[Note 652: ][(retour) ] Au Louvre, salle X, no 1030, portrait peint de Catherine de Médicis. A Chantilly, Musée Condé, no 418, crayon de François Clouet, mort en 1572. A Florence, dans le couloir des Uffizi au palais Pitti, côté Pitti, no 19, un portrait de Catherine de Médicis en sa vieillesse. Il y a aussi au Musée des Uffizi, dans la salle des Miniatures et Pastels, no 3 380, douze médaillons représentant les principaux membres de la famille des Valois. Catherine y a, comme les autres personnages, les yeux bleus, mais c'est évidemment une couleur de convention.

Son activité, sinon sa force physique, était restée la même. Elle continue à voyager, malgré ses rhumatismes et son catarrhe, au hasard des mauvais gîtes et des mauvais temps, intrépide chevaucheuse «jusques en l'âge de soixante et plus», malgré sa blessure à la tête de 1564, «dont il l'en falust trépaner». Elle est bonne marcheuse et chasse tant qu'elle peut. «Elle aymoit fort, dit Brantôme, à tirer de l'harbaleste à jalet et en tirait fort bien, et toujours quand elle s'alloit pourmener faisoit porter son harbaleste, et quand elle voyoit quelque beau coup, elle tiroit»[653]. Elle n'est jamais en repos. Elle écrivait quelquefois vingt lettres de suite[654], et, revenue parmi ses dames, elle causait et brodait. «Elle passoit fort son tems les après-dinées, dit Brantôme, à besongner après ses ouvrages de soye, où elle y estoit toute parfaicte qu'il estoit possible»[655]. L'habile dessinateur pour broderies, le Vénitien Vinciolo, dédia à cette reine aux doigts de fée ses «Singuliers et nouveaux pourctraicts.... pour toutes sortes d'ouvrages de lingerie..., Paris, 1587», qui eurent une dizaine d'éditions[656].

[Note 653: ][(retour) ] Brantôme, VII, p. 346. L'arbalète à jalet servait à lancer soit des jalets (c'est-à-dire des petits cailloux ronds ou galets), soit des balles de plomb ou d'argile. Une arbalète de Catherine en ébène et damasquinée d'or est au Musée d'artillerie.

[Note 654: ][(retour) ] Id., p. 374.

[Note 655: ][(retour) ] Id., p. 347.

[Note 656: ][(retour) ] Bonnaffé, Inventaire des meubles de Catherine de Médicis en 1589, Paris, 1874, p. 101 et 108, notes. Sur Frédéric de Vinciolo, voir G. d'Adda, Essai bibliographique sur les anciens modèles de lingerie de dentelles, de tapisserie (Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1864, p. 425-426).

Elle est grosse mangeuse. L'Estoile rapporte qu'elle pensa crever d'indigestion pour «avoir trop mangé, disait-on, de culs d'artichaux et de crestes de rongnons de coq»[657]. La vie en elle surabonde. Elle est gaie, prend grand plaisir aux farces de la Comédie Italienne, «et en rioit son saoul comme un autre, car elle rioit volontiers». Elle n'étoit point prude, du moins en sa jeunesse, et, lors de la seconde guerre civile, s'amusa fort de la raison, à faire rougir un corps de garde catholique, pour laquelle les huguenots avaient nommé leur coulevrine du plus gros calibre «la Reine-mère». Elle croyait que la joie est le principe de la fécondité et recommandait à son fils Henri III et à sa belle-fille, Louise de Lorraine, ce moyen d'avoir des enfants: «Car voyés combien Dieu m'en a donné pour n'estre poynt menencolyque (mélancolique)[658]». Les pamphlets n'ont jamais altéré sa bonne humeur. Même dans les pires dangers de la monarchie, quand elle fut obligée (traité de Nemours, 7 juillet 1585) de subir la loi des chefs de la Ligue, elle ne s'interdisait pas de réagir. Quelques jours après, elle s'amusa fort avec sa grande amie, la duchesse d'Uzès, d'une pantalonnade où figuraient déguisés en femmes et «coiffés de rideaux de lit» le grave surintendant des finances, Bellièvre, et le vieux cardinal de Bourbon[659]. Elle avait alors soixante-six ans. La situation s'aggrava, mais elle ne voulait pas s'attrister. «Si ce n'estoit que je me divertiz le plus que je puis, alant à la chasse et me promenant, je pense que je serois malade. J'attens demain Madame de Longueville qui m'aydera bien aussi à passer mon tems»[660].

[Note 657: ][(retour) ] L'Estoile, juin 1575, I, p. 64.

[Note 658: ][(retour) ] Lettres, t. IX, p. 103, 2 décembre 1586.

[Note 659: ][(retour) ] Ibid., t. VIII, p. 341, note 1 (entre le 11 et le 23 juillet).