[Note 606: ][(retour) ] C'est le duc d'Anjou, qui fut bientôt après élu roi de Pologne.
[Note 607: ][(retour) ] Ibid., Mémoires de Marguerite de Valois, éd. Guessard, Soc. H. F., p. 29-31.
[Note 608: ][(retour) ] éd. Guessard, p. 27.
La nuit était déjà bien avancée[609] quand les complices eurent fini d'arrêter les moyens d'exécution et de se répartir la besogne. Seuls les deux princes du sang, le roi de Navarre et le prince de Condé, devaient être épargnés. Le Roi se chargea de dépêcher les gentilshommes logés au Louvre, en sa maison, ses hôtes. Guise, Tavannes, Nevers opéreraient hors du château. Les milices municipales, convoquées le lendemain dimanche, fête de Saint-Barthélemy, «de fort grand matin», occupèrent les places et les ponts, les passages et les portes. On attendait le lever du jour pour ôter aux proscrits ce moyen de salut, la fuite dans la nuit. Au dernier moment, Catherine «se fust volontiers desdicte»; le cœur lui faillit. Était-ce réaction d'humanité? on voudrait le croire; ou simplement, comme il est plus vraisemblable, le malaise de l'inquiétude et de la peur? Les confidents de son émoi furent obligés de relever son courage. A l'aube, les Suisses de la garde royale commencèrent la tuerie au Louvre. Guise courut d'abord à l'hôtel de Béthisy achever l'Amiral. La plupart des gentilshommes protestants furent égorgés dans leurs lits, quelques-uns arquebusés sur les toits, où ils s'étaient réfugiés. Le fanatisme généralisa les meurtres. Les milices et la populace se joignant aux soldats immolèrent les hérétiques sans distinction d'âge ni de sexe. A midi, il y avait déjà trois mille victimes. «Le sang et la mort courent les rues en telle horreur, que Leurs Majestés mesmes, qui en estoient les auteurs, ne se pouvoient garder de peur dans le Louvre»[610].
[Note 609: ][(retour) ] Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris, t. VII, éd. par Bonnardot, 1893, p. 10-11. Le prévôt des marchand est mandé au châtel du Louvre aujourd'huy samedi «au soir bien tard». Le Roi lui déclare le complot contre sa vie et son État, et lui donne l'ordre de convoquer les milices bourgeoises. Le greffier dresse les «mandements», qui sont portés aux quarteniers, archers, arquebusiers, le dimanche 24, jour de Saint-Barthélemy «de fort grand matin».
[Note 640: ][(retour) ] Mémoires de Tavannes, éd. Buchon, p. 435.
Le carnage s'arrêta, reprit, dura plusieurs jours.[611]
Le gouvernement hésitait à prendre la responsabilité de son crime. Le Roi, dans ses lettres du 24 août aux ambassadeurs et aux gouverneurs de provinces, parlait d'une bataille entre les partisans de Guise et de l'Amiral, où il n'était intervenu que pour calmer la sédition[612]. Puis il alla au Parlement déclarer que tout avait été fait avec son consentement, par son commandement. Enfin, le 28, il défendit de molester les huguenots qui se tiendraient tranquilles en leurs maisons, ajoutant toutefois par recommandations secrètes de tailler en pièces tous les autres[613]. Revirement et contradictions, ordres et contre-ordres laissaient toute liberté aux passions. A mesure que se propageait la nouvelle des «matines» parisiennes, les catholiques en un grand nombre de villes coururent sus aux réformés. Meaux, aux portes de Paris, ouvrit le 26 août, et Bordeaux, à l'extrémité du royaume, ferma le 3 octobre le cycle des tueries provinciales.
[Note 611: ][(retour) ] Un récit plus détaillé du massacre dans Histoire de France, de Lavisse, t. VI, 1, p. 129-131.
[Note 612: ][(retour) ] Mémoires de l'Estat de France, I, fos 296-299.