(Cent. L. quatrain 35.)

avaient été, après l'événement, interprétés comme la prédiction du tournoi où Mongomery tua Henri II. Nostradamus, écrivait Catherine au Connétable, «promest tou playn de bien au Roy mon filz et qu'il vivera aultant que vous, qu'il dist aurés avant mourir quatre vins et dis ans». Elle ajoute sagement: «Je prie Dieu que (il) dis vray...»[687]. Cette fois l'oracle avait, pour sa gloire, parlé trop clair. Montmorency périt, trois ans après, simple septuagénaire et Charles IX mourut à vingt-quatre ans. Mais Catherine ne rendait pas l'astrologie responsable des erreurs des astrologues; c'était une science qui, comme toutes les autres, était, du fait des savants ou de l'intervention divine, sujette à faillir. N'avait-elle pas eu plus d'une fois l'occasion d'en constater l'incertitude? Gauric avait, disent les éditeurs de ses œuvres, annoncé à Henri II qu'il mourrait en duel et combat singulier aux environs de la quarante et unième année[688], mais il faut les croire sur parole. Au vrai, dans ses Horoscopes d'avant 1559, il s'était borné à prédire que le Roi de France atteindrait soixante-neuf ans, deux mois et douze jours, pourvu qu'il dépassât les années 56, 63 et 64[689]: une prophétie peu compromettante et dont il était à peu près sûr de ne pas voir le dernier terme--précis, celui-là--ayant lui-même trente ans de plus qu'Henri II. Giunctini et Cardan, consultés par Catherine, lui avaient assuré que son mari aurait une vie longue et glorieuse.

[Note 687: ][(retour) ] Lettres, X, p. 1455, novembre 1564.

[Note 688: ][(retour) ] Brantôme, Œuvres complètes, éd. Lalanne, t. III, p. 280-283.

[Note 689: ][(retour) ] D. Nass. Revue des études historiques, 1901, p. 217. Cf. Dict. de Bayle, verbo Henri II.

Connaître sa destinée, c'est, avec l'aide de Dieu, une chance de s'y soustraire. Il faut se protéger aussi contre les maléfices des magiciens et des nécromants en rapports avec les esprits infernaux. L'astrologue Côme Ruggieri, «Italien, homme noir, qui n'a le visage bien fait, qui joue des instrumens... toujours habillé de noir, puissant homme»[690], passait pour un de ces intermédiaires redoutables, capables de procurer, par des moyens diaboliques, la mort d'un ennemi. C'était un esprit libre et hardi. Il aurait osé dire en face à Catherine, après la Saint-Barthélemy, qu'elle avait travaillé pour le Roi d'Espagne[691]. Il fut entraîné ou enveloppé dans le complot des Politiques[692]. On trouva, dans les «besognes» de La Molle, son grand ami, une poupée de cire. Catherine se demandait avec inquiétude si ce n'était pas une effigie de Charles IX, que Côme aurait modelée, à des fins d'envoûtement, pour faire périr son fils, ou le faire dépérir de mort lente, en piquant son image au cœur ou au corps avec une aiguille. Elle informa le procureur général que Côme avait demandé au lieutenant du prévôt de l'Hôtel, quand il fut pris, «si le Roi vomissoit, s'il seignoit encore et s'il avoist douleur de teste, et comment» allait La Molle, et qu'il l'aimerait tant qu'il vivrait. Elle voulait qu'on lui fit répéter cette déclaration, en présence du lieutenant, du premier président et du président Hennequin: «Faictes lui tout dire... et que l'on sache la vérité du mal du Roi et que l'on lui face défaire, s'il a faict quelque enchantement pour nuire à sa santé et aussi pour faire aimer La Mole à mon fils d'Alençon, qu'il le défasse»[693]. La terreur qu'il inspirait le sauva. Il ne fut condamné qu'à neuf ans de galères, et, après un court séjour à Marseille, où le gouverneur l'avait autorisé à ouvrir une école d'astrologie, il fut libéré, rentra en faveur, et mourut très âgé sous Louis XIII, abbé de Saint-Mahé en Bretagne et incrédule notoire, toujours craint et admiré[694].

[Note 690: ][(retour) ] Archives curieuses de Cimber et Danjou, 1re série, t. VIII, p. 192.--Cf. Defrance (Eug.), Un croyant de l'occultisme, Catherine de Médicis; ses astrologues et ses médecins envoûteurs, Paris, 1911, p. 198-199.

[Note 691: ][(retour) ] Lettre de Petrucci, 2 septembre 1572, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. III, p. 836.

[Note 692: ][(retour) ] Vincenzo Alamanni, qui succéda à Petrucci comme ambassadeur de Florence, donne, Lettres du 22-26 avril et du 1er mai 1574, ibid., t. III, p. 920-923, des détails intéressants sur les premiers rapports de Ruggieri avec Catherine de Médicis. Il ne l'estime pas grand astrologue et croit qu'on l'accuse à tort d'être un nécromancien.

[Note 693: ][(retour) ] Lettres, t. IV, p. 296-297, 29 avril 1574, onze [heures] du soir.--Cf. Eugène Defrance, Catherine de Médicis, p. 196.