[Note 532: ][(retour) ] 5 août 1568. Lettres, t. III, p. 166-167.
[Note 533: ][(retour) ]3: S. C. Gigon, La troisième guerre de religion, Paris, s. d. (1909), p. 35.
Le Roi en son Conseil examinait les griefs des chefs protestants et y répondait. Il ordonnait des enquêtes sur les crimes et les massacres, dont ils se plaignaient, envoyait à Auxerre un maître des requêtes, déléguait à même fin le premier président du parlement de Dijon. Il prononçait la dissolution des confréries du Saint-Esprit, dont le voisinage inquiétait les gens de Noyers[534]; il arrêtait la marche des compagnies de Brissac, qu'il avait décidé de cantonner dans l'Auxois; il remontrait à Tavannes, son lieutenant général en Bourgogne, que Condé l'accusait de vouloir attenter sur sa personne. Mais Catherine délibérait à part avec le cardinal de Lorraine et le nouveau garde des sceaux, Birague. Un certain Lescale fut pris mesurant la hauteur des murs de Noyers. Elle envoya Gonthery, secrétaire de Birague, et, en recharge, un capitaine, le sieur du Pasquier, donner l'ordre--probablement un ordre verbal--à Tavannes d'investir la ville de Noyers. Mais le gouverneur aurait, comme le raconte son fils, fait répondre «que la Royne estoit conseillée plus de passion que de raison et que l'entreprise estoit dangereuse, proposée par gens passionnés et inexperts, que luy n'estoit propre pour telles surprises.... que quand il voudroit exécuter ce commandement», le Prince et l'Amiral «ayant de bons chevaux se pourroient sauver et luy demeurer en croupe avec le blasme d'avoir rompu la paix»[535]. Dans une lettre officielle au Roi où il se défendait de tout mauvais dessein contre un Bourbon, Tavannes ajoutait: «Il est vray, quant il sera question des commandemantz de Vostre Majesté, de vostre Estat et du faict de ma charge, je vouldrois non seulement entreprendre contre luy, mais contre mon père s'il vivoit»[536]. Tavannes, prêt à marcher sur un ordre du roi, refusait de se commettre dans une tentative «dressée de quenouille et de plume».
Cependant comme il craignait que la Reine-mère n'insistât, et, sur un nouveau refus, n'envoyât quelque autre capitaine en son gouvernement pour exécuter ce coup de main, il résolut de donner l'alarme au prince de Condé. Il fit passer «des messagers proche Noyers avec lettres qui contenoient: Le cerf est aux toiles, la chasse est préparée». Les porteurs de dépêches furent, comme il l'espérait, arrêtés, et Condé, interprétant l'obscurité des textes à la lumière de ses soupçons, partit secrètement de Noyers avec Coligny, le 23 août. Il laissait pour adieu au Roi un mémoire où il énumérait les griefs du parti et n'en rendait responsable que le cardinal de Lorraine, «la racine et la semance de toutes les divisions et partialitez qui ont cours en ce royaume»[537].
[Note 534: ][(retour) ] Abord, Histoire de la Réforme et de la Ligue dans la ville d'Autun, t. I, p. 392.
[Note 535: ][(retour) ] Mémoires de Gaspard de Saulx, seigneur de Tavannes, éd. Buchon, p. 335.
[Note 536: ][(retour) ] Lettre du 20 août 1568, publiée par Gigon, p. 385. De cette lettre M. G. croit pouvoir conclure que Catherine n'a jamais songé (Cf. p. 37) à investir Noyers et que c'est une invention du fils de Tavannes, le rédacteur des Mémoires. Mais le récit du fils et la lettre du père ne se contredisent pas: ils se complètent.
[Note 537: ][(retour) ] Delaborde, III, p. 509.
Les fugitifs arrivèrent à La Rochelle, le 14 (ou le 18) septembre, et ils y furent rejoints par Jeanne d'Albret et son fils Henri de Navarre, qui leur amenaient les contingents gascons. D'heureux coups de main leur livrèrent Saint-Jean d'Angély, Saintes et Cognac. Forcés par la nécessité de prendre leur point d'appui loin de Paris, ils se cantonnèrent dans l'Ouest, où les grandes familles aristocratiques, les La Rochefoucauld, les La Trémoille, les Soubise et presque toute la noblesse avaient passé à la Réforme. En arrière des places fortes conquises et en avant de ses boulevards insulaires de Ré et d'Oléron, La Rochelle formait comme un réduit central, accessible par mer aux Anglais protestants, mais presque inexpugnable par terre aux Français catholiques.
Catherine était encore une fois surprise par les événements. Elle voulut négocier, car elle était d'avis de négocier toujours, de négocier quand même Condé refusa d'écouter un gouvernement qui, par deux édits publiés le 28 septembre, accordait la liberté de conscience, mais défendait sans acception de personnes tout exercice d'autre religion que de la catholique et romaine, commandait aux ministres réformés de sortir du royaume dans les quinze jours, démettait de leurs charges, avec promesse toutefois de les indemniser, les officiers du roi qui seraient de la nouvelle Église[538].