[Note 1364: ][(retour) ] Davillé, p. 145.
[Note 1365: ][(retour) ] Lettres, t. IX, p. 334.
Henri III avait envoyé à Soissons, pour faire une dernière tentative, Bellièvre, le conciliant Bellièvre. Peut-être le duc de Guise aurait-il continué les négociations sans conclure ni rompre, car, ayant lié partie avec Philippe II, il était obligé de subordonner ses mouvements à ceux du roi d'Espagne et la prise d'armes de la Ligue à l'apparition encore ajournée de l'Armada. Mais il devait compter plus encore avec les ligueurs parisiens qui, par zèle et aussi par peur, étaient impatients d'agir. Ils s'étaient élevés en armes contre les archers du roi, chargés d'arrêter trois prédicateurs factieux; ils avaient assailli le duc d'Épernon sur le pont Notre-Dame, et ils avaient lieu de craindre que le Roi, ainsi bravé, ne voulût prendre sa revanche. Aussi pressaient-ils leur chef d'arriver. Guise, pour avoir un prétexte d'intervenir, refusait obstinément toute concession à Bellièvre. Catherine lui faisait dire (22 avril) «le regret extresme que j'auray s'il ne donne contantement au Roi monsgr et filz»[1366]. Mais il lui importait beaucoup plus de contenter ses partisans que son maître: «... Je veoy, écrivait Bellièvre le 24 avril, ces princes estre tellement altérés des avis qui leur sont donnés du cousté de Paris que je crains fort que le succès ne soit pas tel que nous devons désirer pour le contentement du Roy et le repos de ce Royaulme»[1367]. Et, désespérant d'aboutir, il demanda son rappel.
[Note 1366: ][(retour) ] 22 avril 1588, Ibid., p. 336.
[Note 1367: ][(retour) ] 24 ou 26 avril, Ibid., p. 335, note 1.
Henri III était exaspéré, comme le prouve un billet à Villeroy: «La passion à la fin blessée se tourne en fureur; qu'ils ne m'y mettent point.» Il fit défendre à Guise de venir à Paris sous peine d'être rendu responsable des «émotions» qui pourraient s'ensuivre. Mais les ligueurs parisiens décidèrent leur chef à passer outre. Le 9 mai, quelques heures après le retour de Bellièvre, il entrait lui-même à Paris par la porte Saint-Denis avec neuf ou dix compagnons. Aussitôt qu'il fut reconnu, les acclamations, les cris de «Vive Guise!» «Vive le pilier de l'Église!» éclatèrent. La foule se pressait autour de lui, confiante, familière, heureuse de le voir, de toucher son manteau. Mais cette explosion d'enthousiasme populaire était pour lui un danger de plus; il pouvait craindre la peur du Roi, plus redoutable encore que son orgueil. Il alla droit à l'hôtel que la Reine-mère habitait depuis quelques années près du Louvre, pour s'expliquer et se faire comme une sauvegarde de sa politique conciliante contre le premier mouvement de la fureur de son fils[1368].
Le ligueur anonyme, qui a laissé de ces mémorables événements un récit, à ce qu'il semble, bien informé, raconte que la naine de Catherine, regardant d'aventure par la fenêtre, s'écria que le duc de Guise était à la porte, et que la Reine-mère, croyant à une plaisanterie, dit «qu'il falloit bailler le fouet à ceste nayne qui mentoit». Mais «à l'instant, elle cogneust que la nayne disoit vray». Il ajoute, sans souci de la contradiction, qu'elle «fut tellement esmeue d'ayse et de contentement qu'on la vit (singuliers signes de contentement!) trembler, frissonner et changer de couleur»[1369]. L'ambassadeur vénitien écrit, le jour même, qu'elle «resta toute sens dessus dessous»[1370], et ce n'était pas de joie. Au fait, Catherine ne cacha pas à Guise qu'elle eût mieux aimé le voir en une autre saison. Mais il lui importait avant tout d'empêcher entre son fils et le chef de la Ligue une rupture irréparable, et peut-être craignait-elle pis encore.
[Note 1368: ][(retour) ]: Mariéjol, Histoire de France de Lavisse, t. VI, 1, p. 269.
[Note 1369: ][(retour) ] Récit d'un ligueur anonyme, Histoire de la Journée des Barricades de Paris, mai 1588, Archives curieuses, t. XI, p. 368-369.
[Note 1370: ][(retour) ] Cité par Berthold Zeller, qui cependant maintient, Catherine de Médicis et la Journée des Barricades (Revue Historique, t. XLI, sept.-déc. 1889, p. 267), que la Reine-mère était d'accord avec Guise.