[Note 1126: ][(retour) ] La thèse de la Reine est clairement exposée, ce qui ne veut pas dire établie, par l'ambassadeur vénitien, Lorenzo Priuli, dans sa relation de 1582: Alberi, Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, serie Ia, Francia, t. IV, p. 427-428.

[Note 1127: ][(retour) ] 8 février 1579, Lettres, t. VI, p. 256. Henri III avait cédé, d'assez mauvaise grâce, à ce qu'il semble, aux importunités de sa mère.--Cf. t. VI, p. 117, 13 novembre 1578; t. VI, p. 214, 10 janvier 1579.

[Note 1128: ][(retour) ] Elle venait de signer la paix de Nérac et elle était enorgueillie de ce succès diplomatique, qui n'eut pas, comme on le sait, de lendemain. C'était d'ailleurs son principe de ne laisser prescrire aucun droit. A la même époque elle apprit que des Urbinates, probablement mécontents de leur ancien duc mort ou de son successeur, étaient allés le dire à l'ambassadeur de France à Rome, le sieur d'Abain. Elle n'oubliait pas que son père avait été duc d'Urbin et qu'on l'appelait elle-même en son enfance la «duchessina». Elle écrivit à l'ambassadeur d'interroger les gens de ce duché, «où j'ay tel droict que je puis dire» qu'il «m'appartient comme le comté d'Auvergne qui est de mon propre et privé héritage» (30 décembre 1578). Elle lui recommanda de voir le pape, offrant, si celui-ci embrassait chaudement cette affaire, de bien gratifier son bâtard (Jacques Buoncompagni, châtelain de Saint-Ange). Mais Grégoire XIII ou les mécontents d'Urbin se tinrent cois, car il n'est plus question du duché dans la correspondance de Catherine.

Le cardinal Henri étant mort (31 janvier 1580) sans avoir réglé la question de succession, les gouverneurs des cinq grandes provinces, chargés de la régence, décidèrent qu'elle le serait par voie de justice, comme s'il s'agissait d'un procès civil. Des trois prétendants les plus sérieux, Antonio, prieur de Crato, fils naturel d'un frère du cardinal, Philippe, roi d'Espagne, fils d'une infante portugaise, et le duc de Bragance, grand seigneur portugais, gendre d'une autre infante, mais qui était inférieure en degré à la mère de Philippe II[1129], Antonio était le plus populaire, Bragance, le plus sortable et Philippe II, le plus puissant et le plus proche en parenté. Le roi d'Espagne avait tant d'intérêt à parfaire l'unité politique de la péninsule, ce rêve de ses prédécesseurs, qu'il était bien résolu à n'en pas laisser échapper l'occasion. Il faisait exposer ses droits par ses juristes, sans toutefois admettre qu'ils fussent contestables, simplement pour éclairer l'opinion. Cependant il massait sur la frontière de Portugal ses vieux régiments, tirait de sa disgrâce pour les commander son meilleur général, le duc d'Albe, et, en prévision d'un prochain voyage dans son nouveau royaume, faisait venir de Rome où il l'avait relégué, le plus habile de ses hommes d'État, le cardinal Granvelle, qui le remplacerait en son absence à Madrid.

[Note 1129: ][(retour) ] Conestaggio, Dell'Unione del regno di Portogallo alla Corona di Castiglia, Venise et Vérone, 1642, p. 56.

Les régents, émus de ces mouvements de troupes, demandèrent un secours de six mille hommes au roi de France. La Reine-mère leur promit «toute l'aide, confort et bonne assistance» pour les aider à maintenir le gouvernement du Portugal «en sa dignité, splendeur et liberté». Henri III les admonesta «de tenir la main que le faict de ladicte succession se termine par les veoies ordinaires de la justice, tant pour conserver le droit à qui il appartient que pour garder la liberté de la patrie»[1130].

C'étaient de belles paroles qu'il eût fallu soutenir d'un envoi de soldats. Saint-Gouard, ambassadeur de France à Madrid, excitait depuis longtemps le Roi à prévenir les desseins de Philippe II. «Il importe pour le bien de la France, écrivait-il le 20 février 1580,... qu'il (le Portugal) demeure toujours royaume en son entier»[1131].

Mais la Cour de France ne se pressait pas d'agir. Le duc d'Albe eut le temps de vaincre D. Antonio, que la populace avait proclamé, et d'occuper Lisbonne (septembre) et le reste du Portugal. Même après la paix de Fleix (novembre 1580), Catherine en était encore à la période d'attente. Le 17 décembre, elle ordonnait au général des finances en Guyenne, Gourgues, de faire partir «un homme bien confident» sur un navire chargé de blé pour aller à Viana, Porto et Lisbonne, s'enquérir de l'état des choses, sous couleur de vendre son chargement, «car sans cette connaissance il ne se peut bonnement rien exécuter de ce que nous avions pensé debvoir faire sans rien altérer avec le roy d'Espagne ny nos aultres voisins de la prétention et droict que j'ay audict royaulme de Portugal»[1132] (17 décembre 1580).

Le roi D. Antonio s'était réfugié à l'étranger, mais Tercère, l'île la plus importante de l'Archipel des Açores, lui restait fidèle. Catherine laissa ses partisans acheter des vaisseaux et recruter des hommes en France, et, comme l'ambassadeur d'Espagne s'en plaignait, elle répondit «franchement» qu'elle les y avait autorisés et qu'elle avait pris «peine» que le Roi son fils ne le trouvât mauvais. Elle protestait qu'en Bourdelais et en Normandie, il ne se faisait aucun préparatif. Ainsi elle engageait sa responsabilité et dégageait celle d'Henri III. C'était un différend entre elle et le roi d'Espagne sur un litige, que celui-ci avait tranché par la force, à son détriment[1133].

[Note 1130: ][(retour) ] Lettres de Catherine, t. X, p. 454 et note 2. Ces deux lettres, datées par l'éditeur de février ou mars 1580, doivent être postérieures à la demande des gouverneurs, qui elle-même se place en fin mars ou avril 1581. Voir, pour le récit des événements, Schäfer, Geschichte von Portugal, t. IV, p. 345 (coll. Heeren et Ukert).