Mais la reine de France, Jeanne, s’étant intéressée à l’accusé, le pape le fit relâcher, se contentant de son repentir.

D’autres documents nous montrent l’Inquisition d’Aragon et de Majorque instrumentant contre les Fraticelli. Le dominicain François Sala, lieutenant de l’inquisiteur, d’accord avec Gui de Terrena, évêque de Majorque, poursuivit Bernard Fustier, frère Mineur qui leur avait été dénoncé comme hérétique ; chez lui on trouva de nombreux écrits infectés d’hérésie, dont la plupart lui avaient été envoyés par un habitant de Girone.

Ces procédures et celles qui furent engagées contre un noble Roussillonnais, Adhémar de Mosset, inculpé lui aussi de béguinisme, avaient été provoquées par les lettres envoyées par Jean XXII, le 24 avril 1330, à l’évêque d’Elne et à l’inquisiteur de Majorque pour les engager à poursuivre énergiquement l’hérésie, et le 8 mai au roi de Majorque, Jacques II, pour lui demander de favoriser de tout son pouvoir l’action de l’évêque et de l’inquisiteur[44]. Le pape dut être content de l’Inquisition et du roi, car deux ans plus tard, il leur adressait à l’une et à l’autre ses félicitations.

[44] Vidal. Bullaire de l’Inquisition française, nos 96, 97 et 99.

Quoique chef du parti guelfe en Italie, le roi de Naples, Robert d’Anjou, montra moins de docilité. Sa femme la reine Sanche ne cachait pas sa sympathie pour les Spirituels et sous son influence, le roi prétendit s’opposer au procès inquisitorial que dirigea contre deux d’entre eux, Pierre de Cadenet et André de Galian, le général de l’ordre franciscain, nommé à la place de Michel de Césène, Géraud. Jean XXII repoussa énergiquement ses plaintes, le menaçant de dénoncer au monde entier la faveur que la reine accordait aux Spirituels. « Si la reine irritée contre le général des Frères Mineurs prétend le diffamer, écrivait-il le 13 mars 1332, au roi Robert, il sera obligé, lui et ses frères, de publier et d’écrire en divers pays pour leur justification que la reine favorise les schismatiques et les apostats de l’Ordre, que de quelque part qu’ils viennent, elle les reçoit et leur fournit avec abondance tout ce qui leur est nécessaire, tandis qu’elle persécute les frères fidèles. Elle ne souffre pas que le général ni même les inquisiteurs et les évêques fassent leur devoir contre les hérétiques ; elle a, au contraire, arraché aux prélats les lettres que nous leur avions adressées concernant l’office de l’Inquisition. »

Alliés de Louis de Bavière contre la papauté, les Spirituels prirent une grande importance en Allemagne, y faisant de nombreux prosélytes parmi les mystiques d’une part, et de l’autre, parmi les gibelins et les adversaires de la cour romaine. Aussi l’Inquisition les poursuivit-elle avec une énergie toute particulière dans tous les pays qui n’acceptaient pas l’autorité de Louis de Bavière.

Dans certaines régions ce furent les évêques qui dirigèrent la poursuite. Parmi les captures les plus importantes que fit, en 1322, l’archevêque de Cologne Henri, figurait un Béguin, Lollard Walter, Hollandais, qui exerçait une telle influence sur ses disciples que, adoptant son surnom, ils se nommèrent Lollards. Il prêchait et écrivait en langue vulgaire comme devait le faire, deux siècles plus tard, Luther. Arrêté, il refusa, malgré les supplices de la torture, de livrer les noms de ses partisans et mourut sur le bûcher. En 1325, ce furent des assemblées de Béguins qui furent découvertes ; 50 d’entre eux furent mis à mort, toujours par l’autorité épiscopale. L’action énergique de l’archevêque de Cologne fut imitée, en Westphalie, par ses collègues de Munster, d’Osnabruck, de Minden et de Paderborne et par celui de Metz ; dans cette dernière ville, plusieurs hérétiques furent brûlés.

L’épiscopat sentit la nécessité d’organiser des Inquisitions régulières et de les confier à des religieux. Aussi, vers 1340, nous voyons un religieux augustin, Jordan, instrumenter en Saxe, condamner au bûcher à Angermunde 14 hérétiques et un à Erfurt. Ce dernier qui se déclarait Fils de Dieu et annonçait qu’il ressusciterait le troisième jour, semble avoir été un fou plutôt qu’un hérétique.

Lorsque, après la mort de Louis de Bavière (1347), l’Empire eut à sa tête un chef, Charles IV de Luxembourg, si dévoué au Saint-Siège, qu’on le surnommait « l’Empereur des prêtres », l’Inquisition fut dirigée non plus par les évêques mais par le pape. En 1348 Jean Schandelang, dominicain de Strasbourg, fut nommé inquisiteur, au nom du Saint-Siège, pour toute l’Allemagne.

Le Saint-Office eut à sévir à la suite du mysticisme déréglé et révolutionnaire qu’allumèrent les horreurs de la Peste Noire et dont l’une des manifestations, en Allemagne comme en France, fut la multiplication des bandes errantes de Flagellants. Les mystiques en rupture de ban, les Frères du Libre Esprit, les Fraticelli, les Lollards, les Béguins, rejoignirent partout les Flagellants, surtout lorsque le pape Clément VI eut sévèrement condamné leurs pratiques. Aussi, à plusieurs reprises, les papes essayèrent-ils de nouveau de remettre en mouvement contre tous ces hérétiques l’Inquisition. En 1353, Innocent VI renouvela les pouvoirs de Jean Schandelang ; en 1366, un autre dominicain, Henri de Agro, exerçait les fonctions inquisitoriales dans la province de Mayence, le diocèse de Strasbourg, le diocèse de Bâle de la province de Besançon, aidé, comme l’avait décrété le concile de Vienne, par les représentants des évêques. En 1367, Urbain V nommait inquisiteurs toujours contre les Béguins, deux dominicains, Ludwig von Caliga et Walter Kerlinger, et par deux édits signés à Lucques, les 9 et 10 juin 1369, l’Empereur Charles IV ordonna à tous les détenteurs de l’autorité civile de donner leur concours le plus absolu aux Inquisiteurs ; en même temps, il remettait en pleine vigueur les ordonnances portées par les empereurs Hohenstaufen du XIIe et du XIIIe siècles, en particulier par Frédéric II, contre l’hérésie.