Or c'est à cette même audience où elle se déclara reine de Portugal qu'elle proposa le mariage du duc d'Anjou avec une infante. Ses revendications personnelles et ses projets matrimoniaux étaient étroitement liés. Assurément, dans sa pensée, la dot de l'infante--une dot territoriale--devait être le prix de sa renonciation. Comme elle était trop intelligente pour supposer que Philippe II céderait le Portugal à son gendre, il fallait que les compensations fussent cherchées du côté des Pays-Bas, et c'est ce que les Espagnols comprirent. Elle avait fini par décider Henri III à intervenir en Portugal. D. Antonio fut reçu à Paris comme un prince (octobre 1581). «On tient pour chose très certaine, écrit le 31 octobre l'agent florentin, que l'entreprise du Portugal est résolue et l'on fait compte d'y mener 10 000 fantassins français, dont la Reine-mère fournit la moitié de ses propres deniers, et 4 000 Allemands»[1139].
Le comte de Brissac eut charge d'embarquer en Normandie 1 200 hommes pour les Iles[1140]. Strozzi devait, avec le gros de la flotte, partir de Guyenne. Catherine s'occupait de réunir des fonds[1141]. On allait être prêt et partir. Elle était confiante dans le succès de l'entreprise[1142]. Mais il fallait se hâter, car la saison s'avançait[1143], et mettre à la voile avant le 10 décembre[1144]. En Normandie les armements étaient achevés. Que Bordeaux poussât les siens! Mais, le 10 décembre, Strozzi était encore à Poitiers et attendait de l'argent[1145]. La Reine-mère annonçait, «bien marrye», qu'elle en demandait au clergé et à la ville de Paris, sans grande espérance d'ailleurs. Elle ne pouvait rien obtenir du Roi.
C'est une des raisons du retard de l'expédition, mais ce n'est probablement pas la seule. Le duc d'Anjou était alors en Angleterre et son mariage, si par hasard il se faisait, dispensait de l'aventure du Portugal, dont le principal, sinon l'unique objet, était de lui procurer une principauté aux Pays-Bas. Les affaires de France étaient toujours en mauvais état, et quand elles s'amélioraient sur un point, elles se gâtaient ailleurs. Bellièvre, occupé toute l'année 1581 à poursuivre les négociations interminables du Midi, se croyait sûr en novembre de la paix avec le roi de Navarre, et il en faisait honneur à la bonne volonté de la reine de Navarre, mais il lui restait à pacifier le Languedoc, une province, disait la Reine-mère, «plus débauchée que les autres»[1146].
[Note 1139: ][(retour) ] 31 octobre 1581, Négociations diplomatiques de la France avec la Toscane, t. IV, p. 408.
[Note 1140: ][(retour) ] Lettre du 27 octobre à Matignon, qui faisait l'office de lieutenant général du roi à la place de Biron et qui le remplacera en cette qualité en novembre 1581, Lettres, t. VII, p. 407.
[Note 1141: ][(retour) ] Matignon à la Reine, 15 octobre, Lettres, t. VII, p. 499, appendice.
[Note 1142: ][(retour) ] La Reine à Matignon, 28 octobre, Lettres, t. VII, p. 409.
[Note 1143: ][(retour) ] A Matignon, 8 novembre, t. VII, p. 412.
[Note 1144: ][(retour) ] 21 novembre, à Bellièvre, t. VII, p. 417.
[Note 1145: ][(retour) ] Lettres, t. VII, app., p. 500.