[14] Mariés le 23 mai 1200, Louis et Blanche de Castille n’eurent leur premier enfant, Philippe, qu’en 1209. (Cf. Sepet, saint Louis, p. 1.)
Il est inutile d’insister longuement sur ces légendes ; outre qu’elles ne sont rapportées ni par Jourdain, ni par Humbert, ni par Thierry d’Apolda, ni par aucun chroniqueur du treizième siècle, elles fourmillent tellement d’invraisemblances et d’anachronismes, elles contredisent d’une manière si évidente ce que l’on sait de positif sur la vie du Saint, qu’elles ne sauraient arrêter l’attention de l’historien.
De Cîteaux, Dominique et Didace se rendirent dans le midi de la France, et dès lors commença leur apostolat. Celui de Didace devait durer moins de deux ans, jusqu’à sa mort, en 1206 ; celui de saint Dominique devait être plus long et plus fécond, puisque ses prédications aux Albigeois se poursuivirent jusqu’en 1215, et que, de ces missions, sortit la création de l’Ordre des Prêcheurs.
CHAPITRE II
SAINT DOMINIQUE ET LES ALBIGEOIS.
Depuis la première moitié du douzième siècle, les prédications hérétiques avaient été très actives et le néo-manichéisme avait fait les plus grands progrès en Aquitaine et en Languedoc. En 1139, Pierre le Vénérable avait dénoncé au clergé provençal les menées de Pierre de Bruys et de son principal disciple, Henri[15]. Les Vaudois, les Patarins et les Cathares étaient venus d’Italie prêcher leurs doctrines dans le midi de la France et tous y avaient reçu un accueil favorable. La noblesse avait été gagnée par des enseignements qui livraient les biens d’Église à ses convoitises et légitimaient d’avance toutes ses usurpations ; les artisans et les paysans avaient applaudi aux violentes attaques dirigées par les sectaires contre la puissance temporelle du clergé, les dîmes et les droits de toute sorte qu’il prélevait sur les fidèles ; enfin, cette religion individuelle pouvait, dès l’abord, séduire de nombreuses âmes, même parmi les plus délicates. L’autorité civile fermait les yeux avec complaisance sur les progrès de l’hérésie, quitte à envoyer au bûcher les sectaires exaltés qui excitaient trop ouvertement les populations à la destruction des églises ou au pillage des biens ecclésiastiques. Dès 1145, saint Bernard jetait un cri éloquent de détresse : « Qu’avons-nous appris et qu’apprenons-nous chaque jour ? Quels maux a faits et fait encore à l’Église de Dieu l’hérétique Henri ! Les basiliques sont sans fidèles, les prêtres sans honneur. On regarde les églises comme des synagogues, les sacrements sont méprisés, les fêtes ne sont plus solennisées. Les hommes meurent dans leurs péchés, les âmes paraissent devant le tribunal terrible sans avoir été réconciliées par la pénitence ni fortifiées par la sainte Communion. On va jusqu’à priver les enfants des chrétiens de la vie du Christ, en leur refusant la grâce du baptême[16]. » Saint Bernard ne se contenta pas de dénoncer le mal : à la demande du Saint-Siège, il voulut le combattre lui-même, mais ce fut en vain. En 1145, il parcourut le midi de la France ; on le trouva successivement à Bordeaux, Bergerac, Périgueux, Sarlat, Cahors, Belleperche, Toulouse. Malgré son éloquence, il n’obtint que de rares succès ; à Verfeil même, on refusa de l’écouter et il fut si indigné de l’obstination des habitants qu’en s’éloignant, il lança sa malédiction sur ce nid d’hérétiques : « Viride folium, desiccet te Deus ![17] »
[15] Vacandard, Histoire de saint Bernard, t. II, p. 220.
[16] Vacandard, op. cit., t. II, p. 222, auquel nous avons aussi emprunté les détails qui suivent sur les prédications de saint Bernard.
[17] « Verfeil, que Dieu te dessèche ! »
Le saint joue sur l’étymologie de ce nom, qui signifie aussi feuille verte.
Malgré les efforts des Papes et de leurs légats, les doctrines hétérodoxes continuèrent à se répandre dans la seconde moitié du douzième siècle. Au commencement du treizième, c’était un hérétique avéré qui avait en main le gouvernement d’une partie du Languedoc, Bertrand de Saissac, tuteur de Raymond Roger, vicomte de Béziers et de Carcassonne, tandis que les comtes de Foix et de Toulouse étaient gagnés secrètement à la secte[18].