[126] Cartulaire de saint Dominique, t. III (sous presse).
A Paris, comme à Rome, de nombreuses vocations religieuses ne tardèrent pas à peupler la maison dominicaine. Les Frères étaient au nombre de sept, quand ils vinrent de Prouille, en octobre 1217 ; ils étaient trente, quinze mois plus tard, quand saint Dominique vint les visiter, au commencement de 1219. Les nouvelles recrues étaient surtout de jeunes étudiants, attirés à Saint-Jacques par la sainteté de leurs condisciples dominicains, comme le Père Guerric de Metz, dont Étienne de Bourbon nous raconte en ces termes charmants la vocation religieuse : A Paris, en 1218, par une paisible soirée d’automne, « un clerc veillait à sa fenêtre d’étudiant, lorsque, tout à coup, il entend dans la rue chanter en français une chanson qui disait :
Le temps s’en vait
Et rien n’ai fait ;
Le temps s’en vient
Et ne fais rien.
Tout d’abord, il se prend à songer à la douceur de ce chant, puis au sens des paroles, et réfléchissant qu’elles lui conviennent, il les reçoit comme un message du ciel. Dès le lendemain, ce clerc qui était riche, abandonnait ses biens et entrait dans l’Ordre des Prêcheurs. Son nom était Guerric, et il fut le premier prieur des Frères de Metz, dont il fonda le couvent. »
Dès lors, la maison de Paris devint pour l’Ordre un centre d’expansion, et de même qu’en 1217, les religieux de Prouille et de Saint-Romain avaient été distribués par saint Dominique entre les différentes nations, Mathieu de France dispersa les siens dans les diverses provinces françaises. Venu de Toulouse à Paris, après la mort de Simon de Montfort, Pierre Seila en repartait en février 1220, avec plusieurs frères de Saint-Jacques, pour fonder le couvent de Limoges, « où il vieillit comme un prophète des anciens jours, honoré et respecté du clergé et du peuple ». La même année, l’archevêque de Reims, Albéric de Humbert, et son successeur, Guillaume de Joinville, appelaient dans leur ville les Prêcheurs de Paris ; bientôt après, Frère Guerric quittait Paris pour établir un couvent de son Ordre à Metz, dans sa maison paternelle. L’année suivante, frère Guillaume conduisait à Poitiers un nouvel essaim de religieux ; et aussitôt, l’évêque et le chapitre de cette ville leur donnaient et concédaient l’église de Saint-Christophe, avec une treille, la place et le terrain qui en dépendaient. De son côté, l’évêque d’Orléans, Manassès, un ancien ami de saint Dominique, les appelait dans sa ville épiscocale et leur assignait l’église de Saint-Germain, près des fortifications. Ainsi, la maison de Saint-Jacques était devenue le noviciat dominicain de la France entière.
Le couvent de Bologne remplit le même rôle en Italie.
L’Université de cette ville était aussi célèbre que celle de Paris ; ses juristes et ses canonistes jouissaient d’une réputation universelle. Du temps de saint Dominique, Odofredo de Bénévent, Albert de Pavie, y professaient avec éclat le droit civil, l’archidiacre Tancrède, Jean d’Espagne, Gilbert d’Angleterre, Clair de Sesto, Jean le Teutonique et Raymond de Pennafort, le droit canon, Roland de Crémone et Monéta, les arts libéraux. Venus de tous les pays chrétiens, ces maîtres voyaient se grouper autour d’eux des milliers d’étudiants de toute nation. Par ses fortes études et son caractère européen, l’Université de Bologne devait attirer, comme celle de Paris, l’attention de saint Dominique.