[Note 538: ][(retour) ] L'un de ces édits est de septembre sans précision du jour, l'autre du 25; tous deux ont été publiés le 28 septembre. Fontanon, t. IV, p. 292-295.
La Reine-mère avait encore fait nommer son fils, le duc d'Anjou, lieutenant général du royaume (29 août) avec la direction particulière des forces de l'Ouest. Elle lui adjoignit, pour suppléer à son inexpérience, deux capitaines qui avaient fait leurs preuves dans les guerres du Piémont, Tavannes et Sansac. Ce partage du commandement, inspiré par les mêmes causes, eut les mêmes résultats qu'en 1567; la guerre traîna. Sansac dut enfin se retirer. Tavannes, libre de ses mouvements, franchit la Charente en mars 1569 et surprit à Bassac--près de Jarnac--Coligny, qui se gardait mal. Condé, accouru à l'aide, chargea avec trois cents chevaux la masse des escadrons catholiques et y pénétra d'un élan furieux, mais il fut accablé par le nombre, jeté à bas de cheval et tué de sang-froid par les gardes du duc d'Anjou (13 mars). Coligny couvrit la retraite et sauva l'armée protestante.
Catherine reçut à Metz la nouvelle de la victoire de Bassac. Depuis deux mois, elle avait quitté Paris, et, malgré les fatigues et la maladie, elle travaillait à fermer l'entrée de la Champagne et des Trois-Évêchés aux auxiliaires étrangers qui se préparaient à rejoindre la huguenots. L'habitude s'établissait entre gens de même croyance de s'entr'aider sans distinction de pays. Guillaume de Nassau en révolte contre le Roi catholique, et Condé et Coligny en révolte contre le Roi très chrétien, s'étaient promis par traité (août 1568) de s'«aider, favoriser et secourir l'ung à l'aultre» de tout ce qui dépendrait de leurs «puissances et forces». «Et fault que ceste alliance demeure tellement ferme que, quant il plairoit à Dieu favoriser l'ung ou l'autre pais en luy donnant entière liberté de conscience que pour ceste occasion ceulx qui seront si heureulx ne laisseront de secourir l'aultre partye comme si ils estoient en la mesme peine...»[539].
[Note 539: ][(retour) ] Groen van Prinsterer, Archives de la maison de Nassau, 1re série, III, p. 285.
Guillaume de Nassau, au lieu d'attaquer le duc d'Albe, était entré en France le 19 novembre 1568, et l'on pouvait se demander s'il reculait devant les Espagnols ou projetait de se rapprocher de ses coreligionnaires français. Le gros de l'armée royale étant engagé dans l'Ouest, Charles IX n'avait que quelques milliers de soldats en Champagne, et le duc d'Albe ne se pressait pas de lui expédier les renforts qu'il lui avait promis. Catherine fit offrir à cet intrus équivoque de lui accorder libre passage vers l'Allemagne, et «pour la pitié» que le Roi avait de sa troupe de faire dresser «estappes» pour la «jecter... hors de nécessité»[540]. Malgré les protestations de l'ambassadeur d'Espagne, elle fournit au sujet rebelle de Philippe II l'argent et les vivres dont il avait le plus grand besoin. Mais, de peur qu'il ne fût tenté de s'en servir contre elle, comme on avait lieu de le craindre, elle fit si bien travailler ses mercenaires allemands qu'ils s'ameutèrent et le contraignirent à repasser la Moselle (13 janvier 1569).
Ce premier péril écarté, elle tâcha de barrer la route à l'armée que le duc des Deux-Ponts, Wolfgang de Bavière, amenait d'Allemagne au secours des huguenots. Mais elle partagea encore la défense des frontières de l'Est entre le duc d'Aumale et le duc de Nemours, qui ne s'entendirent pas. Wolfgang, que Guillaume de Nassau avait rejoint avec 1 200 cavaliers, profita de ces divisions et, gagnant de vitesse ses adversaires (mars 1569), il traversa la Bourgogne, franchit la Loire et arriva dans la Marche. Le duc d'Anjou, menacé d'être pris entre ces étrangers et les huguenots, appela sa mère à l'aide. Il se plaignait du duc d'Aumale, qui avait laissé passer l'invasion, et du cardinal de Lorraine, qui ne lui envoyait pas l'argent de la solde. Catherine, qui se reposait à Monceaux, accourut au camp et massa toutes les forces royales contre le duc des Deux-Ponts. Mais elle n'eut pas la joie d'assister à une victoire de ce fils si cher, les reîtres catholiques, qu'on ne payait pas, ayant refusé de se battre. «Cet (si) les reystres, écrivait-elle à Charles IX, euset voleu (eussent voulu) marcher jeudi le jour de la Feste-Dyeu (10 juin), je me pouvés dyre la plus heureuse femme du monde et vostre frère le plus glorieulx»[541].
[Note 540: ][(retour) ] Id. p. 315-316.
[Note 541: ][(retour) ] 12 juin 1569, Lettres, t. III, p. 245.
C'était pour elle une grande déception; mais quelques mois après, Tavannes battit Coligny à Moncontour (3 octobre 1569), et elle crut que la partie était gagnée. Le hasard, comme dans la première guerre civile, l'avait bien servie. Condé avait péri (13 mars); Wolfgang était mort de maladie la veille de sa jonction avec les huguenots (11 juin). Mort aussi d'Andelot, le meilleur lieutenant de Coligny (7 mai 1569). «Monsieur mon fils, vous voyés come Dieu nous ayde car y lé (il le ou les) vous fayst mourir (votre ennemi ou vos ennemis) sans coups frapper»[542].
Elle espérait d'autres marques de la protection divine. «M. de Fourquevauls, écrivait-elle à son ambassadeur à Madrid, la nouvelle de la mort d'Andelot nous a fort resjouys, depuis celle du feu conte de Brissac[543] que j'ay tant regretté; j'espère que Dieu fera aux aultres à la fin recevoir le traictement qu'ils méritent. L'on tient aussy que Baudiné[544] est mort et que la peste est parmy eulx à Xainctes où ils sont encores.» Et, sans transition, elle conclut: «Je vous prie au reste, Monsieur de Fourquevauls m'envoyer par la première commodité deux douzaines d'éventails....»[545]. (19 mai 1569).