[Note 556: ][(retour) ] Lettre citée par Pierre de Vaissière, De quelques assassins, Paris, 1912, p. 99.
[Note 557: ][(retour) ] Il n'y a pas à faire état dans cette conversation, ibid., p. 99, de ce propos que sept ans auparavant elle aurait eu même dessein. Elle n'a pas montré dans la première guerre civile de passion contre les protestants, mais elle avait intérêt à le persuader à l'ambassadeur de Philippe II. C'était une façon d'effacer la tare de ses cinq ans de politique modérée. Il ne faut pas toujours la croire sur parole. Elle donne souvent, par calcul, aux inspirations du moment la consécration du passé.
[Note 558: ][(retour) ] Calendar of state papers, Foreign series, of the reign of Elizabeth, 1569-1571, p. 96.
[Note 559: ][(retour) ] Francès de Alava à Philippe II, 8 août 1569, Archives nationales, K. 1512, no 43. Voir Pierre de Vaissière, De quelques assassins, 2e éd., Paris, 1912, p. 100-101, dont j'emprunte la traduction élégante et fidèle. Cette dépêche est du 8 août. Alava dit que dans la dépêche précédente, celle du 6 août, Arch. nat., no 40, il a oublié de rapporter cette conversation à Philippe II. L'oubli est un peu étrange, étant donné l'importance du fait. Aussi ne suis-je pas surpris qu'à quelques jours de distance, son imagination aidant, il ait donné à ce récit, très exact au fond, une forme, si j'ose dire, dramatique.
Un mois après cette scène tragi-comique, les huguenots arrêtaient à son retour au camp un domestique de l'Amiral, Dominique d'Alba, qui, dépêché à Wolfgang de Bavière, était resté si longtemps en route qu'il en était devenu suspect. On trouva sur lui un passeport au nom du duc d'Anjou, daté du 30 août, et une poudre blanche, que les médecins et les apothicaires consultés déclarèrent être du poison. D'Alba confessa que pris par les catholiques, et pressé par La Rivière, capitaine des gardes du Duc, de faire mourir l'Amiral, il avait consenti et reçu argent «et poison en forme de poudre blanche». Jugé par un conseil de guerre, où l'Amiral et les deux Bourbons s'abstinrent de siéger, il fut condamné à être étranglé et pendu (20 septembre)[560].
Si elle s'acharna contre Coligny, c'est qu'il commandait sans partage, depuis la mort de Condé, les forces protestantes. Les deux jeunes princes du sang, Henri de Navarre et le fils de Condé, Henri de Bourbon, qui, selon la casuistique huguenote, légitimaient la révolte par leur présence, étaient en droit les chefs de l'armée et en fait «les pages de monsieur l'Amiral», comme on les appelait. Supprimer Coligny, c'était frapper le parti à la tête. Qu'il méritât la mort, Catherine n'en pouvait douter. Les lois du royaume, quoi qu'il pût dire pour sa défense, n'admettaient pas d'excuse à la rébellion. Mais les rois de France, à l'exception peut-être de Louis XI, ne procédaient contre les coupables que par force d'armes ou par jugement. Tout en considérant la justice comme l'attribut essentiel de la souveraineté, ils en laissaient la fonction à leurs officiers, et se seraient fait scrupule de commander d'autorité le meurtre d'un sujet[561]. Quant à l'idée de soudoyer un empoisonneur, elle ne leur venait même pas. Catherine n'avait pas de ces répugnances. Elle est d'un pays où de jeunes dynasties fondées par la violence et de vieilles oligarchies soupçonneuses n'ont d'autre règle de droit que le souci de leur sécurité. Le poison est, comme l'assassinat, un moyen de se défaire d'ennemis qui échappent à la puissance des lois. Dans sa lutte contre le parti protestant, Catherine se servit des armes que lui fournissaient les institutions françaises et, au besoin, de celles que lui suggérèrent ses souvenirs italiens.
[Note 560: ][(retour) ] L'arrêt rendu contre Dominique d'Alba, valet de chambre de l'Amiral, le 30 septembre 1569, est rapporté dans les Mémoires de la troisième guerre civile et des derniers troubles de France... Charles IX régnant, 1571 [Jean de Serres], p. 411-415.
[Note 561: ][(retour) ] Même quand ils soustraient pour raison d'État les criminels de lèse-majesté à la juridiction ordinaire, ils les font juger par une commission, qu'ils composent d'ailleurs arbitrairement de membres de divers parlements, de conseillers en leur Conseil ou d'autres personnages. Ces jugements par commissaires sont trop souvent une parodie de la justice, mais ils prouvent que le roi n'exerce plus la justice que par délégation.
Le jour même où la poudre blanche procurée à Dominique d'Alba par le capitaine des gardes du duc d'Anjou était reconnue pour du poison (13 septembre 1569), le parlement de Paris, en suite de la procédure qu'il avait commencée en juillet par l'ordre du Roi déclara par arrêt Coligny «crimineux de lèze majesté au premier chef, perturbateur et violateur de paix, ennemi de repos, tranquillité et seureté publique, chef principal, autheur et conducteur de la rébellion conspiration et conjuration» contre le «Roy et son estat». Pour tous ces crimes, il le privait de tous honneurs, états, offices et dignités, confisquait ses biens et le condamnait à être étranglé et pendu à une potence en place de Grève. Il assurait à qui livrerait Coligny «es mains du roy et de sa justice», fût-il même complice de Coligny, «cinquante mil escus d'or soleil à prendre sur l'Hôtel de Ville de Paris et autres villes de ce royaume»[562]. Le Roi trouva bon l'arrêt du Parlement, «fors excepté qu'il falloit adjouster», après: à qui livrerait Coligny, ces mots: mort ou vif. Ainsi fut fait dans un nouvel arrêt du 28 septembre.
[Note 562: ][(retour) ] Delaborde, Coligny, III, p. 145.