[134] Jourdain de Saxe : « Cœpit autem prædicationi totus insistere et ignitum erat ejus eloquium vehementer, sermoque ipsius, quasi facula ardens, corda cunctorum audientium inflammabat… Tota tunc fervebat Bononia, quia novus insurrexisse videbatur Elias. »

[135] Gérard de Frachet, Vie des Frères, liv. IV, chap. X.

Plusieurs de ces Bolonais qui entrèrent dans l’Ordre, sous l’action du bienheureux Réginald, nous sont connus. Parmi eux, citons Clair de Sesto, qui enseignait à l’Université les arts libéraux et le droit canon et devint, plus tard, provincial de Rome et pénitencier du Pape ; Paul de Venise, qui d’après son propre témoignage, « fit profession entre les mains de Maître Réginald et reçut l’habit de l’Ordre, le dimanche de la Chananéenne (3 mars) 1219 » ; Frère Guala, le plus illustre des maîtres ès arts de l’Université ; Roland de Crémone, qui fit profession dans des circonstances toutes particulières.

Le couvent de Bologne se laissait aller au découragement ; deux de ses religieux se préparaient à le déserter et Réginald s’efforçait de rendre la confiance aux Frères réunis en chapitre. « Il n’a pas terminé, raconte Gérard de Frachet, qu’on voit entrer maître Roland de Crémone, docteur renommé de l’Université, philosophe éminent, le premier de l’Ordre qui ait professé publiquement la théologie à Paris. Poussé par l’Esprit divin, il était venu, seul et de lui-même, frapper à la porte du couvent. On l’introduit dans le Chapitre, et comme enivré de l’Esprit-Saint, sans autre préambule, il demande à être reçu. Précédemment, en un jour de fête, revêtu d’un habit précieux d’écarlate, il avait, avec ses amis, passé tout son temps en festins, jeux et plaisirs. Le soir, rentré en lui-même, et intérieurement touché de la grâce, il s’était dit : « Où est maintenant cette fête que nous venons de célébrer ? où s’en est allée toute cette folle joie ? » et considérant que toute joie du monde passe vite et se change en douleur, il entrait dans l’Ordre, où il a servi le Seigneur nombre d’années dans la science et la sainteté. »

A la suite de ces nombreuses professions, le couvent se trouva bientôt à l’étroit dans l’humble maison de la Mascarella ; et, dès 1219, Réginald lui chercha une nouvelle demeure. Ce fut l’église de Saint-Nicolas des Vignes. Du consentement de l’évêque, elle lui fut cédée par son recteur, le docteur en droit Rodolphe, qui prit l’habit des Prêcheurs ; et, bientôt après, Pierre Lovello et sa femme, Otta, sur les instances de leur fille Diane, abandonnèrent aux Frères le terrain et les maisons qui avoisinaient l’église. Dès lors, était définitivement fondé ce grand couvent de Bologne qui devait posséder et conserver jusqu’à nos jours les précieuses reliques de saint Dominique.

Un an à peine après son établissement, il était si prospère qu’il pouvait envoyer autour de lui des colonies monastiques, en Lombardie, en Toscane et jusqu’aux environs de Rome.

Saint Dominique vint passer quatre mois à Saint-Nicolas des Vignes, de juillet à novembre 1219, et il prit soin de former lui-même, comme des novices, les religieux qu’il allait disperser. Pour leur apprendre à aimer et à conserver l’esprit de pauvreté, il déchira devant eux un acte qui assurait au monastère d’importants revenus. Afin de leur donner l’exemple de la régularité, « il suivait la vie commune et pratiquait rigoureusement les jeûnes et autres observances. S’il s’apercevait de quelque infraction, il punissait le délinquant avec mansuétude, et, quelque grave que fût la pénitence, il l’infligeait avec tant de calme et de bonté que personne ne se troublait. Il donnait volontiers des dispenses aux autres, jamais à lui-même. Aux heures accoutumées dans l’Ordre, il gardait inviolablement le silence, et en dehors du temps prescrit, s’il parlait, ce n’était que rarement, et encore était-ce à Dieu ou de Dieu ; il faisait du silence l’objet d’exhortations pressantes à ses Frères. Au réfectoire, auquel il se rendait régulièrement, alors que les Frères avaient deux mets cuits, il n’en avait qu’un seul, et bien que fatigué par ses veilles excessives, il ne prenait que peu de nourriture et de boisson. Il était assidu aux offices du chœur, et s’abîmait si entièrement dans l’oraison, qu’aucun bruit ne pouvait l’en distraire[136]. »

[136] Actes de Bologne.

Quand il eut ainsi façonné ses disciples, Dominique les envoya dans toutes les directions. Guala fonda le couvent de Bergame ; la tradition dominicaine rapportée, vers 1300, par Bernard Gui, attribuait à ce monastère le second rang, par ordre d’ancienneté, dans la province de Lombardie, le plaçant immédiatement après celui de Bologne[137].

[137] Quétif et Échard, op. cit., t. I, p. 20.