[Note 694: ][(retour) ] Le texte le plus important, sur Côme Ruggieri, se trouve dans les Mémoires de J.-A. de Thou, le grand historien, année 1598, liv. VI (éd. Buchon, p. 671-672) avec renvoi à l'Histoire générale, année 1573. De Thou prétend que Ruggieri, mis à la chaîne, fut délivré sur la route de Marseille, par des «courtisans». Sur cet abbé commendataire, mort sans sacrements, que Concini aurait voulu faire inhumer en terre sainte et que l'évêque de Paris fit jeter à la voirie, voir aussi les Mémoires du cardinal de Richelieu, Soc. Hist. Fr. t. I (1610-1615), 1907, p. 391.

Peut-être aussi Catherine croyait-elle que les mots avaient en eux une force opérante, analogue à celle des charmes et des maléfices. Informée qu'un soldat, qui avait voulu tuer d'Avrilly, un des mignons du duc d'Alençon, avait dit, en voyant les portraits du Roi (Henri III) et de son frère, qu'ils n'avaient pas longtemps à vivre, ce propos de mauvais augure la troubla: «Sela me met en pouyne (cela me met en peine), écrit-elle, de cet qu'il a dist qu'il (ils) ne viveret gyere (ne vivraient guère); Dieu le fasse mentyr»[695]. Elle se hâte d'appeler la puissance divine à l'aide contre cette sorte de sortilège verbal.

Voilà les faits établis. Il ne faut pas croire tous les contes qui ont couru et qui courent sur les superstitions de Catherine[696]. Un devin lui ayant prédit que Saint-Germain lui serait funeste, elle aurait cessé d'aller au château de Saint-Germain, et même renoncé à habiter les Tuileries, après y avoir fait travailler de 1564 à 1570 l'architecte Philibert de L'Orme, parce que les nouveaux bâtiments se trouvaient dans la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois. C'est aussi pour cette raison qu'elle aurait acheté dans la paroisse de Saint-Eustache des maisons et des terrains pour s'y construire un hôtel, mais, malgré toutes ces précautions, elle n'avait pu échapper à son sort. L'aumônier qui à Blois lui administra les derniers sacrements s'appelait Saint-Germain[697].

[Note 695: ][(retour) ] Lettres, t. VIII, p. 168.

[Note 696: ][(retour) ] Dreux du Radier les a recueillis sans trop y croire dans ses Mémoires historiques et critiques et anecdotes des reines et régentes de France, Paris, 1808, t. IV, p. 253-268.

[Note 697: ][(retour) ] Voir une variante de la même légende dans les Mémoires de Claude Groulart, premier président du Parlement de Rouen, un contemporain, qui raconte que le château de Blois où elle mourut était «soubz une paroisse qui s'appelle Saint-Germain» (Mémoires, Michaud et Poujoulat, 1re série, t. XI, p. 585).

Au vrai, si elle ne s'établit pas à demeure aux Tuileries, comme elle avait projeté de le faire aussitôt que Charles IX serait marié, et si elle se contenta d'y donner des fêtes et d'aller s'y promener dans les jardins ombreux, animés de statues et égayés d'eaux jaillissantes, c'est vraisemblablement que ce palais des champs, situé hors des remparts de Paris, était, en ces temps de troubles, trop exposé à un coup de main ou trop éloigné, à son gré, du Louvre, la résidence de ses fils. Elle continua, longtemps après son installation dans son hôtel de la rue Saint-Honoré, à faire des séjours, longs ou courts au château de Saint-Germain[698]. Une autre légende veut qu'elle ait destiné à ses observations astronomiques la haute colonne monumentale, qui se dressait dans la cour de l'Hôtel et qui de tout l'édifice subsiste seule, accolée à la Halle au blé actuelle. À l'intérieur, un escalier à vis très étroit, de 280 marches, continué par une échelle de six pieds, mène à une plate-forme que surmonte une sphère armillaire en fer haute de dix pieds. Imagine-t-on la vieille Reine, épaissie et alourdie par l'âge--elle avait, quand elle occupa l'Hôtel, plus de soixante ans--s'élevant, par le boyau étroit de l'escalier tournant, jusqu'au sommet de la colonne et, debout, la nuit, à 143 pieds au-dessus du sol, sur un palier large de huit pieds six pouces de diamètre, étudiant, avec le calme requis, les révolutions et les révélations des astres?[699]. Le prétendu observatoire était probablement une tour de guette, adaptée au style et à la grandeur de l'édifice, pour surveiller la nuit l'amas très inflammable des ruelles avoisinantes et donner l'alarme en cas d'incendie.

[Note 698: ][(retour) ] Elle réside à Saint-Germain (voir son Itinéraire dressé par le Cte Baguenault de Puchesse, Lettres, t. X, p. 574-589), en 1583, du 11 au 25 novembre et du 12 au 19 décembre; en 1584, du 19 au 26 janvier, du 12 au 29 novembre, et du 12 au 19 décembre. Elle n'y paraît pas en 1585, 1586, 1587, 1588, parce qu'elle est entraînée par les négociations vers la Loire ou la Champagne, ou bien retenue à Paris par son âge ou par l'urgence des affaires.

[Note 699: ][(retour) ]: A. de Barthélemy, La Colonne de Catherine de Médicis à la Halle au blé, Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Île-de France, t. VI, 1879, p. 180-199.

La sphère armillaire indiquerait le champ d'action ou devait se déployer la gloire d'Henri II, s'il eût vécu; c'est l'interprétation concrète de sa devise: donec totum impleat orbem, tandis que les lacs, les miroirs brisés, etc., échelonnés le long de la colonne, symbolisent l'amour détruit et les regrets de sa veuve (voir plus loin, p. 232).

Il est possible qu'afin de se préserver des dangers de toutes sortes, Catherine portât des talismans. Voltaire a l'air de décrire comme tel une médaille où «Catherine (?) est représentée toute nue entre les constellations d'Aries et Taurus (du Bélier et du Taureau), le nom d'Ebullé Asmodée sur sa tête, ayant un dard dans une main, un cœur dans l'autre, et dans l'exergue le nom d'Oxiel»[700]. On en cite un autre qui figure[701] à l'endroit un roi assis, le sceptre en main et, au revers, une femme nue, debout, encerclée de signes mystérieux et de noms de génies: Hagiel, Haniel, Ebuleb, Asmodel. La lettre H placée sous une petite couronne aux pieds du roi, semble désigner Henri II; plus bas, les initiales K, F, A, surmontées chacune d'une couronne, peuvent s'appliquer à ses trois premiers fils Charles (Karolus), François et Alexandre (qui prit plus tard le nom d'Henri). Le nom de Freneil serait, avec une légère déformation, celui de Fernel, médecin d'Henri II et de Catherine et habile accoucheur. Catherine serait cette femme nue tenant de la main droite un cœur et de la gauche un peigne, symboles de pureté et d'amour conjugal.