[Note 1112: ][(retour) ] Kervyn de Lettenhove, t. VI, p. 133.
[Note 1113: ][(retour) ] Sur ce premier échec à Blois, voir une dépêche de l'ambassadeur vénitien, citée dans Lettres, t. VII, p. 375, note.
[Note 1114: ][(retour) ] Jean-Baptiste de Tassis, cité dans Kervyn de Lettenhove, t. VI, p. 140, note 2.
[Note 1115: ][(retour) ] Renieri, 25 Juillet, Négociations diplomatiques, t. IV, p. 377.
Elle alla encore une fois, par acquit de conscience, trouver son fils à La Fère-en-Tardenois pour le détourner de cette aventure (7 août), mais déjà elle avait pris toutes les dispositions pour la protéger. Le sieur de Puygaillard, qui commandait les troupes royales, avait l'ordre de côtoyer l'armée d'invasion et d'empêcher les Espagnols de l'attaquer avec avantage. C'est sous la protection de ce lieutenant du Roi que le duc d'Anjou mena au secours de Cambrai les troupes que le Roi lui avait défendu de rassembler et qu'il avait abandonnées aux coups des populations. Il entra dans la ville le 18 août, la débloqua ensuite et marcha sur Cateau-Cambrésis, qui capitula le 7 septembre. Mais la Reine-mère restait anxieuse. «Je suis, écrivait-elle à Du Ferrier, le 23 août, en une extresme peine de l'issue du voyage auquel mon fils s'est embarqué»[1116]. Elle craignait que la fin ne correspondît pas au commencement.
[Note 1116: ][(retour) ] Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 209. Lettres, t. VII, p. 391.
Cependant la reine d'Angleterre ne s'opposait plus aux projets du duc d'Anjou. Décidément inquiète du surcroît de puissance que donnait à Philippe II l'acquisition du Portugal et de ses colonies, elle cherchait à lui susciter partout des ennemis. Elle blâmait maintenant Henri III de ne pas soutenir son frère. Elle le poussait à faire valoir les droits de sa mère sur la couronne de Portugal et lui proposait de conclure une ligue défensive. Mais, toujours prudente et toujours économe, elle se refusait à rompre ouvertement avec l'Espagne, et même à payer tout ou partie des frais de la conquête des Pays-Bas[1117]. Quant à son mariage, elle l'ajournait après l'alliance. Or Henri III, pour être bien certain de son concours, exigeait qu'il se fît avant. On ne pouvait s'entendre. Élisabeth envoya l'un de ses plus habiles conseillers, Walsingham, exposer ses raisons au Roi et au duc d'Anjou. Le ministre anglais ne croyait pas ce mariage sortable et il le laissait trop voir. Aussi, comme, dans l'entretien qu'il eut avec Catherine au jardin des Tuileries, le 30 août, il ne lui parlait que de former la ligue, elle représenta nettement «qu'on pourrait mettre en œuvre plusieurs persuasions et artifices pour rompre des traitez qui ne seroient composez que d'encre et de papier»[1118]. Il ne fallait pas espérer que le Roi son fils attaquât les Espagnols avant que le duc d'Anjou fût l'époux de la Reine. Le Duc se plaignit à Élisabeth de la perdre en termes d'une «pation si afligée»[1119] qu'elle fut émue de sa douleur. Elle lui fit dire de ne pas désespérer, lui promit de l'argent et blâma Walsingham[1120]. Elle recommençait à fluctuer: aujourd'hui homme d'État et demain femme. Quand François, après ses premiers succès, fut obligé, faute de fonds et de soldats, de reculer sur Le Catelet et d'aller chercher en Angleterre secours et réconfort, elle le reçut à Greenwich, où elle passait l'hiver, comme un fiancé. Un jour qu'elle se promenait avec lui dans la galerie du château, suivie de Walsingham et de Leicester, l'ambassadeur de France, Mauvissière, s'approcha et respectueusement lui demanda ce qu'il devait dire à Henri III de ses intentions. «Écrivez à votre maître, répondit-elle, que le Duc sera mon mari»; et soudain elle baisa le Duc à la bouche, et lui passa au doigt un anneau qu'elle portait[1121] (22 novembre). Mais, le lendemain elle lui raconta qu'elle avait pleuré toute la nuit, en pensant au mécontentement de son peuple, à la différence de religion, au mal qui résulterait de leur union. Il la rassura; elle échangea avec lui des promesses écrites et célébra par des fêtes à Westminster ses futures épousailles. Mais en dépit de la parole donnée, elle ne laissait pas de s'estimer libre et se félicitait de l'être encore. Elle continuait à débattre avec Henri III le prix de sa participation à l'affaire des Pays-Bas. Les États généraux, qu'effrayaient les progrès des Espagnols et la prise de Tournai (30 novembre), ayant sommé l'absent de leur venir en aide, elle affectait en public le plus profond chagrin de son départ et, en particulier, elle dansait de joie à la pensée de ne le revoir jamais[1122]. Elle voulut l'accompagner jusqu'à Cantorbery et, tout en larmes, lui jura au départ qu'elle l'épouserait, le priant de lui écrire: à la Reine d'Angleterre, ma femme (12 février 1582). Les graves conseillers de la Reine, Burleigh, Walsingham, le comte de Sussex, étaient scandalisés par les contradictions de ses nerfs et de sa raison. Ils l'accusaient de fausseté, de mensonge. Pauvre psychologie. Elle était toujours, mais successivement sincère.
[Note 1117: ][(retour) ] Lettre d'Henri III du 12 juillet, citée par Kervyn de Lettenhove, t. VI, p. 123, note 1 et mission de Somers, p. 123.
[Note 1118: ][(retour) ] Sommaire de la conversation secrète entre la Reine mère et moi, secrétaire, (Walsingham), en appendice dans Lettres de Catherine de Médicis, t. VII, p. 496.
[Note 1119: ][(retour) ] Kervyn de Lettenhove, t. VI, p. 153-154].