Parmi tous ces tracas, qui influaient sur son humeur et sa santé[1240], Catherine travaillait à dissoudre et à payer l'armée des Pays-Bas. Elle ne garda que quelques troupes chargées d'assurer la défense de Cambrai. Elle fit dire au duc d'Anjou qu'il ne comptât plus sur ses subsides; elle donna l'ordre à Crèvecœur et à Puygaillard, qui l'avaient escorté à l'aller jusqu'à Cambrai, de le protéger au retour, mais sans sortir du royaume[1241]. Elle fournissait à l'ambassadeur de France à Madrid des arguments pour décider Philippe II au mariage: il était à craindre que le Duc ne se rengageât dans les affaires des Pays-Bas et que le feu ne s'allumât en ces quartiers, plus violent que jamais; la querelle de Gebhard de Truchsess attirait dans la région du Rhin des reîtres des deux religions et menaçait tout le voisinage. Mais pouvait-elle croire qu'après le désastre des Açores et la débâcle d'Anvers le roi d'Espagne prendrait peur des velléités de revanche de son fils et du contre-coup de l'affaire de Cologne?
[Note 1239: ][(retour) ] Lettres, VIII, p. 181. Voici la traduction en orthographe moderne de ce dernier passage qui est le plus difficile: Il faut donc que Marguerite obéisse à son mari «en ce que la raison veut et ce que les femmes de bien doivent à leur mari en toute autre chose», mais qu'en même temps elle lui fasse connaître ce «que l'amour qu'elle lui porte et ce qu'elle est (sa qualité d'épouse ou de reine) ne lui permettent pas d'endurer». Assurément «il ne saurait que le trouver très bon et que l'estimer et aimer davantage.»
[Note 1240: ][(retour) ]: Le médecin Vigor écrit au Roi (5 sept. 1583) qu'elle a été malade et qu'il a dû la purger pour la débarrasser de ses «passions mélancholiques», Lettres, t. VIII, app. p. 424.--Cf. ibid., p. 425, une lettre de Pinart au roi.
[Note 1241: ][(retour) ] A Bellièvre, 21 août 1583, Lettres, t. VIII, p. 126; à Pibrac, chancelier du duc d'Anjou, p. 130-131; à Quincé, secrétaire du duc d'Anjou, t. VIII, p. 131; à Bellièvre, 4 septembre, p. 133; au chancelier de Cheverny, p. 132; au colonel Wischer du régiment suisse, septembre 1582, p. 143, à Crèvecœur, 6 septembre, p. 135-136-137-138.
Elle espérait avec un peu plus d'apparence que si nous avions «ce bonheur» de garder l'île de Terceire «que ce nous sera plus de moyen de parvenir au bien de la paiz pour toute la chrestienté». Et comme elle aimait les complications, elle chargeait l'ambassadeur de dire à la duchesse de Bragance que nous embrasserions ses affaires de même affection que celles de Don Antoine «que nous n'abandonnerons jamais»[1242] (6 septembre 1583).
Or le jour même de cette dépêche à Longlée, survint à Paris la nouvelle que Terceire s'était rendue le 26 juillet. Ce n'était pas le moment d'irriter Philippe II, avec qui elle négociait, par de nouvelles courses aux Pays-Bas. Mais il lui était moins que jamais facile de manier le duc d'Anjou, qui était revenu en France «furieux, mélancholique et malade»[1243]. Il ne se pressait pas de licencier ses troupes. Il refusa de paraître à l'assemblée de Saint-Germain[1244], une réunion de notables, s'imaginant qu'elle était dirigée contre lui[1245]. Il priait sa mère d'aller le voir à Château-Thierry, promettant en ce cas de faire ce qu'elle lui conseillerait, mais elle ne croyait pas beaucoup à cette promesse, «Dyeu le veulle et que se ne souyt à la coteume (ce ne soit comme de coutume)»[1246]. Elle le trouva au lit brûlant de fièvre, consumé par la phtisie qui le tua[1247]. Elle n'en paraissait ni émue ni inquiète, ayant d'autres soucis. Il laissait entendre qu'il serait forcé de vendre Cambrai aux Espagnols, si le Roi ne lui donnait pas les moyens d'en payer la garnison.
[Note 1242: ][(retour) ] A M. de La Motte-Longlée, 6 septembre 1583, t. VIII, p. 141.
[Note 1243: ][(retour) ] Mémoires de Nevers, t. I, p. 91.
[Note 1244: ][(retour) ]: Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI. 1, p. 233 sqq.
[Note 1245: ][(retour) ]: La Reine à Mauvissière, Lettres, t. VIII, p. 171.