[Note 700: ][(retour) ] Essai sur les mœurs, ch. CLXXIII, Œuvres complètes de Voltaire, éd. Moland, t, XII, p. 527.

[Note 701: ][(retour) ] Elle est reproduite dans l'édition de Ratisbonne de la Satyre Ménippée, 1726, t. II, p. 422.--Sur un talisman trouvé à Laval en 1826, voir Tancrède Abraham, Un talismam de Catherine de Médicis, Laval, 1885, et sur le talisman de Bayeux, Lambert, Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-lettres de Bayeux, 1850, p. 231. Tous ces prétendus talismans se ressemblent beaucoup, sans qu'il soit possible de rien conclure sur leur origine, leur caractère et leur date.

Cette interprétation paraît bien ingénieuse. Si les initiales K, F, A couronnées désignent les trois fils de Catherine qui ont régné, il s'en suit que le talisman est postérieur à l'avènement d'Henri III (1574), mais alors il est tout à fait étrange, qu'Henri soit encore appelé Alexandre, plus précisément Édouard-Alexandre, un prénom qu'il ne garda que jusqu'en 1565. D'ailleurs un talisman, c'est un préservatif. Contre la fécondité? Catherine était veuve, se faisait gloire de sa vertu, et elle avait, en 1574, cinquante-cinq ans. Contre la stérilité? Le remède viendrait un peu tard. Que ferait ici Fernel qui n'assista la Reine que lors de son dernier accouchement, le neuvième, en 1556[702]? Après la naissance de quatre garçons et de plusieurs filles Catherine ne pouvait penser qu'à célébrer ses nombreuses maternités. Le prétendu talisman ne serait donc qu'une médaille commémorative. On n'est pas non plus obligé de croire sur la foi d'un éditeur des Mémoires-Journaux de L'Estoile[703] que cette médaille ou ce talisman était fait de sang humain, de sang de bouc et de divers métaux fondus ensemble sous les constellations en rapport avec la nativité de Catherine. Un autre,--c'est l'érudit J. Le Laboureur, qui décidément paraît bien crédule--raconte[704] que la Reine-mère «portait sur son estomach pour la seureté de sa personne une peau de velin semée de plusieurs figures et de caractères tirez de toutes les langues et diversement enluminez qui composoient des mots moitié grecs, moitié latins et moitié barbares».

Un bracelet, qui appartenait, dit-on, à Catherine, fait meilleure figure de talisman. C'était un chapelet de dix chatons d'or sertis de pierres diverses et rares: aétite ovale, agate à huit pans, onyx de trois couleurs, turquoise barrée d'une bande d'or transversale, éclat de marbre noir et blanc, agate brune, crapaudine, morceau d'or arrondi, onyx de deux couleurs, fragment de crâne. Sur quelques-unes de ces pierres étaient gravés en creux ou ressortaient en relief des indications, des noms ou des figures, la date de 1559, un dragon ailé, la constellation du serpent entre le signe du scorpion et le soleil, et tout autour six planètes, les noms de quatre archanges: Raphaël, Gabriel, Mikaël, Uriel, celui de Jehovah et d'un génie inconnu, Publeni[705].

[Note 702: ][(retour) ] Goulin, Mémoires littéraires, critiques philologiques, biographiques et bibliographiques, pour servir à l'histoire ancienne et moderne de la médecine, 1775, p. 341.

[Note 703: ][(retour) ] La Haye, 1744, t. II, p. 160.

[Note 704: ][(retour) ] J. Le Laboureur, Mémoires de messire Michel de Castelnau, t. I, p. 291.

[Note 705: ][(retour) ] Description de Paul Lacroix, citée par Edouard Frémy, Les poésies inédites de Catherine de Médicis, 1885, p. 221-223, note. P. Lacroix, dont je n'ai pu retrouver le passage dans ses innombrables publications, indiquerait lui-même comme référence le Catalogue des objets rares et précieux du cabinet de feu M. d'Ennery, écuyer, dressé par les sieurs Remi et Milliotti, Paris, 1786. Il n'a probablement pas vu le bracelet.

Ce bracelet aux gemmes variées, polychrome et multiforme, où apparaissent accouplés Jehovah et le caducée de Mercure, constituait en somme un porte-bonheur très pittoresque, sauf la parcelle d'os humain. C'est l'amulette d'une civilisation raffinée d'importation étrangère. La vieille sorcellerie française, issue du peuple, n'aurait pas atteint d'elle-même à cet éclectisme savant.

A ceux de ces traits qui sont vérifiables on reconnaît une femme d'un autre pays. La croyance à l'astrologie, à la magie, à la nécromancie n'était pas particulière à l'Italie, mais elle y était plus raisonnée et plus étendue qu'ailleurs, commune aux plus hautes et aux plus basses classes, au clergé et aux laïques, aux savants et aux ignorants.