[Note 904: ][(retour) ] C'est l'aveu qu'elle faisait en gémissant à un capucin qui s'étonnait qu'elle eût permis le meurtre des Guise. Cette pièce intéressante a été publiée par Charles Valois, Histoire de la Ligue. Œuvre inédite d'un contemporain, Soc. Hist. France, I, 1914, app., p. 300.

CHAPITRE IX

CAMPAGNE DE PACIFICATION A L'INTÉRIEUR

Catherine avait couru après le duc d'Anjou, fugitif, «de peur qu'il fist encore le fou». Elle le trouva «resoleu hà (à) ne rien fayre, à cet qu'il m'a dist, qui puise desplayre au Roy son frère et alterer le repos de cet royaume», mais il refusa de revenir à la Cour. Elle souhaitait, sans trop y croire, qu'il se tînt tranquille «pour leser paser ten (tant) de fiers (italien feri, sauvages) humeurs qui sont aujourd'hui en cet royaume». Mais cette fois il disait vrai. Il ne pensait pas à troubler, comme elle put s'en convaincre quand elle retourna le voir en mai à Bourgueil et lui demanda[905]: «si l'on [ne] l'avoit pas recherché pour le faict des ligues et du bien publicq». «Il m'a, écrivait-elle à Henri III, franchement respondu que ouy et que l'on luy en avoit présenté des requestes, mais qu'il avoit renvoyé ceulx qui luy en avoient parlé et fait parler et qu'il ne luy adviendroit jamays, comme il leur avoit faist clairement entendre et congnoistre, de faire aulcune chose au préjudice de vostre service et de ce royaume, s'estant estendu sur cela et m'en a parlé, ce me semble fort franchement, se laissant entendre avoir bien congneu qu'il y a quelque chose de messieurs de Guyse meslé en ceci, et m'a dit que quasy tous les gouverneurs et lieutenans generaulx des provinces estoient mal contens et qu'ilz estoient [tous] ou la pluspart d'intelligence en cecy et qu'il estoit d'advis que leur fissiez quelque bonne démonstration pour les asseurer et maintenir en la bonne affection qu'ils vous doibvent»[906].

Le plaisir que causaient à la Reine-mère ces déclarations de fidélité n'était pas sans mélange. Ce «moricau», qui tout petit était et n'avait cessé d'être «guerre et tempeste en son cerveau»[907], avait repris pour son compte le projet de Coligny sur les Pays-Bas. Il invoquait les mêmes raisons: l'ancienne suzeraineté de la France sur les Flandres[908], la prétention de l'Espagne à la «monarchie» du monde, le devoir de protéger les opprimés, la nécessité de divertir contre l'étranger les forces qui déchiraient l'État. Mais son principal mobile, c'était l'ambition de jouer un rôle. Il allait courir d'aventure en aventure pour échapper à sa condition de sujet.

[Note 905: ][(retour) ] Catherine à la duchesse de Nemours, Paris, 20 mars 1578, Lettres, t. VI, p. 9-10.

[Note 906: ][(retour) ] Lettres, VI, p. 20, 7 mai 1578.

[Note 907: ][(retour) ] Catherine au duc de Guise, 9 févr. 1563, Lettres, t. I, p. 618.

[Note 908: ][(retour) ] Droits de suzeraineté que François Ier avait abandonnés à Charles-Quint, héritier de la maison de Bourgogne, par les traités de Madrid (14 janv. 1526) et de Cambrai (5 août 1529).