[Note 1120: ][(retour) ] Ibid., p. 163-164.

[Note 1121: ][(retour) ] Dépêche de Mendoza, ambassadeur d'Espagne, à Philippe II, citée par Froude, History of England from the fall of Wolsey to the defeat of the Spanish Armada, t. XI (1879), p. 208, note 1.

[Note 1122: ][(retour) ] Froude, ibid., p. 212.

Une flotte anglaise alla débarquer sur la côte de Zélande le fiancé d'Élisabeth accompagné du comte de Leicester, son favori, et de cent gentilshommes anglais. Le Duc annonçait qu'aussitôt après s'être fait reconnaître par les diverses provinces il reviendrait en Angleterre pour épouser la Reine, mais elle était bien décidée à ne se marier jamais.

Depuis longtemps Catherine en était convaincue et elle pensait à un autre mariage; mais, pour ne pas irriter un amour-propre féminin, dont elle savait la susceptibilité, elle aurait voulu qu'Élisabeth elle-même libérât le duc d'Anjou de la servitude des fiançailles. Dans une lettre autographe qu'elle lui fit porter par Walsingham, après l'entrevue du 30 août, elle la suppliait de faire à son fils cet honneur de lui donner des enfants, «sinon qu'il en puisse bientost avoir [une femme] de qui il en ait». Mais «ce sera à nostre grand regrect, je dis nostre, car ce sera de tous trois (la mère et les deux fils), si le malheur estoit tel que vous vous résolussiez de n'espouser celui que tous vous avons voué et qui lui mesme se dit tout donné à vous»[1123]. Une idée, qui datait de loin, se précisait dans son esprit, c'est qu'il serait possible, la reine d'Angleterre se dérobant, de régler par un mariage tous les différends entre l'Espagne et la France et d'assurer la paix de la chrétienté et du royaume. Aussi quand le Duc était parti pour Cambrai, lui avait-elle fait signer (5 août 1581) l'engagement, vague dans les termes, mais très précis au fond de «se déporter entièrement de ses entreprises» aux Pays-Bas, si les propositions de sa mère pouvaient être suivies d'effet, et de restituer de bonne foi toutes les villes qu'il aurait occupées, aussitôt «que les choses seront accordées de part et d'autre»[1124], c'est-à-dire entre elle et Philippe II. Pendant qu'Élisabeth délibérait encore d'être ou de ne plus être fille, elle profitait des plaintes de Tassis sur l'agression française pour faire dire à cet ambassadeur d'Espagne et lui dire elle-même que «le vrai moyen pour estraindre» l'amitié entre les deux couronnes, c'était le mariage de son fils avec l'une des infantes, ses petites-filles. L'offre était claire, mais elle ne voulait pas avoir l'humiliation d'un refus. Tassis ayant consenti à dépêcher un exprès à Madrid pour avertir son gouvernement, elle écrivit elle-même à Saint-Gouard, l'ambassadeur de France auprès de Philippe II, de faire, si le Roi catholique lui en parlait, comme si les «choses viennent d'eux» et néanmoins de hâter les négociations[1125]. Elle s'imaginait que Philippe II agréerait ce moyen de composer «le faict de Flandres et de Portugal» et elle se proposait, s'il résistait, d'exercer sur lui la pression nécessaire.

[Note 1123: ][(retour) ] Septembre 1581, Lettres, t. VII, p. 397.

[Note 1124: ][(retour) ] Déclaration secrète du duc d'Anjou du 5 août 1581, citée par Kervyn de Lettenhove, t. VI, p. 157. Bibliothèque nationale, 3301, f. 14.

[Note 1125: ][(retour) ] 23 septembre 1581, Lettres, t. VII, p. 401.

Trois siècles auparavant, un infant portugais (Alphonse) avait épousé en France une veuve richement pourvue, Mathilde ou Mahaut, comtesse de Boulogne (1235), mais quand il fut devenu roi, dans son pays, après la déposition et la mort de son frère, don Sanche (1248), il l'avait répudiée sans façon afin de prendre pour femme une fille naturelle du roi de Castille, qui lui apportait en dot les Algarves (1253). De son mariage avec Mahaut, il n'avait pas eu d'enfant ou du moins rien ne permettait de croire qu'il en avait eu. Alphonse III, d'abord excommunié par un pape pour sa bigamie, avait été réhabilité par un autre pape, à la sollicitation des évêques portugais, après la mort de Mahaut.

Catherine prétendait que, Mahaut ayant eu des enfants d'Alphonse, la descendance de l'épouse castillane régnait depuis trois siècles sans cause légitime et que la couronne appartenait de droit à la maison de Boulogne, sa propre maison, et à elle comme l'héritière de Mahaut[1126]. Le vieux cardinal Henri, successeur de son neveu, avait oublié, et pour cause, de l'inscrire parmi les divers prétendants qu'il avait invités, en prévision de sa fin prochaine, à lui exposer leurs titres à sa succession. Mais Catherine réclama. Sur ses instances, Henri III, qui avait chargé le sieur de Beauvais, son capitaine des gardes, de porter ses condoléances au Cardinal sur la mort de don Sébastien, adjoignit à cet homme de guerre «ung prélat d'Eglise et homme de lettres», l'évêque de Comminges, Urbain de Saint-Gelais, pour exposer les raisons de sa mère. «Ce ne seroit pas peu, écrivait-elle à son fils, le 8 février 1579, si ces choses réussissoient et que je puisse avoir cet heur que de mon costé et selon la prétention que j'y ay (qui n'est pas petite) j'eusse apporté ce royaulme-là aux François»[1127]. Son imagination aidant, elle découvrait sur le tard qu'elle était une royale héritière[1128]. Ce serait sa revanche--une revanche rétrospective--sur les ennemis du mariage florentin, qui avaient tant reproché à François Ier d'être allé choisir pour belle-fille une Médicis, mal dotée et d'illustration récente, sur l'espérance incertaine du concours de Clément VII.