[Note 1246: ][(retour) ] A Bellièvre, 27 octobre 1583, Ibid., t. VIII, p. 151.

[Note 1247: ][(retour) ] A la duchesse de Nemours, 4 novembre, Ibid., t. VIII, p. 152.

Livrer ce boulevard de la frontière française, c'est, écrit-elle à Bellièvre un marché «dont le seul bruict apporte et à toutte la France tant de honte et infamie que je meurs de desplaisir et d'ennuy quand je y pense»[1248]. Cri d'indignation qui émouvrait davantage si l'on était sûr qu'il jaillît de son patriotisme blessé et non pas seulement de la douleur de perdre avec cette ville tout le prix des sacrifices faits par le Roi et le royaume. Le Duc s'en prenait à tout le monde de ses malheurs. Lors d'une tentative de meurtre contre son mignon, d'Avrilly, il fit mettre à la torture l'assassin, un soldat miséreux, qui revenait des Iles, et lui arracha par la torture l'aveu qu'il avait projeté de le tuer lui aussi, à l'instigation de Philippe II, de l'abbé d'Elbene, serviteur de la Reine-mère, du duc de Guise et de beaucoup d'autres personnages. Catherine repartit pour Château-Thierry et interrogea elle-même le prisonnier, qui raconta très simplement qu'un inconnu lui avait offert quelque argent pour attenter sur la vie du mignon. A la description qu'il fit du corrupteur, on crut reconnaître Fervaques, un favori en disgrâce, qui voulait se venger d'un rival préféré. Catherine était très «marrie», comme elle l'écrivait à Villeroy, qu'il eût couru ce mauvais bruit, et à un moment en effet bien inopportun, contre le roi d'Espagne. Elle resta plusieurs jours près de son fils pour le calmer. On lui avait fait accroire ou il s'était persuadé que son frère profiterait de ses échecs en Angleterre et aux Pays-Bas pour le dépouiller «de tous les aventèges et prérogatives qui ly (lui) ont esté [accordés] par luy (Henri III) et le feu roy son frère (Charles IX), en luy donnent son apanage. Et sela le tormente, dit-elle, plus que chause qui souyt (chose qui soit)». Elle se fit écrire par Villeroy une lettre particulière destinée à rassurer le Duc et à «le remettre du tout au bon train que je désire pour se conformer aux intentions du Roy... au moings, s'ilz ne se voient, qu'ilz ayent bonne intelligence ensemble, qui est le seul moyen de leur bien et [du bien] de ce roiaulme»; car elle craignait toujours que «il feist encores des follies». Il lui avait bien promis qu'il ne ferait rien «qui trouble le royaume ni puyse depleyre au Roy, mès, disait-elle, [ce] sont paroles»[1249].

[Note 1248: ][(retour) ] A Bellièvre, 22 novembre, Ibid., t, VIII. p. 157.

[Note 1249: ][(retour) ] 2 janvier 1584, Ibid., t. VIII, p. 169.

Alors que tant de gens le poussaient à brouiller, il eût été dangereux de le désespérer. Les États généraux des Pays-Bas, tremblant pour Ypres, que les Espagnols assiégeaient, le sollicitaient de nouveau d'intervenir, bien résolus cette fois à intéresser le roi de France lui-même à les secourir. Le Duc arriva subitement à Paris (12 février 1584) chez sa mère, qu'il trouva au lit grelottant de fièvre, et, conduit par elle au Louvre, il se jeta aux genoux de son frère, le priant de lui pardonner et jurant de l'honorer et le servir désormais comme son maître et son roi. Henri l'embrassa et l'assura de toute son affection. «... Je n'eus jeamés, écrivait la Reine-mère à Bellièvre une plus grande joye depuis la mort du Roy monseigneur (Henri II) et m'aseure que si eusiés veu la façon de tous deux qu'en eusiés pleuré comme moy de joye»[1250].

Après que les deux frères eurent fêté ensemble le carnaval trois jours durant, François s'en retourna à Château-Thierry. Sa mère l'y suivit et le trouva fiévreux et harassé des plaisirs de Paris et de la Cour. Elle lui fit écrire «de très bonne encre» une dépêche à Montmorency pour lui annoncer sa réconciliation avec le Roi et une autre à l'un de ses capitaines, Rebours, qui pillait le pays, pour lui commander de prendre les ordres du lieutenant général de Picardie, Crèvecœur[1251]. Henri III laissait entendre à Duplessys-Mornay, alors à Paris et le principal conseiller du roi de Navarre, qu'il se préparait à faire la guerre aux Espagnols[1252]; et il est possible que cette espérance ait contribué à décider le chef du parti protestant à reprendre Marguerite. Les propositions des États généraux étaient bien tentantes; ils offraient au roi de France, «pour l'induire» à les assister, de lui remettre deux villes ayant un libre accès à la France, et en outre, si le Duc venait à mourir sans enfants légitimes, tous les Pays-Bas pour être et demeurer «perpétuellement unis et annexés à la Couronne de France aux mesmes conditions qu'ils estoyent avec son Alteze»[1253].

[Note 1250: ][(retour) ] 11 mars 1584, Lettres, t. VIII, p. 176.

[Note 1251: ][(retour) ] 29 mars 1584, Ibid., t. VIII. p. 177.

[Note 1252: ][(retour) ] Lettre de Du Plessy-Mornay au roi de Navarre, 9 mars 1584, Mémoires et Correspondance, t. II, p. 542-543, 545, 549.