[Note 1253: ][(retour) ] Kervyn de Lettentove, t. VI, p. 158-519.
Le duc d'Anjou était rongé par son mal avec des répits qui donnaient à sa mère l'illusion d'un retour à la santé. Le 22 mars elle écrivait qu'il se portait bien, mais qu'il était «débille et ne pourroit [être] aultrement aiant esté si fort mallade et si bas que l'on l'a veu». Elle s'étonnait que le Roi n'eût pas envoyé visiter son frère et croyait qu'il suffirait de l'en faire souvenir[1254]. Mais Henri III même averti ne se dérangea pas. Le 18 avril, elle estimait que si le Duc «ne fet quelque gran desordre que sa vie est asseurée pour longtemps».[1255] Le 26 avril il eut un nouveau flux de sang qui faillit l'emporter[1256]. Le 10 mai, il paraissait guéri[1257]. Le 10 juin, il était mort.
[Note 1254: ][(retour) ] A Villeroy, 22 mars, Lettres, t. VIII, p. 178-179.
[Note 1255: ][(retour) ] 18 avril, à Bellièvre, Ibid., t. VIII, p. 180.
[Note 1256: ][(retour) ] A M. de Foix, Ibid., t. VIII, p. 284.
[Note 1257: ][(retour) ] Charles IX, miné comme le duc d'Anjou par la phtisie, trompa jusqu'à la fin les prévisions de son entourage. Le jour même de sa mort, Marillac, son premier médecin, assurait à la Reine-mère que «Sa Majesté se portoit bien et alloit guérir». Mémoires du chancelier Cheverny, éd. Buchon (Panthéon littéraire), p. 233.
La Reine-mère eut certainement du chagrin, mais pas aussi grand ni de telle nature qu'on le souhaiterait. Elle pleurait surtout sur elle, se «voyant privée de tous» ses enfants, elle veut dire en sa langue ses fils, «hormis d'un seul qui me reste, encore qu'il soyt, Dieu mercy, tres sain». Elle souhaitait pour elle et pour le royaume qu'il eût des garçons, ressentant outre son mal «ancore cetuy-là» qui pourrait survenir, «finisant cete race», à qui elle avait tant d'«obligation».
Il ne lui restait plus «grande consolation que de voyr ce qui reste du Roy monseigneur»--Marguerite et Henri--«bien ensemble». C'était son grand souci. «Je vous prie dyre à la Royne de Navare ma fille qu'elle ne soit cause de me augmenter mon affliction et qu'elle veille (veuille) reconestre le Roy son frère comme elle doit et ne veille fayre chouse qui l'ofence»...[1258].
Le duc d'Anjou avait légué à son frère par testament la ville de Cambrai. Henri III eut peur d'accepter et honte de restituer cette conquête à Philippe II. C'est probablement Catherine qui suggéra une combinaison à l'italienne. Le Roi renoncerait à la succession et elle, comme mère et héritière du défunt, entrerait en possession. A ce titre et vu «la dévotion» du clergé et du peuple de Cambrai, envers son fils et la Couronne de France, elle déclara prendre la «ville et cité de Cambray avec ce qui en dépend et le duché de Cambrézis, ensemble tous et chacuns les manans et habitans» sous sa «protection et sauvegarde»[1259]. Elle laissait en suspens la question de souveraineté et peut-être par cet expédient pensait-elle empêcher «aulcune alteration en la paix qui est entre le Roy catholicque et nous»[1260].
[Note 1258: ][(retour) ] A Bellièvre, 11 juin 1584, Lettres, t. VIII. p. 190.