[Note 597: ][(retour) ]597 Relation de Giovanni Michiel dans Alberi, Relazioni degli ambasciatori Veneti al Senato, serie 1a, Francia, t. IV, p. 281.

[Note 598: ][(retour) ] Alberi, Relazioni, serie 1a, Francia, t. IV, p. 285.--Cf. Brantôme, éd. Lalanne, t. IV, p. 299.

Coligny s'entêta, et sûr de l'assentiment tacite du Roi, il poursuivit ses levées presque ouvertement. Les gentilshommes et les capitaines huguenots que le prochain mariage d'Henri de Navarre ou le dessein des Flandres avait attirés en nombre à Paris parlaient de changer le Conseil du Roi. Les ambassadeurs étrangers prévoyaient des troubles.

La décision de Catherine n'en fut que plus ferme. Un homme contrecarrait sa volonté, prenait de l'empire sur son fils, mettait le Roi et le royaume en péril: il fallait qu'il mourût. D'accord avec les Guise, elle manda Maurevert, qui avait déjà fait ses preuves comme tueur du Roi.

Elle attendit pour sonner le glas les noces de sa fille. Le cardinal de Bourbon consentit, sans dispenses de Rome, à unir Henri de Navarre, que la mort de Jeanne d'Albret avait fait roi, avec Marguerite, un réformé et une catholique parents au troisième degré (18 août).

Quatre jours après (le vendredi 22), entre dix et onze heures du matin, Coligny, qui revenait du Louvre à son logis, rue de Béthizy, fut frappé d'une balle d'arquebuse qui lui emporta l'index de la main droite et lui brisa le bras gauche. Quelques gentilshommes de sa suite coururent à la maison d'où le coup était parti. Ils trouvèrent l'arquebuse fumante, mais l'arquebusier avait disparu.

Charles IX jouait à la paume, quand la nouvelle lui survint. De colère, il jeta sa raquette et se retira sans mot dire dans sa chambre. Catherine écouta, calme et muette, le récit du crime, et s'enferma avec le duc d'Anjou[599].

[Note 599: ][(retour) ] Mémoires de l'Estat de France sous le Roy Charles IX, s. 1. n. d., t. 1, fo 272.--Diego de Çuñiga à Philippe II, cité par Forneron, Histoire de Philippe II, t. II, p. 326.

A l'hôtel de la rue de Béthizy, où le blessé avait été conduit, affluait, inquiète et furieuse, la noblesse protestante. Le roi de Navarre et le prince de Condé coururent demander justice à Charles IX, qui leur promit de la faire si «mémorable... que l'Amiral et ses amis auraient de quoy se contenter». La Reine-mère apparut pour déclarer que «c'estoit un grand outrage fait au Roy, et que si l'on supportoit cela aujourd'huy, demain on prendrait la hardiesse d'en faire autant dans le Louvre, une autre fois dedans son lict et l'autre dedans son sein et entre ses bras»[600]. Coligny ayant exprimé le désir de voir le Roi, elle s'avisa, pour empêcher un entretien seul à seul, de changer la visite en démonstration solennelle de sympathie. La Cour, les plus grands seigneurs, les princes du sang, et même les ennemis de la victime étaient là; il n'y manquait que les Guise. Hardiment, l'Amiral engagea Charles IX à se défier de ses conseillers, qui livraient aux Espagnols le secret de ses délibérations, et de nouveau il lui recommanda la conquête des Flandres. Le Roi lui jura «par la mort-Dieu» de le venger de cette agression[601].

Cependant l'enquête ouverte à l'heure même par une commission du Parlement avait établi que la maison où le meurtrier était posté appartenait à un serviteur du duc de Guise. L'affaire aussitôt parut claire: c'était la revanche des Lorrains sur l'inspirateur présumé de Poltrot, une vendetta. «Et si Mr de Guise ne se fust tenu caché tout ce jour-là, certifie la Reine de Navarre, le Roy l'eust faict prendre»[602].