Le Duc partit immédiatement pour le Midi, et y fut bientôt rejoint par Bellièvre et Villeroy, les deux hommes de confiance d'Henri III et de Catherine, qui devaient lui servir d'aides et de conseils. Les négociations avec le roi de Navarre commencèrent en octobre et aboutirent assez vite à la paix de Fleix (26 novembre), qui confirmait les article de Nérac, mais laissait aux protestants pendant six ans encore les places de sûreté. La Reine-mère remercia Bellièvre avec effusion «de la bonne et grande et dextre façon» dont il avait usé «en la conférence de Flex et aux affaires qui se sont traictez de delà» auprès de son fils le duc d'Anjou[1083].--«De ma part, lui écrivait-elle encore le même mois, vous povés panser come je l'é reseus (reçu la nouvelle), que, oultre la pays (paix) du royaume, voyr une entière récosyliation de tous mes enfans»[1084]. Elle se réjouissait déjà, dans une lettre à la duchesse d'Uzès, d'avoir ses deux fils et sa fille Marguerite réunis autour d'elle «aveques joye et contentement et repos de set royaume», et comme elle s'endormait de fatigue en écrivant, elle répétait les mêmes mots, mais avec une addition qui trahit sa préférence maternelle: «aveques plus de repos en se royaume et contentement pour le Roy mon fils amé»[1085].

[Note 1083: ][(retour) ] Lettres, t. VII, p. 310, décembre 1580.

[Note 1084: ][(retour) ] Ibid., p. 320.

[Note 1085: ][(retour) ] Ibid., p. 302.

Elle affectait de rapporter tout l'honneur de la négociation à Bellièvre pour se dérober aux exigences du duc d'Anjou. Il réclamait comme récompense de son grand service les moyens d'aller guerroyer en Flandres. Elle priait Bellièvre de lui redire après Villeroy «de ne se présipiter, et, en se perdent (perdant), nous perdre tous»[1086]. Mais il alléguait les raisons d'honneur et d'opportunité qui l'obligeaient à secourir au plus vite Cambrai qu'Alexandre Farnèse bloquait[1087]. Il pouvait invoquer les engagements pris par le Roi, et dont le dernier, du 26 novembre 1580, portait expressément qu'il aiderait et assisterait son frère de tout son pouvoir et se joindrait, liguerait et associerait avec les provinces des Pays-Bas qui auraient contracté avec lui, aussitôt qu'elles l'auraient effectivement reçu et admis en la principauté et seigneurie desdites provinces[1088]. Le Duc escomptant l'effet de ces promesses, recrutait partout des soldats et ordonnait à ses gentilshommes de monter à cheval. Mais Henri III se dérobait. Les États généraux des Pays-Bas, réunis à Delft pour ratifier le traité de Plessis-les-Tours, y mettaient pour condition que le roi de France donnât assurance sous son seing d'aider son frère de ses forces et moyens «pour tousjours maintenir ensemble les provinces»[1089]. Mais, au contraire, Henri III demandait l'annexion de l'une de ces provinces à la France comme prix de son concours. C'étaient des exigences inconciliables et il pensait en tirer parti.

[Note 1086: ][(retour) ] Ibid., p. 31.

[Note 1087: ][(retour) ] Bellièvre à la Reine-Mère, Coutras, 11 décembre, Lettres, t. VII, app., p. 453.

[Note 1088: ][(retour) ] Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 599.

[Note 1089: ][(retour) ] Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 597, note.

La Reine-mère prétendait que le Duc restât dans le Midi ou qu'il se tînt tranquille jusqu'à la complète exécution de la paix. Est-il possible ou seulement raisonnable, lui disait-elle dans une de ces grandes lettres, qui sont de véritables mémoires politiques[1090], «que le Roy offence le Roy catholique et se mecte en danger de avoir la guerre contre luy, devant que d'avoir estably, comme il convient, les affaires de son royaume et d'estre asseuré de la fidélité de ses subjectz».