[Note 1233: ][(retour) ]: 26 janvier 1584, ibid., t. VIII, p. 172.

[Note 1234: ][(retour) ] 25 avril 1584, ibid., t. VIII, p. 180.

Marguerite avait tant de raisons de se féliciter d'être sortie de «la longueur» de ses «annuis»[1235] qu'elle informa aussitôt sa mère de «l'honneur et bonne chère» qu'elle a reçus «du roy», son «mari» et son «ami». Mais son contentement dura peu. Henri de Navarre ne l'avait reprise que par intérêt, et peut-être le lui fit-il sentir dès le premier jour, s'il fallait en croire Michel de La Huguerye, un diplomate marron, alors au service des princes protestants d'Allemagne, et le plus imaginatif, pour ne pas dire pis, des mémorialistes. «Je ne vey jamais [au repas du soir], dit-il de Marguerite, visage plus lavé de larmes ny yeux plus rougis de pleurs»[1236].

[Note 1235: ][(retour) ] Ibid., t. VIII, p. 416 et p. 183 n. 2.

[Note 1236: ][(retour) ] Mémoires de la Huguerye, t. II, p. 316.

Catherine priait Dieu--ce qui prouve la nécessité d'une intervention puissante--que sa fille «puysse demeurer longuement» avec son mari et «y vivre en femme de bien et d'honneur et en prynsès (princesse) dont méryte ses condysions d'estre pour le lyeu dont ayl è naye»[1237]. Elle adressait à Bellièvre quelques conseils dont il devait recommander l'observation à la reine de Navarre. C'est la contre-partie de la morale au roi de Navarre et comme le résumé de l'expérience de la vieille Reine [1238]. Il importait surtout «aux prynsesses qui sont jeunes et qui panset (pensent) aystre belles»--plus belles peut-être qu'elles ne sont--de s'entourer «de jans d'honneur hommes et femmes», car «aultre (outre) que nostre vye nous fayst honneur au (ou) deshonneur, la compagnye que avons à nous (autour de nous, à notre service) y sert beaucoup». Que Marguerite n'objecte pas que sa mère a été moins difficile en d'autres temps, par exemple à l'égard de Mme de Valentinois et de Mme d'Etampes. C'est que François Ier, son beau-père, et Henri II, son mari, étaient ses rois, et qu'elle était tenue à l'obéissance. Mais bien qu'elle fût soumise à leurs volontés, ils ne lui demandèrent jamais et elle ne fit jamais chose contre son «honneur» et sa «réputatyon». Sur ce point, elle s'estimait irréprochable, et elle n'aurait point à sa mort à «en demander pardon à Dieu» ni à craindre que sa «mémoire en souyt (soit) moyns à louer». Elle ajoute, ce qui ouvre un jour curieux sur ses sentiments de parvenue, que si elle avait été fille de roi, elle n'eût pas enduré de son mari le partage.

[Note 1237: ][(retour) ] En femme de bien et d'honneur, comme elle se doit de le faire eu égard au lieu d'où elle est née.

[Note 1238: ][(retour) ] 25 avril 1584, Lettres, t. VIII, p. 180-182.--Cf. Baguenault de Puchesse, Les Idées morales de Catherine de Médicis, Revue historique, mai-juin 1900.

Depuis son veuvage, l'intérêt de ses enfants l'avait forcée d'accepter tous les services et de n'offenser personne; et d'ailleurs à la façon dont elle avait vécu jusque-là elle pouvait sans risques pour sa réputation «parler et aler et anter (hanter) tout le monde». Quand sa fille aurait son âge, elle pourrait faire de même «sans hofanse (offense) ni de Dyeu ni scandale du monde». Il n'y avait d'excuses à de certaines complaisances que l'ignorance ou quand les favorites «sont fammes sur quy l'on n'a puysance». Mais Marguerite était fille de roi, et «ayant espousé un prynse [qui] encore qui (bien qu'il) s'apèle roy, l'on set byen qui le (qu'il la) respecte tent, qu'ele faist ce qu'ele veult».

Elle ne devait donc plus comme autrefois «feyr (faire) cas de celes à qui yl (le roi de Navarre) feyra l'amour». Si son mari n'avait pas d'affection pour elle, c'est qu'elle ne montrait aucune humeur de ses infidélités. Il en a conclu qu'elle ne l'aimait pas, et même qu'elle était bien aise «qu'il ayme autre chause (chose) afin qu'ele en puyse fayre de mesme». Il faut donc qu'elle lui obéisse «en cet que la reyson veult et que les fammes de byen doivet à lor mary en ses aultres chauses»; mais qu'en même temps elle lui fasse connaître ce «que l'amour qu'ele luy porte et cet que ayl aist ne luy peuvest fayre endeurer». Assurément «yl ne le saret que trover tres bon et [que l'] aystymer et aymer d'avantege»[1239].